S'alimenter en fonction de sa génétique

La médecine offre maintenant aux gens la possibilité... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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La médecine offre maintenant aux gens la possibilité de gérer leur santé avec précision, en fonction de leurs prédispositions génétiques.

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La médecine offre maintenant aux gens la possibilité de gérer leur santé avec précision, en fonction de leurs prédispositions génétiques. Ils peuvent donc recevoir des recommandations nutritionnelles sur mesure ainsi qu'un programme complet de forme physique en fonction de leurs résultats à différents tests génétiques proposés. Voici le portrait d'une toute nouvelle vision de la santé.

Pousser l'expérience plus loin

Si l'on vous avait dit qu'en 2016, un simple échantillon de salive pourrait vous indiquer votre profil génétique et ainsi vous permettre de prendre le contrôle de votre santé, l'auriez-vous cru ? Cette technologie est pourtant bel et bien à votre portée.

C'est l'entreprise montréalaise BiogeniQ, fondée en 2013, qui se spécialise dans les tests génétiques et de dépistage offerts à la population. Si ces tests sont maintenant donnés dans quelques cliniques du Québec, la clinique Sano, située à Montréal, est un acteur de taille dans l'avancement de cette médecine dite préventive. « Le Centre Sano est le premier au Québec qui permet aux patients de pousser l'expérience plus loin, explique Étienne Pageau-Crevier, président et directeur général de BiogeniQ. Plusieurs centres ou cliniques vont proposer la médecine préventive, mais aucun n'en a encore fait son unique créneau à ma connaissance. Plusieurs autres analyses sont offertes chez Sano et permettent donc d'obtenir des recommandations d'une précision inégalée, en plus de la génétique. »

En effet, Sano offre à ses patients de nombreux tests génétiques dont les résultats leur permettent de façon objective d'être mieux orientés en fonction de leurs besoins physiques réels. Avec un simple prélèvement de sang, de salive ou de cheveux, les sujets peuvent en apprendre davantage sur leurs niveaux de vitamines et de minéraux. Ils peuvent aussi connaître leur performance immunitaire, leur niveau de contamination aux toxines et à la pollution environnementale et savoir quels aliments éviter et privilégier dans leur alimentation. Les échantillons prélevés sont ensuite analysés par BiogeniQ ainsi que par l'Institut de cardiologie de Montréal. Chaque test est accompagné d'un encadrement médical pour aider le patient dans l'interprétation des résultats. Des conseils personnalisés sont ensuite donnés en fonction des résultats obtenus.

DE CONCERT AVEC LA MÉDECINE CONVENTIONNELLE

Sano n'a pas la prétention de vouloir remplacer la médecine conventionnelle. Au contraire, elle travaille de concert avec celle-ci et souhaite joindre les forces de chacune. « La médecine conventionnelle cherche à guérir les maladies, à corriger les problèmes par une médication ou une chirurgie, à alléger les symptômes ou améliorer la qualité de vie. Mais quand on traite de l'alimentation, on fonctionne souvent avec des devinettes et on y va un peu à l'aveuglette. Très peu d'outils scientifiques permettent aux acteurs du corps médical de prendre des décisions éclairées », explique Paul Godin, président et cofondateur de la clinique.

La médecine préventive se veut donc une source de démocratisation de l'information. Son but est d'offrir au patient des renseignements personnalisés, basés sur des assises scientifiques, pour qu'ensuite il puisse se retourner vers la médecine conventionnelle au besoin.

La clinique Sano ne pose aucun diagnostic, ne donne aucun soin ni suivi médical ; elle intervient plutôt dans le processus d'éducation de l'alimentation, de l'activité physique et des habitudes de vie de ses patients. Elle s'attaque à la racine des problèmes que présentent les patients. Elle permet aussi à des patients qui n'ont aucune condition médicale particulière de simplement optimiser leur santé.

Déceler les risques

Comment s'y retrouver parmi le fouillis d'études contradictoires sur la nutrition ? Devrait-on suivre le mouvement du sans-gluten ? Celui du sans-lactose ? Du sans-gras ou du sans-sucre ? Et pourquoi pas celui du sans-sel ? Pour le chimiste ayant fondé l'entreprise montréalaise BiogéniQ, la réponse à ces questions se trouve en partie dans nos gènes. Interviewé par notre journaliste pour un autre reportage - sur les médicaments -, il lui a proposé de tenter l'expérience.

« Nos résultats sur les médicaments peuvent aider les médecins, mais ceux sur l'alimentation sont applicables tout de suite, expose Étienne Pageau-Crevier. L'alimentation, c'est quelque chose que l'individu peut changer lui-même demain matin. »

Vérification faite, l'exercice se solde bel et bien par une découverte vitale et par une série de recommandations très concrètes. Notre journaliste a vu plusieurs membres de sa famille subir des infarctus. Or, BiogeniQ a décelé chez elle au moins trois mutations associées à des risques accrus de troubles cardiaques en cas d'excès ou de carences alimentaires.

« Ces gènes ne sont pas associés aux maladies en tant que telles, mais si on les expose sur une période prolongée à un environnement qui n'est pas optimal, c'est là que les maladies peuvent apparaître », précise la diététiste Catherine Drouin-Audet.

Notre cobaye a appris qu'avec son profil, elle aurait intérêt à bannir le sel, tout en consommant plus d'oméga-3 et d'acide folique. Un acquis, pour une femme qui préfère depuis toujours les fruits de mer à la viande, et les légumes aux frites ? Pas du tout, comprend-elle au terme de sa rencontre avec la diététiste.

D'abord, le sel se cache partout. Ensuite, il ne suffit pas de manger deux portions de saumon par semaine et un quelconque légume par repas pour respecter les quotas suggérés par ses gènes. Car les fruits de mer ne contiennent pas d'oméga-3. Et seuls les légumes vert foncé et les légumineuses fournissent de l'acide folique. Pas les carottes ni les haricots jaunes.

Inutile, toutefois, de courir acheter des suppléments à la pharmacie. Catherine Drouin-Audet prépare pour chaque client une série personnalisée de recommandations. On apprend ainsi vers quels aliments se tourner et comment les intégrer (quitte à les noyer dans des smoothies).

Pour le sel, il faudra manger moins souvent au restaurant et prendre soin de bien scruter les étiquettes à l'épicerie. Du travail en perspective ? Peut-être, mais mieux orienté. Car notre cobaye a aussi reçu de bonnes nouvelles. Elle sait désormais qu'elle risque moins que la moyenne de manquer de vitamines C ou D ; de mal digérer le lactose ; de devenir diabétique à force de cuisiner des pâtes blanches ou d'abîmer son coeur en buvant du café.

Ce qui n'est pas une invitation à exagérer, prévient Catherine Drouin-Audet, puisque les individus moins vulnérables ont simplement une plus grande marge de manoeuvre, mais ne sont pas invincibles.

Par ailleurs, seule une petite fraction des interactions entre nos gènes et l'environnement sont comprises à ce stade. Et même si les recommandations de BiogeniQ s'appuient sur des études solides, on manque encore de recul. Car on n'a pas encore eu la chance de vérifier si le fait d'ajuster son alimentation après avoir fait analyser ses gènes permet vraiment de changer son destin.

Les habitudes alimentaires qui fragilisent le système

Selon notre bagage génétique, certains excès ou carences alimentaires peuvent se révéler plus - ou moins - risqués que pour la moyenne des gens. En voici cinq exemples.

Excès de caféine

Les gens qui métabolisent la caféine lentement ou à une vitesse moyenne augmentent leurs risques d'hypertension et d'infarctus du myocarde s'ils consomment chaque jour plus de deux tasses de café (ou l'équivalent).

Sont touchés:

53 % des Québécois d'ascendance européenne

59 % de la population mondiale

La mutation en cause touche le gène CYP1A2.

Excès de sucres

Les gens ayant une sensibilité accrue aux aliments à charge glycémique élevée (comme le pain blanc et le jus) risquent davantage d'avoir le diabète de type 2. Il leur vaut mieux privilégier les aliments à charge glycémique faible.

Sont touchés :

49 % des Québécois d'ascendance européenne

37 % de la population mondiale

La mutation en cause touche le gène TCF7L2.

Excès de gras saturés

Les gens les plus à risque de prendre du poids en consommant des gras saturés (très présents dans le fromage et le boeuf haché) devraient en consommer chaque jour moins de 22 g.

Sont touchés :

15 % des Québécois d'ascendance européenne

6 % de la population mondiale

La mutation en cause touche le gène APOA2.

Carence en oméga-3

Les gens particulièrement à risque d'avoir trop de triglycérides sanguins devraient se protéger en consommant environ 1240 mg d'oméga-3 par jour (soit une portion de saumon ou de diverses noix et graines).

Sont touchés:

56 % des Québécois d'ascendance européenne

31 % de la population mondiale

La mutation en cause touche le gène NOS3.

Carence en acide folique

Les personnes risquant de manquer d'acide folique sanguin sont plus susceptibles d'avoir un taux élevé d'homocystéine élevé (associé aux maladies cardiovasculaires). Pour se protéger, elles devraient consommer chaque jour au moins 400 mcg d'EFA, par exemple, de grandes quantités de légumes vert foncé ou de légumineuses.

Sont touchés :

59 % des Québécois d'ascendance européenne

41 % de la population mondiale

La mutation en cause touche le gène MTHFR.

Source: BiogeniQ

Le sport aussi

Obtenir le portrait de ses gènes avant d'enfiler son maillot ou de chausser ses skis ? Telle est la proposition d'une petite entreprise d'Halifax, Althigen. Son fondateur, un biochimiste, affirme qu'en connaissant leur code génétique, les athlètes pourront améliorer leurs performances.

Pour 199 $, il fait analyser la salive des sportifs et leur offre ensuite des conseils personnalisés en ligne. Comment prendre gare aux blessures qui les guettent le plus ? Comment s'entraîner de façon optimale ? Et comment tirer profit de leurs prédispositions psychologiques ? Althigen explique qu'une personne faite pour les sports d'endurance aura plus de mal à acquérir de la force et aura notamment intérêt à augmenter son temps de récupération.

L'entreprise est née en 2014, un an après la publication du livre de vulgarisation scientifiqueLe gène du sport, du rédacteur en chef du magazine Sport Illustrated. Le best-seller de David Epstein a reçu des critiques élogieuses. Mais pour les experts, Althigen doit encore faire ses preuves. Qu'on parle de sport ou d'aliments, les gènes interagissent entre eux et avec l'environnement, ce qui rend toute interprétation ardue et parfois hasardeuse. Comme le veut la fable, rien ne sert de cracher (sa salive), il faut partir à point.

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