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Misophonie : lorsque certains bruits deviennent intolérables

Aux oreilles de Ben Mariano, le son d'une carotte cassée en deux est comparable... (Photo: Photothèque La Presse)

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Photo: Photothèque La Presse

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Amy Fuller
La Presse Canadienne
Toronto

Aux oreilles de Ben Mariano, le son d'une carotte cassée en deux est comparable à celui d'ongles sur un tableau noir. Il en va de même pour les sons que les gens font avec leur bouche en mâchant de la gomme ou en claquant des lèvres, par exemple.

M. Mariano n'est pas allé au cinéma depuis deux ans, parce qu'il est incapable d'endurer le bruit que font les spectateurs en mangeant du maïs soufflé.Le terme «misophonie» (haine des sons) a été inventé en 2000 par le professeur Pawel Jastreboff, de l'université Emery d'Atlanta, quand il a découvert que certains avaient des réactions fortes et négatives à certains sons. Ils ne craignaient pas ces sons et ne souffraient donc pas de phonophobie, pas plus qu'ils ne souffraient d'hyperacousie (sensation de douleur ressentie à certaines fréquences) ou d'acouphène (sensation de bourdonnement ou de sifflement dans l'oreille).

M. Jastreboff explique que la misophonie est un problème acquis. «C'est une réaction au son. On commence à associer le son à quelque chose de très déplaisant.»

C'est ce qui semble s'être produit dans le cas de Ben Mariano. Contraint d'emménager avec sa mère et son nouveau conjoint après le départ de son père, il dit avoir alors commencé à se concentrer sur les sons qu'émettaient les membres de sa nouvelle famille en mangeant. «Le meilleur mot pour décrire cette émotion est «mépris', a-t-il dit. Quand tu as 10 ans, tu ne sais pas comment gérer tes émotions.»

Le problème s'est aggravé plus tard, quand il a dû travailler à proximité d'un collègue qui tapait constamment du pied et mâchait bruyamment de la gomme. «Ca me rendait fou», a expliqué M. Mariano.

Il a identifié son problème seul l'an dernier, en voyant une vidéo sur YouTube. Depuis, lorsqu'il se déplace en public, il porte un casque d'écoute pour bloquer les bruits les plus intolérables. Le Ritalin semble aussi l'aider. Et inutile de dire qu'il vit seul, ses quelques fréquentations des dernières années ayant été incapables d'endurer un conjoint qui les obligeait à manger leurs croustilles dans la salle de bain...

La nature exacte du problème demeure mystérieuse. La psychologue Patricia Towle croit qu'il s'agit en partie d'une «hypervigilance», puisque ceux qui souffrent de misophonie peuvent réagir à un son entendu trois pièces plus loin. «On peut abandonner et passer la journée à attendre «le» son, ou bien on peut réaliser à quel point ce comportement de notre cerveau nous nuit», a-t-elle expliqué.

M. Jastreboff n'est pas d'accord. Il prétend plutôt qu'il s'agit d'une mauvaise connexion entre différentes composantes du système nerveux, et il propose comme traitement la création d'associations positives avec les sons qui posent problème.

Par exemple, il conseille à ses patients d'écouter une musique qu'ils aiment en même temps qu'ils entendent un son déplaisant une ou deux fois par jour, pendant 20 ou 40 minutes chaque fois. Et chaque semaine, le son de la musique est augmenté un peu.

Le traitement prend au moins neuf mois, mais M. Jastreboff prétend qu'il fonctionne dans 90 pour cent des cas.




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