L'intestin, notre deuxième cerveau

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L'intestin est notre deuxième cerveau. Professeure en nutrition à l'Université Paris VII Denis Diderot et gastroentérologue, Francisca Joly Gomez fait découvrir, dans son livre, le rôle déterminant de l'intestin et son influence sur notre corps. Entrevue avec une passionnée qui souhaite expliquer le fonctionnement de l'intestin, qui, sachez-le, contient des millions de neurones et des milliards de bactéries.

L'intestin est notre deuxième cerveau. Expliquez.

L'intestin est un organe extrêmement précieux et complexe qui contient des millions de neurones. Comme le cerveau, le tube digestif dispose de neurones connectés entre eux qui émettent des signaux lui permettant de se contracter et de participer à la digestion. Il y a un vrai dialogue entre l'intestin et le cerveau. Vous savez, lorsqu'on est stressé avant un examen ou une conférence, on a mal au ventre, on ne se sent pas bien. Le stress va faire en sorte que des signaux du cerveau vont être envoyés à l'intestin qui va se contracter davantage, provoquera des spasmes et le transit sera accéléré. On a l'impression que notre ventre parle, ce n'est pas une vue de l'esprit, ce n'est pas psychosomatique, il y a des connexions qui se font entre le cerveau, les émotions et l'anxiété et qui vont avoir un lien direct avec l'intestin, et ça va dans les deux sens. C'est ça la grande nouveauté.

La nouveauté, c'est donc que l'intestin envoie aussi des signaux au cerveau?

Exactement. Là où ça va plus loin, c'est que les nombreuses bactéries que contient l'intestin peuvent envoyer des signaux qui partent de l'intestin vers le cerveau. Tout d'un coup, on réfléchit au fait que certaines maladies qui n'étaient pas vues comme étant des maladies intestinales pourraient, en partie, prendre leur source depuis l'intestin. On peut utiliser des traitements intestinaux pour soigner d'autres maladies, voire des médicaments pour des maladies neurologiques pour l'intestin.

Par exemple? Pour la maladie de Parkinson?

En effet, les chercheurs s'intéressent au colon des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Les neurologues qui suivent leurs patients depuis longtemps remarquent qu'ils souffrent de constipation ou en tout cas qu'ils ont un transit au ralenti. Ça s'aggrave souvent au fur et à mesure avec l'apparition de douleurs. En faisant des prélèvements auprès de ces patients sous forme de biopsies de l'intestin, on s'est rendu compte, lors de l'analyse des neurones de l'intestin, qu'on voit des anomalies qui ressemblent beaucoup à celles qu'on retrouve au niveau cérébral. Les chercheurs se disent que les signes digestifs et intestinaux ainsi que les modifications des neurones intestinaux pourraient apparaître avant les signes neurologiques de la maladie comme les tremblements. Ça veut dire qu'on pourrait peut-être imaginer, dans les années à venir, que chez des personnes plus jeunes qui ont des troubles digestifs complexes, on pourrait prédire le développement d'une maladie neurologique de type Parkinson. Plus on traite tôt et efficacement, mieux c'est. On est encore au stade de recherche parce que l'examen et l'analyse des neurones de l'intestin ne fait pas partie de la routine des médecins, mais on est dans du concret et on montre que dans les maladies neurologiques, l'intestin peut avoir un rôle.

L'intestin est composé de milliards de bactéries?

L'intestin est composé des neurones, des fibres musculaires, mais surtout des milliards de bactéries (qu'on appelle microbiote) avec lesquelles on vit en harmonie. Chacun a son empreinte génétique individuelle de ses bactéries. On s'interroge sur l'action des bactéries présentes dans le tube digestif qui pourraient jouer un rôle dans l'apparition de l'obésité. On dit toujours des obèses qu'ils mangent trop et qu'ils ne font pas assez d'activité physique, mais il y a des facteurs génétiques: la diversité de leurs bactéries serait modifiée. Selon des recherches, lorsqu'on a des souris dont on a modifié génétiquement l'empreinte des bactéries, elles développent une obésité. Lorsqu'on implante les bactéries intestinales des souris obèses à des souris minces, les souris minces deviennent obèses. On se rend compte que ces bactéries qui composent l'empreinte de la souris obèse sont capables de rendre obèse une souris qui au départ ne l'était pas.

Notre flore intestinale ou microbiote se constitue dès la petite enfance?

Notre flore intestinale se constitue vers l'âge de 3 ou 4 ans, il est donc important de s'alimenter de manière très diversifiée, de ne pas prendre trop d'antibiotiques et d'être exposé à des microbes. Oui! On se rend compte que dans nos sociétés très hygiénistes, le système immunitaire de l'enfant est moins soumis à des infections et a moins l'habitude de se défendre, et c'est probablement une des raisons pour lesquelles on a une augmentation majeure d'allergies, d'asthme, d'eczéma. Ça paraît fou mais il ne faut pas être trop propre et vivre dans un environnement trop stérile! Plus on a une alimentation diversifiée et plus on a de chance d'avoir une flore diversifiée.

D'ailleurs, on est exposé à des bactéries dès notre naissance?

Dès la naissance, l'enfant va être en contact avec les bactéries maternelles de la flore vaginale et rectale lors de sa naissance par voie basse, c'est son premier contact avec les bactéries. Puis viendront les bactéries de l'environnement, et celles de l'alimentation. Quand on naît par césarienne, le bébé ne sera pas contaminé par les bactéries de la maman et sera dans un milieu très stérile de chirurgie. Ces enfants seraient plus susceptibles de développer des allergies, de l'asthme... C'est un vrai sujet de recherche en ce moment, on pose la question suivante: est-ce que les enfants nés par césarienne développent des allergies et maladies particulières parce qu'ils ont été moins exposés aux bactéries contrairement à ceux nés par voie basse?

À savoir

  • L'intestin grêle mesure entre 4 et 6 m.
  • Les milliards de bactéries dans notre intestin pèsent entre 1 et 2 kg.

L'intestin, notre deuxième cerveau

Pr Francisca Joly Gomez Éditions Marabout.

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