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À Paris, le Salon de la mode pulpeuse tente d'imposer ses canons

Clémentine Desseaux, mannequin taille 44, marraine de la... (PHOTO THOMAS SAMSON, AFP)

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Clémentine Desseaux, mannequin taille 44, marraine de la Pulp Fashion Week.

PHOTO THOMAS SAMSON, AFP

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Anne-Laure MONDESERT
Agence France-Presse
PARIS

Au moment où les députés français veulent écarter les mannequins trop maigres des podiums, des modèles «grandes tailles» défilent ce week-end à la Pulp Fashion Week à Paris, un salon qui s'efforce, non sans mal, de s'imposer dans la capitale de la haute couture.

Pas de brindille en vue pour l'occasion: les tailles des mannequins vont du 40 au 56, bien loin des silhouettes qui peuplent les Fashion weeks traditionnelles.

Mais n'importe quelle fille ronde ne peut être mannequin. Il faut une silhouette harmonieuse, souligne Blanche Kazi, organisatrice de cet événement pour la troisième année consécutive, qui a recruté au total 24 modèles, notamment en organisant des castings dans plusieurs villes de France.

Le point de départ de ce projet, pour cette femme d'origine congolaise, a été sa propre «frustration»: «après ma grossesse, je suis passée d'une taille 36-38 à une taille 42-44. Je n'arrivais pas à m'habiller comme je le voulais, alors j'ai réfléchi à un moyen, à mon échelle, de faire bouger un peu les choses dans la mode».

Car l'offre pour les rondes en France se réduit trop souvent à des «trucs vieillots, tristes, sans aucune originalité», regrette-t-elle.

Or il y a un vrai marché: la taille la plus vendue en France est le 40, d'après l'Institut Français du Textile et de l'Habillement (IFTH), et plus de 40% des femmes portent du 44 et plus.

Au programme de ce salon de la mode pulpeuse, ouvert aux professionnels et au public: des défilés, y compris de lingerie, et des conférences sur la mode grande taille. Une vingtaine de marques (Oliver Young, Olivier Wartowski, Jean-Ida Créations...) participent à l'événement parisien, contre huit lors de la première édition en 2013.

«Ce sont de jeunes marques», souligne Blanche Kazi, déplorant de ne pas être soutenue par les grands noms de la mode grande taille «qui peuvent faire bouger réellement les choses avec des budgets de commandite et des partenariats financiers».

«Vingt ans de retard»

Signe d'une prise de conscience globale, des rendez-vous de la mode XL ont vu le jour depuis quelques années à New York, Londres, Berlin, Hambourg, Rio. Et des mannequins grande taille ont même défilé lors de plusieurs défilés à la Fashion Week new-yorkaise en septembre.

La Pulp Fashion Week est encore modeste, reconnaît Blanche Kazi, qui juge que les mentalités ont du mal à évoluer en France. «On a vingt ans de retard sur la façon d'aborder les différences. Dès qu'on est différent ici, on vous regarde bizarrement», dénonce-t-elle, fustigeant certains préjugés: «les gens ne sont pas gros uniquement parce qu'ils mangent trop».

L'organisatrice peut en tout cas se réjouir de voir cette «Pulp Fashion week» tomber peu après le vote des députés pour une interdiction des mannequins trop maigres. «C'est une coïncidence bénie», commente Blanche Kazi, qui approuve une telle mesure, trouvant les mannequins actuelles beaucoup trop «maigrichonnes».

Une évolution est pourtant en train de se dessiner dans ce secteur: trois magazines en ligne ont émergé en moins de deux ans, des blogues fleurissent. L'offre grande taille se diversifie aussi sur internet, avec des marques comme Navabi, Asos curve, H&M, Monif C...

«Il y a une forte communauté de fashionistas et elles veulent s'habiller branché, c'est dans les moeurs et l'air du temps», constate Patricia Gordon, qui a ouvert en septembre à Paris un magasin multimarque pour les rondes, Women Curves.

Kim Kardashian, réputée pour ses formes, a récemment fait la Une du magazine Elle. «C'est sûr qu'elle a remis à la mode les grosses fesses, donc ça, on en est très heureuses», sourit Clémentine Desseaux, mannequin taille 44, marraine de la Pulp Fashion Week.

«Mais si elle est acceptée, c'est parce que c'est Kim, elle fait vendre plus que n'importe qui!», ajoute cette ravissante jeune femme brune aux taches de rousseur, qui a fait des campagnes pour American Apparel, les chaînes de magasins américains Macy's et Nordstrom, ou encore Marina Rinaldi et Ulla Popken. Elle regrette que les magazines ne fassent «en général qu'une couverture avec une femme ronde une fois par an».

Pulp Fashion Week, samedi et dimanche au Salon Hoche, 9 avenue Hoche à Paris. À partir de 15 euros l'entrée.

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