Éloge du ménage

Qui n'a pas dans son entourage une maniaque du balai, une accro du plumeau ou... (Illustration Rachel Hotte, La Presse)

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Illustration Rachel Hotte, La Presse

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Sophie Allard
La Presse

Qui n'a pas dans son entourage une maniaque du balai, une accro du plumeau ou une consommatrice compulsive de détergents ? Elles pulvérisent le moindre amas de poussières et chassent avec entrain les taches tenaces. Pour elles, le ménage du printemps, c'est comme Noël pour les enfants. Elles n'ont peut-être pas tort... Après tout, le ménage peut être bénéfique pour votre tête, votre corps et même votre vie sexuelle !

«Une maison propre, aérée et bien rangée, c'est assurément sain pour l'esprit. Ça donne une impression d'équilibre et ça crée une sensation de bien-être et de mieux-être», indique la psychologue Germaine Beaulieu.

«Souvent, les gens m'appellent parce qu'ils n'en peuvent plus de vivre dans une maison embourbée, désordonnée. Ça les empêche d'être heureux», indique Sarah Barrette, membre de l'Association des organisateurs professionnels du Canada. Elle aide notamment ses clients à mieux organiser leur maison. «Les gens veulent se sentir bien chez eux, dans leur cocon. Quand on élague, on fait de la place pour la circulation d'idées nouvelles.»

L'action même de faire du ménage est bénéfique pour la santé psychologique, semble-t-il. Selon un sondage britannique, 60% des femmes préféreraient le ménage au sexe en raison de son «effet thérapeutique» ! Des chercheurs anglais ont établi que 20 minutes de ménage par semaine contribuent à réduire de 20% les risques de souffrir de stress et d'anxiété. Ces risques seraient réduits de 33% grâce à la pratique régulière du sport. «En période d'examens, j'ai vu des étudiants très stressés qui, au lieu d'étudier, faisaient le ménage de leur placard. Ça les aidait à faire baisser la pression et à mettre de l'ordre dans leurs idées», dit Germaine Beaulieu. Faire le ménage aiderait même à éloigner la dépression.

C'est d'ailleurs ce que pense Kelly Lambert, neurobiologiste et psychologue au Randolph-Macon College, à Ashland, en Virgine. Selon elle, faire des tâches manuelles qui exigent un minimum d'effort stimulerait notre circuit de la récompense, ce qui déclencherait la production d'endorphines (hormones liées au bonheur). «Nous mangeons des plats tout préparés. Nous lavons à la machine des vêtements achetés en prêt-à-porter. Ce confort contribuerait à augmenter le nombre de dépressions en privant notre cerveau des satisfactions associées à la réalisation des tâches manuelles, a-t-elle déjà écrit dans le magazine Cerveau et Psycho. Nous sommes programmés pour éprouver de la satisfaction lorsque nous faisons quelque chose d'utile avec nos mains.» Plus l'effort est intense, plus la satisfaction serait grande.

À l'inverse, le désordre peut avoir un effet néfaste. «Dans les foyers qui vivent dans un désordre qui leur est imposé avec poussières et saletés, par exemple dans le cas de rénovations, le niveau d'anxiété augmente, les gens sont maussades et tendus», indique la psychologue Germaine Beaulieu. Il y a des exceptions. «Pour diverses raisons, certaines personnes se disent bien dans des maisons désordonnées, remplies d'objets divers. Si elles ne sont pas prêtes à faire le ménage, elles deviennent angoissées dans un espace vidé et rangé», indique Sophie Legault, auteure du livre Vaincre le désordre. À noter: le ménage compulsif et le désordre extrême peuvent être des signes de troubles psychologiques qui nécessitent une consultation en psychothérapie.

Entraînement ménager

Bon pour la tête, le ménage est aussi bon pour le corps. S'il est vigoureux, il peut contribuer à réduire les risques de maladies cardiovasculaires et même le cancer du sein. Chez les femmes de moins de 50 ans qui font de 16 à 17 heures de tâches ménagères par semaine (repas, ménage, etc.), les risques de cancer du sein seraient diminués de 30%. Chez les femmes ménopausées, ces risques baisseraient de 20%, selon une étude britannique.

Certains seront aussi heureux d'apprendre que, pour 30 minutes de tâches ménagères exigeantes, on brûle environ 150 calories. C'est l'équivalent du golf, de la marche rapide et de la danse. Cirer le plancher à quatre pattes, laver les vitres avec énergie ou battre les tapis est d'ailleurs plus demandant qu'une séance d'aquaforme ou de tennis de table (140 calories)!

Partage des tâches

Cela dit, pour que le ménage soit bénéfique, mieux vaut que le partage des tâches soit équitable. Selon une étude américaine menée chez des travailleurs à temps plein, plus une personne se sent responsable des tâches domestiques, plus sa tension artérielle est élevée. C'est particulièrement vrai pour les femmes et les personnes à faible revenu. La nature même des tâches influence le niveau de tension. Lors de l'étude, le ménage, le lavage et la cuisine étaient liés à la tension systolique la plus haute, suivis des réparations de la voiture et de la maison, et ensuite, de la gestion des finances familiales.

Encore aujourd'hui, les Québécoises s'occupent davantage des tâches domestiques que leurs conjoints: elles y consacrent 60% de leur temps productif, contre 40% pour les hommes. C'est ce qui ressort d'Un portrait statistique des familles au Québec publié en 2011. «Mieux vaut avoir un équilibre, ça crée moins de tensions dans le couple, indique Germaine Beaulieu. Les gens ont plus de facilité à dénoncer qu'à s'asseoir et trouver une solution. Au lieu de continuellement remettre ça sur le tapis, mieux vaut s'entendre une fois pour toutes et respecter nos engagements.»

Un avantage au partage équitable des tâches? Les couples dont l'homme met souvent la main à la pâte auraient une vie sexuelle plus épanouie, indiquent des chercheurs américains. Est-ce parce que la femme est moins fatiguée ou parce que les hommes comblés au lit ont davantage tendance à aider leur conjointe? L'histoire ne le dit pas...




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