Les muscles ont la cote chez les adolescents

Des données inédites transmises à La Presse montrent... (Photo Peter Thomson, archives The New York Times)

Agrandir

Des données inédites transmises à La Presse montrent que la moitié des adolescents québécois ont recours à des produits ou à des services amaigrissants.

Photo Peter Thomson, archives The New York Times

Partager

Plus des trois quarts des adolescents et près des deux tiers des adolescentes tiennent assez à leurs muscles pour modifier leur alimentation ou faire de l'exercice afin d'en augmenter la masse ou la fermeté, selon une nouvelle étude américaine. Ce souci pousse un garçon sur cinq à consommer des boissons protéinées à quelques reprises durant l'année.

L'étude de l'Université du Minnesota est la première à poser des questions directement liées à la musculation et non au simple contrôle du poids. Selon cinq spécialistes québécois interviewés par La Presse, il n'existe pas de données similaires pour le Québec. Mais la tendance semble bel et bien exister.

«Il ne faut plus seulement être mince, mais aussi ferme», explique Isabelle Labrecque, qui fait son doctorat à l'Université Laval sur la «bigorexie», l'obsession d'avoir plus de muscles. «On commence à voir des cours de crossfit, orientés sur le tonus musculaire, sur le découpage du corps. Il y a trois ou quatre centres de crossfit juste à Québec.»

En soi, le désir d'avoir des muscles plus gros ou plus fermes n'est pas un problème, estime Catherine Bégin, directrice de doctorat de Mme Labrecque. «Mais une minorité va en faire une obsession, avoir des comportements dangereux.»

Subordonner le désir d'une alimentation saine et d'une vie active à l'objectif d'améliorer ses muscles peut entraîner des dérapages, selon Anthony Karelis, professeur de kinanthropologie à l'UQAM, qui a été frappé par la forte proportion de garçons qui ont pris des boissons protéinées dans l'année précédant l'étude (12,4% parfois, 6,3% souvent). «Prendre du Boost, c'est vraiment qu'on tient à ses muscles», observe M. Karelis.

Marla Eisenberg, l'auteure principale de l'étude parue dans la revue Pediatrics, estime que l'échantillon de 1300 adolescents de 12 à 16 ans de Minneapolis est représentatif d'une grande ville nord-américaine. Il y avait beaucoup moins de Blancs qu'au Québec, seulement 25%, mais les résultats étaient relativement similaires d'un groupe ethnique à l'autre.

Selon Marie-Claude Paquette, auteure du rapport de l'INSPQ, les deux échantillons «peuvent être comparés, mais avec précaution». Des données inédites transmises par Mme Paquette à La Presse montrent que la moitié des ados québécois a recours à des «produits et services amaigrissants», ce qui englobe l'exercice physique, même s'ils ne cherchent pas à contrôler leur poids.

Une autre étude à partir du même échantillon montre que la proportion de filles de 13 ans qui cherchent à perdre du poids est de 80%, contre 60% au Québec, selon un rapport de l'Institut national de santé publique (INSPQ) paru à l'automne.

Georges, garçon de 14 ans en troisième secondaire dans une école de Rosemont, permet de relativiser le problème. L'adolescent, qui préfère rester anonyme pour ne pas faire parler de lui à l'école, affirme n'avoir aucun ami qui songe à ses muscles. «C'est juste les gens qui sont dans les équipes sportives. Même les filles, on les voit rarement à la musculation ou à l'aérobie le midi.»

***

L'obsession des muscles:

[Garçons | Filles]

Modifier son alimentation : 11,6% | 12,2%

Faire de l'exercice : 40,9% | 27,3%

Consommer des boissons de protéines : 6,3% | 2%

Prendre des stéroïdes : 0,8% | 0,3%

Légende: Proportion des adolescents américains qui utilisent souvent des méthodes d'augmentation de la masse ou de la fermeté des muscles

Source: Eisenberg 2012

***

Se peser chaque jour

Plus d'une adolescente sur 20 se pèse chaque jour, selon une autre étude de l'échantillon de Minneapolis. Environ 15% se pèsent au moins une fois par semaine, ont conclu l'hiver dernier les chercheurs de l'Université de Minneapolis dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics. Chez les jeunes adultes, dans un échantillon de participants de Minneapolis suivis depuis le début de l'adolescence, 0,8% se pèsent plus d'une fois par jour, 4% une fois par jour, 10,2% quelques fois par semaine et 10,2% une fois par semaine. La moitié des jeunes adultes se pesaient moins d'une fois par mois, selon cette autre étude, publiée dans le Journal of Adolescent Health l'été dernier. Certaines études ont avancé que se peser souvent augmente le risque de dépression et de problèmes d'alimentation.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600172:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer