Quand chimio rime avec cardio

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« Non seulement l'exercice physique permettrait-il de mieux suivre tous les traitements de chimiothérapie, mais il permettrait aussi d'obtenir une meilleure réponse au traitement », affirme le professeur Kerry Courneya.

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Le premier réflexe, quand on entreprend des traitements contre le cancer, c'est de rester chez soi et de limiter l'activité physique. Cathia Bérard, Montréalaise de 43 ans, a fait le contraire : sa bataille contre le cancer du sein a été l'occasion pour elle d'accueillir le sport dans sa vie. Et la science lui donne entièrement raison.

DE L'EXERCICE POUR RENDRE LES TRAITEMENTS PLUS EFFICACES ?

C'est une petite étude, certes, mais ses résultats n'en demeurent pas moins « excitants », tant pour les oncologues que pour leurs patients.

Après avoir suivi pendant huit ans quelque 242 femmes atteintes du cancer du sein, le professeur Kerry Courneya et son équipe en sont venus à la conclusion suivante : les patientes qui avaient fait de l'exercice physique pendant leurs traitements de chimiothérapie étaient plus nombreuses à être toujours en vie après huit ans. Et leur taux de récidive était plus faible.

Selon M. Courneya, doctorant en kinésiologie, il s'agit du tout premier essai aléatoire contrôlé portant sur la question. L'étude a été publiée l'an dernier dans Medicine & Science in Sports & Exercice, un journal de l'American College of Sports Medicine.

« Selon moi, c'est probablement l'un des résultats les plus excitants dans cette littérature », dit le professeur Courneya, titulaire d'une chaire de recherche du Canada sur l'activité physique et le cancer, que La Presse a joint à l'Université de l'Alberta, où il travaille.

Dans le passé, l'équipe de Courneya avait été la première à montrer que les patientes atteintes du cancer du sein qui font de l'exercice sont plus nombreuses à faire tous leurs traitements de chimiothérapie (selon l'intensité et la fréquence voulues). Cela pourrait être dû à une reconstitution plus rapide de la moelle osseuse, à une plus grande production de globules blancs ou à une meilleure gestion des effets secondaires liés aux traitements (fatigue, nausées...).

La nouvelle étude jette un autre éclairage : « Non seulement l'exercice physique permettrait-il de mieux suivre tous les traitements de chimiothérapie, mais il permettrait aussi d'obtenir une meilleure réponse au traitement, de le rendre plus efficace », s'enthousiasme Kerry Courneya.

En raison du petit nombre de patientes suivies, les résultats de l'étude ne sont pas statistiquement significatifs, précise-t-il. N'empêche, dit-il, ils vont dans le même sens que ceux d'une autre petite étude, qui a conclu que les patients qui font de l'exercice tout en combattant un lymphome ont un plus haut taux de réponse complète à la chimiothérapie.

MÉCANISMES EN CAUSE

On tente actuellement de comprendre les mécanismes qui pourraient être en cause dans cette association dans le cadre d'études en laboratoire menées sur des animaux, indique M. Courneya.

Des études récentes explorent certaines avenues, note le Dr Antonio Vigano, directeur du programme et de la clinique de réadaptation et de cachexie liée au cancer du Centre universitaire de santé McGill et directeur du Laboratoire de nutrition et de performance de l'Université McGill.

Selon ces dernières, l'activité physique pourrait influencer la réponse au traitement en améliorant la distribution du médicament dans le sang et le métabolisme du médicament. 

« Et dans une certaine limite, [l'activité physique] pourrait aussi influencer la physiologie de la tumeur », estime le Dr Antonio Vigano.

Les études portant sur les effets de l'activité physique pendant les traitements contre le cancer ont contribué à changer les recommandations des oncologues. Il y a 20 ans à peine, souligne Kerry Courneya, la majorité d'entre eux conseillaient à leurs patients de ne rien faire entre les traitements pour combattre la fatigue (or, sait-on désormais, la sédentarité aurait plutôt tendance à accroître la fatigue).

L'exercice physique, indique le Dr Antonio Vigano, s'inscrit dans une approche globale envers les patients, qui inclut un suivi sur le plan de l'alimentation, un suivi psychologique et une approche médicale pour contrôler les effets secondaires. « L'exercice physique ne vient pas seul », rappelle-t-il.

Les patients ont intérêt à maintenir leurs bonnes habitudes : la littérature scientifique indique que les survivants qui adoptent l'exercice physique dans leur vie après un cancer vivent mieux et plus longtemps. Et, à la base, les sportifs courent moins de risques de contracter un cancer que les personnes sédentaires.

QUELQUES PRÉCAUTIONS

Faire de l'exercice physique pendant les traitements contre le cancer demeure sûr et réalisable pour la plupart des patients. Des précautions doivent néanmoins être prises : 

  • obtenir d'abord l'aval de son oncologue ;
  • surveiller ses signes vitaux (pouls, tension artérielle, température...) ;
  • s'entraîner en présence d'autres personnes ;
  • dans un centre sportif, désinfecter les exerciseurs avant et après utilisation et se laver les mains (pour ceux qui subissent un traitement touchant le système immunitaire) ;
  • éviter la baignade pendant les traitements de radiothérapie.

2/3
Entre 60 % et 70 % des patients atteints d'un cancer du sein ou de la prostate suivis dans le cadre d'études avaient la capacité et les habiletés physiques pour faire les programmes d'activités testés, indique Kerry Courneya. Les gens qui ont des symptômes trop importants, qui font de l'anémie, de la neutropénie ou de la thrombopénie devraient s'abstenir.
150
L'American College of Sports Medicine conseille aux gens qui peuvent faire de l'exercice pendant leurs traitements de faire 150 minutes d'activité aérobique modérée (dont de la marche rapide) par semaine, ou 75 minutes d'activité plus intense. On peut aussi opter pour un programme qui combine l'activité aérobique et la musculation.

LES BIENFAITS DE L'ACTIVITÉ PHYSIQUE

Faire de l'exercice physique pendant des traitements contre le cancer procure de nombreux bienfaits. Le professeur Kerry Courneya et le Dr Antonio Vigano nous les expliquent.

EFFETS SECONDAIRES : Les gens qui font régulièrement de l'exercice pendant leurs traitements contre le cancer déplorent de 40 à 50 % moins de fatigue, ce qui pourrait être dû, en partie, à une augmentation du taux d'hémoglobine, associé à une meilleure tolérance à l'effort. Des études ont aussi montré, chez les patients actifs, une réduction des nausées, des bouffées de chaleur, de la diarrhée et de la douleur.

MEILLEURE FORME : L'exercice permet d'accroître les capacités cardiovasculaires, la force musculaire et prévient la perte de masse musculaire et la prise de poids, fréquente lors des traitements contre le cancer. « L'obésité au moment du diagnostic et le gain de poids pendant les traitements augmentent le risque de récidives », explique M. Courneya.

TAUX D'ACHÈVEMENT : Des études ont montré une augmentation du taux d'achèvement du traitement de chimiothérapie chez les patients faisant de l'exercice. « Une personne en meilleure condition physique a plus de chances de pouvoir subir des traitements plus intenses et de tous les suivre », résume le Dr Vigano.

QUALITÉ DE VIE : L'exercice réduit l'anxiété, les symptômes de dépression et les troubles du sommeil. « Évidemment, la capacité des patients à recevoir un traitement est liée à leur capacité à supporter, sur le plan émotionnel, les traitements et leurs conséquences, dont la perte de leur habileté à travailler », souligne le Dr Vigano.

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