Les effets dévastateurs des pesticides

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Une mise à jour du règlement de la Ville de Montréal interdit maintenant l'utilisation d'une famille de pesticides, les néonicotinoïdes, liés à la disparition des abeilles.

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Une hirondelle ne fait peut-être pas le printemps, mais l'entretien des pelouses est un signe incontestable de son arrivée. Une mise à jour du règlement de la Ville de Montréal interdit maintenant l'utilisation d'une famille de pesticides, les néonicotinoïdes, liés à la disparition des abeilles. Cela force les entreprises d'entretien de pelouse à trouver des solutions de rechange. Or, de nombreux autres pesticides soulèvent eux aussi des questions de santé publique.

Les villes donnent l'exemple

Les groupes écologiques sonnent l'alarme depuis au moins cinq ans. Ils ont finalement été entendus... en ville. Depuis le mois de février, les pesticides de la famille des néonicotinoïdes - désignés par le terme plus convivial de néonics - sont interdits dans les 19 arrondissements de la ville de Montréal.

Les néonics s'ajoutent donc à la liste des pesticides interdits par la Ville. Une mesure bien accueillie par les milieux scientifiques et écologiques, même si une quinzaine de villes défusionnées ne sont pas assujetties au règlement et que de nombreux produits à base de néonics sont toujours homologués au Canada.

Utilisés en milieu urbain essentiellement pour combattre les vers blancs, les néonicotinoïdes sont des insecticides dérivés de la nicotine qui agissent sur le système nerveux des insectes. Leurs effets sur la santé humaine ne sont pas encore très bien connus, mais les chercheurs, dont les membres du Groupe de travail international sur les pesticides systémiques, s'entendent sur les effets dévastateurs qu'ils ont eus au fil des ans sur le déclin des populations d'abeilles. Ils touchent aussi les écosystèmes, la faune et la flore, et donc l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Onil Samuel, conseiller scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec, est de ceux qui se réjouissent de cette nouvelle. « Les néonics sont quand même au deuxième rang des insecticides les plus utilisés dans le monde, d'où l'importance de travailler sur tous les fronts pour en restreindre l'utilisation », estime-t-il.

«Il ne faut pas oublier que l'utilisation des pesticides en ville est essentiellement esthétique. On n'en a pas vraiment besoin.»

Onil Samuel
Institut national de santé publique du Québec

Les entreprises d'épandage limitées

Il reste que les sociétés qui offrent des services d'entretien de pelouse devront une nouvelle fois s'adapter à la réglementation de plus en plus stricte des différentes villes du Québec.

Le président de M. Gazon, Martin Hainse, n'utilise plus de néonics depuis cinq ans dans les arrondissements de Montréal, mais s'en sert encore à Laval et dans les villes du Québec qui ne sont pas touchées par le règlement, notamment sur la Rive-Sud. Selon lui, ces mesures sont d'abord politiques et n'auront pas d'effets réels si elles ne sont pas appliquées en milieu agricole.

« On respecte les règlements de chaque ville, dit-il. On a des solutions alternatives pour éradiquer les vers blancs lorsqu'on ne peut pas utiliser de néonics. Mais il ne faut pas oublier qu'en milieu urbain, on utilise à peine 2 % des pesticides qui existent sur le marché. La grande majorité de ces produits sont utilisés en milieu agricole. L'impact négatif sur l'environnement vient d'eux. »

Québec n'a pas été jusqu'à interdire les néonicotinoïdes dans le milieu agricole. Mais dans sa Stratégie sur les pesticides dévoilée au mois de novembre dernier, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques en limite son utilisation. Les agriculteurs doivent désormais obtenir l'accord d'un agronome pour l'utilisation de néonics, ainsi que pour l'atrazine et le chlorpyrifos, deux herbicides controversés.

Onil Samuel estime qu'on pourrait probablement être plus sévère envers le milieu agricole, qui utilise 85 % des pesticides existants, mais que les « problématiques » des agriculteurs sont « réelles ».

«Malheureusement, [les agriculteurs] ont encore besoin d'insecticides et il n'y a pas beaucoup d'alternatives qui s'offrent à eux. D'où l'importance d'investir dans la recherche et le développement.»

Onil Samuel, Institut national de santé publique du Québec

La santé humaine en jeu

Maryse Bouchard, chercheuse au CHU Sainte-Justine et professeure au département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal, a fait plusieurs études d'impacts sur la santé humaine.

« En milieu agricole, l'utilisation des pesticides a un effet direct sur la contamination massive des cours d'eau, dit-elle. Des herbicides comme l'atrazine ou le Roundup, dont l'ingrédient actif est le glyphozate, sont des produits utilisés dans la culture du maïs qui sont considérés comme "cancérigènes probables". D'autres études font également des liens entre l'exposition à ces pesticides et l'autisme ou l'infertilité. »

Les organophosphorés (op) sont également des insecticides utilisés en milieu agricole, nous dit Maryse Bouchard. Leur utilisation est même en augmentation. « Les op sont des insecticides neurotoxiques, nous dit-elle. On soupçonne leurs composés d'avoir un effet néfaste sur le cerveau des enfants. Des déficits cognitifs, mais aussi des maladies neurocomportementales comme le trouble de déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). »

Dans une étude publiée en 2010 avec des chercheurs de Harvard, Maryse Bouchard a constaté que les jeunes Américains de 8 à 15 ans aux prises avec un TDAH avaient une concentration plus élevée d'organophosphorés dans leur urine.

Selon elle, on trouve des résidus de pesticides dans l'urine de 90 % des Canadiens, d'où l'importance de s'intéresser davantage à ce qu'on mange.

Le secteur agricole visé

C'est d'ailleurs sur le terrain agricole que se concentre l'action des groupes écologiques comme Équiterre ou la Fondation David Suzuki. Dans un reportage diffusé l'automne dernier, Radio-Canada a révélé que l'utilisation de pesticides agricoles a atteint des niveaux records au Québec, avec la présence de 2 kg d'ingrédients actifs par hectare de terre cultivable.

Une étude menée par Geneviève Labrie pour le Centre de recherche sur les grains (CEROM) estime que les semences aux néonics sont déployées sur près de 500 000 hectares au Québec, dans la moitié des cultures de soya et dans la totalité des cultures de maïs. L'étude conclut entre autres que les populations d'insectes de champ ne justifient pas l'utilisation à grande échelle des néonics.

Le 15 mars dernier, Équiterre a fait circuler une pétition pour appeler au bannissement de l'atrazine, un herbicide de synthèse interdit en Europe depuis 12 ans qui sert à éradiquer les mauvaises herbes dans les champs de maïs. « C'est un perturbateur endocrinien reconnu qui contamine les nappes d'eau et qui a des effets néfastes sur la santé humaine, les amphibiens et les poissons », nous dit Nadine Bachand, chargée de projet chez Équiterre.

Deux produits risqués toujours utilisés

Malgré l'interdiction de nombreux pesticides en ville, incluant ceux de la famille des néonicotinoïdes, au moins deux produits sont toujours utilisés en milieu urbain et présentent des risques pour la santé, selon les spécialistes consultés.

Le Roundup (glyphosate)

Il est utilisé en milieu agricole, mais il est également utilisé en ville pour détruire les mauvaises herbes. Cet herbicide commercialisé par la multinationale Monsanto a été désigné récemment comme « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS, nous dit Nadine Bachand, chargée de projet chez Équiterre. Il est pourtant toujours en vente libre dans les quincailleries.

Les pyréthrinoïdes

Ces insecticides se retrouvent dans les produits d'extermination intérieurs. « Ils ont un peu remplacé les organophosphorés en milieu résidentiel, nous dit Nadine Bachand, mais ils ont des effets neurotoxiques, notamment dans le développement neurologique des foetus. » Onil Samuel, conseiller scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec, indique que certains organophosphorés sont également utilisés en ville pour traiter des arbustes. « Il faut surveiller les ingrédients actifs, mais aussi ses interactions avec d'autres produits » dit-il.

Des aliments contaminés

La source principale de contamination pour l'homme est l'alimentation : essentiellement les résidus que l'on trouve dans l'eau, les fruits et les légumes. Selon l'Institut national de santé publique du Québec, environ 45 % des aliments qui sont analysés contiennent des traces de pesticides, même si, en théorie, les quantités de résidus respectent les normes permises.

Aux États-Unis, l'organisme Environmental Working Group (EWG) publie chaque année sa liste d'aliments les plus contaminés sous le titre « Dirty Dozen ».

Dans son plus récent top 12, on trouve en tête de liste les fraises, les pommes, les nectarines et les pêches. Des pesticides qui ne sont pas détaillés et dont on n'a pas mesuré la toxicité, mais tout de même des données inquiétantes, selon Onil Samuel, chercheur à l'Institut national de santé publique du Québec.

Il ne faut toutefois pas paniquer avec la publication de cette liste, affirme Onil Samuel. Et ne surtout pas conclure qu'il faut arrêter de manger des fruits et des légumes.

« Les bienfaits liés à la consommation de fruits et légumes sont supérieurs aux risques qu'ils peuvent présenter, estime-t-il. Il ne faut pas oublier que les traces de pesticides sont quand même mesurées et que les aliments respectent des normes basées sur des analyses de risques. Il faut bien sûr faire plus d'efforts pour réduire les résidus de pesticides dans les aliments, mais je pense que l'important est d'avoir une alimentation équilibrée et variée. Ne pas manger toujours les mêmes fruits, par exemple. »

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