Jouer à un jeu vidéo... avec son vagin!

Le principe du SKEA : on insère l'objet comme... (Image tirée de l'internet)

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Le principe du SKEA : on insère l'objet comme un tampon, et quand on contracte les muscles pelviens, l'avatar saute, évite les obstacles, etc.

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Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

Jouer à un jeu vidéo sans fil sur son téléphone en contractant ses muscles pelviens, c'est ce que permettrait le SKEA (Smart Kegel Exercice Aid), un petit objet qui ressemble à un vibromasseur design, lancé au début de l'année par l'entreprise chinoise Linkcube Studio, mais qui doit encore être mis au point, tout comme son application mobile.

Son fondateur, Tom Chen, physicien chinois et concepteur de jeux vidéo, en a eu l'idée quand sa femme a vécu des problèmes d'incontinence après son accouchement. Son but : encourager les femmes à exercer leurs muscles pelviens - qui entourent le vagin, l'urètre et l'ano-rectum - de façon amusante.

Le principe : on insère l'objet comme un tampon, et quand on contracte les muscles pelviens, l'avatar saute, évite les obstacles, etc. Quand la contraction est faite correctement, le SKEA se met à vibrer, telle une récompense ! Son prix : à partir de 85 $ US (105 $ CAN).

Pourquoi exercer les muscles pelviens?

«Les muscles du plancher pelvien soutiennent nos organes (utérus, vagin, vessie, rectum), nous empêchent d'avoir des fuites d'urine ou de selles, nous aident à avoir des sensations lors des relations sexuelles et favorisent une bonne posture. Plus ils sont en forme, mieux ils vont performer», explique Louise Perrin, physiothérapeute en rééducation périnéale et pionnière dans le domaine au Québec. Elle rappelle qu'on s'en sert tous les jours sans s'en rendre compte.

«Si je me lève, ça contracte. Si je parle fort, ça contracte. Mais on tient ces muscles pour acquis quand tout va bien, car ils fonctionnent de façon automatique», dit-elle.

Louise Perrin ne considère pas que des gadgets comme le SKEA ou autres boules chinoises sont nécessaires pour travailler les muscles pelviens. D'ailleurs, chaque personne devrait suivre des exercices adaptés à sa condition, estime-t-elle. Comme au gym. «Il ne suffit pas de serrer et de relâcher. Il y a un nombre de répétitions et une qualité des contractions qui sont importantes. Sans oublier qu'il faut faire l'exercice correctement», prévient-elle.

Tabous: douleur sexuelle et incontinence

Mais ces gadgets ont tout de même un avantage : ils permettent de sortir les muscles pelviens du garde-robe. «Plus les gens sont sensibilisés, mieux c'est. De plus en plus, on en parle dans les cours de yoga, d'aquaforme, de Pilates. Avant, quand j'en parlais, j'étais comme une martienne avec des antennes vertes ! Aujourd'hui, c'est mieux. Avant, on était plus dans le curatif. Aujourd'hui, il y a un peu plus de préventif», souligne-t-elle. N'empêche que le tabou persiste encore et rares sont les soupers où on parlera d'incontinence ou de douleur sexuelle.

Dans sa clinique, Louise Perrin voit des femmes aux prises avec de l'incontinence, qui viennent d'accoucher, qui ont eu une déchirure du périnée, qui sont enceintes et veulent faire de la prévention, mais aussi de jeunes femmes qui ont des douleurs lors des rapports sexuels. «Ces dernières représentent la moitié de la clientèle», dit-elle.

Comment faire les exercices?

Mme Perrin donne quelques trucs : 

Le «stop-pipi»

En urinant, on contracte son plancher pelvien pour stopper son jet d'urine. Cet exercice permet de savoir si on est capable de contracter les bons muscles. Attention, ce n'est pas un exercice qui permet de travailler les muscles pelviens ou qui est préventif.

Une image

On s'imagine qu'on attrape un bleuet avec la vulve et qu'on le fait monter dans le vagin. On peut faire l'exercice durant quelques secondes et le répéter deux fois dans la journée.

Les erreurs

Il ne faut pas bloquer sa respiration, pousser, contracter le ventre ou serrer les fesses. Si on fait les exercices dans le métro, personne ne devrait s'en rendre compte !

Diversifier

Une fois qu'on maîtrise la technique, on peut changer de position : allongée, assise, debout, un pied sur un petit banc, en parlant, etc. Ou encore, multiplier les répétitions.

En clinique

Si on n'est pas certaine des exercices à faire, on prend rendez-vous avec une physiothérapeute spécialisée en rééducation périnéale. Il n'est jamais trop tard pour consulter, même si on a plus de 70 ans.

Plaisir sexuel

Pour celles qui ont des douleurs lors des relations sexuelles, «on peut aider beaucoup de femmes, mais souvent, c'est lié à un problème de tension», souligne Louise Perrin. Pour diverses raisons, souvent, les muscles pelviens ne seront pas assez relâchés lors de la relation sexuelle. La femme sera moins lubrifiée et la pénétration sera difficile. Résultat : «On entre dans un cercle vicieux. La femme aura moins envie d'avoir des relations sexuelles parce que ça lui fait mal», ajoute Mme Perrin.

Peut-on atteindre plus facilement l'orgasme en musclant son plancher pelvien ? Pas forcément. «Une femme pourrait avoir un plancher pelvien qui n'est pas très musclé, mais avoir une sexualité épanouie. Tout comme une autre pourrait avoir le sien très musclé, mais considérer qu'elle n'est pas épanouie sexuellement», répond la sexologue Sophie Morin. Car le plaisir sexuel n'est pas tant lié aux muscles pelviens, qu'à la connaissance de son corps, entre autres. Prendre conscience et maîtriser ses muscles pelviens est une des façons de mieux connaître son corps.

En chiffres

15 à 20 %

Proportion de femmes qui éprouvent des douleurs lors des relations sexuelles. 

40 %

Proportion de femmes qui, parmi celles qui font des exercices pelviens en se fiant à ce qu'elles ont lu ou entendu, ne les font pas correctement. 

70 %

Proportion des problèmes d'incontinence qui sont réglés lorsque les exercices sont bien faits, peu importe l'âge. 

50 %

Proportion de femmes qui souffre d'incontinence durant leur grossesse.

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