Sainte-Justine frappe un coup de «CIRCUIT»

Entièrement financé par les dons à la Fondation... (Photo HUGO-SEBASTIEN AUBERT, La Presse)

Agrandir

Entièrement financé par les dons à la Fondation du CHU Sainte-Justine, ce programme offre aux familles ayant un enfant ou un adolescent en surpoids ou obèse d'intervenir de façon personnalisée pour améliorer sa santé.

Photo HUGO-SEBASTIEN AUBERT, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Changer ses habitudes de vie dès l'enfance. Tel est le défi. Un enfant sur trois au Canada a des problèmes de surpoids ou d'obésité, et les conséquences sont dramatiques. Constatant le phénomène grandissant, l'hôpital Sainte-Justine offre le programme CIRCUIT afin de répondre aux besoins des jeunes de 5 à 18 ans.

La Dre Mélanie Henderson est inquiète de voir notre société devenir de plus en plus sédentaire, mais elle reste tout de même optimiste.

L'endocrinologue et chercheuse au CHU Sainte-Justine parle avec passion d'un programme novateur dont elle est la codirectrice, le programme CIRCUIT (Centre pédiatrique d'intervention en prévention et en réadaptation cardiovasculaire pour toute la famille). Entièrement financé par les dons à la Fondation du CHU Sainte-Justine, ce programme offre aux familles ayant un enfant ou un adolescent en surpoids ou obèse d'intervenir de façon personnalisée pour améliorer sa santé. La clé, selon la Dre Henderson, est d'agir dès l'enfance et, surtout, de prendre plaisir à bouger en famille ou entre amis. Il s'agit d'ailleurs du premier volet du programme, appelé Dynamo.

Le volet Dynamo 

«Le volet Dynamo vise à promouvoir l'activité physique des jeunes dans leur milieu. Les jeunes viennent nous voir [référés par leur médecin], on évalue leur condition physique, leurs habiletés motrices et leurs habitudes de vie», explique la Dre Henderson. Ils repartent ensuite chez eux et sont suivis à la trace pendant une semaine. «On leur met un GPS, un accéléromètre et un cardiofréquencemètre. L'idée, c'est de voir où et quand ils sont actifs dans leur environnement et quelles sont les occasions d'activité physique non exploitées. Par exemple, l'accéléromètre va mesurer la véritable durée de l'intensité physique du cours d'éducation physique à l'école.»

«On va se rendre compte que dans un cours d'une heure, ce ne sont finalement que 20 minutes qui seront vraiment intensives.»

Dre Mélanie Henderson

De cette façon, ils peuvent suivre les jeunes partout au Québec. L'équipe de kinésiologues analyse ensuite les données et revient avec un plan, des objectifs et accompagne les jeunes pendant deux ans. L'objectif premier est de prendre goût à l'exercice physique. Actuellement, un peu moins de 300 familles font partie du programme.

L'équipe de CIRCUIT propose aussi des activités mensuelles familiales. «C'est très varié: un circuit des neiges sur le mont Royal, du soccer ou du volleyball sur neige, de la luge, un après-midi au Laser Quest ou à sauter sur un trampoline. Il y en a pour tous les goûts. L'idée est d'initier les familles à prendre plaisir à faire des activités physiques ensemble, car il y a beaucoup de familles qui ne l'ont jamais fait!», observe la Dre Henderson.

Même si l'intervention est centrée sur l'enfant, les familles veulent s'impliquer. «Notre intuition, c'est que lorsque les familles sont présentes, les chances de succès des enfants sont plus grandes. Scientifiquement, il est prouvé que l'enfant actif devient l'adolescent actif et l'adulte actif. Même si le niveau d'activité diminue avec le temps», explique la Dre Henderson.

Le volet nutritionnel 

La deuxième phase du programme est le volet nutritionnel, où l'équipe intervient de manière personnalisée dans les changements d'habitudes alimentaires. «La manière dont on s'alimente en tant qu'adulte reflète ce qu'on mangeait à l'enfance. Ces habitudes vont donc perdurer toute la vie.»

Comme le programme est encore très nouveau, la Dre Henderson évoque déjà la prochaine phase. «Nous développons l'aspect psycho-social de ces jeunes, qui vivent beaucoup de souffrance, que ce soit à l'école ou sur le plan personnel en raison de leur image corporelle. Ils souffrent de troubles anxieux et de dépression, et on n'a pas de ressources pour répondre à ces besoins», dit-elle.

La différence peut se faire sur plusieurs plans. «Je n'ai pas la prétention de dire que tous les enfants ont perdu 10 livres, mais si on voit que l'enfant a plus confiance en lui et qu'il est plus actif physiquement, c'est déjà un énorme progrès. On veut semer les modifications sur leurs habitudes de vie qui vont être récoltées pour le reste de leur existence.» Le programme dure deux ans, mais la Dre Henderson souhaite développer l'après-CIRCUIT, pour offrir du soutien au-delà de ces deux années.

Maladies et complications dès le plus jeune âge

La Dre Mélanie Henderson s'inquiète de voir des enfants de 3 ans en surpoids. «Dans le temps, on se disait: ce n'est pas grave, ils vont grandir et ça va s'estomper. Mais ce n'est pas le cas, dit-elle. On a triplé la prévalence d'obésité chez l'enfant dans les 30 dernières années. Les effets néfastes vont se cumuler sur toute une vie à partir de l'enfance.»

La Dre Henderson énumère les multiples complications qui apparaissent dès le plus jeune âge:  

Problèmes... 

  • Pulmonaires
  • Endocriniens
  • Gastro-intestinaux
  • Cardiovasculaires
  • D'hypertension
  • D'apnée du sommeil
  • De pré-diabète
Les comportements d'une société trop sédentaire 

  • Le travail prend plus de place dans nos vies, tout comme l'école des enfants
  • Nous sommes trop souvent devant la télévision, l'ordinateur et la tablette
  • On dort moins, ce qui représente un facteur de risque pour l'obésité
  • Les enfants ne marchent plus pour aller à l'école
  • Les enfants jouent moins dehors
  • Pendant la préparation du souper, les enfants sont souvent devant le téléviseur car on a peur de les laisser jouer dehors seuls.
Optimiste malgré tout 

Même s'il faut engager une véritable réflexion sur la sédentarité de notre société, la Dre Henderson reste optimiste. «Les familles que je vois me donnent de l'espoir. Il faut avoir de la motivation, et je la constate au sein de ces familles.» Selon elle, le fait de traiter de ce problème dans les médias va tout doucement faire changer les comportements. Elle voit également des changements aux États-Unis, où certaines statistiques récentes suggèrent un plafonnement de l'augmentation du surpoids et de l'obésité chez les enfants en âge préscolaire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer