Le trésor caché de la Nouvelle-Écosse

Le vignoble Lightfoot and Wolfville n'est pas encore... (Photo Karyne Duplessis Piché, collaboration spéciale)

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Le vignoble Lightfoot and Wolfville n'est pas encore ouvert au public, mais ses vins à base de pinot noir et de chardonnay suscitent déjà beaucoup d'intérêt.

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(WOLFVILE) À l'extrémité est du Canada, la Nouvelle-Écosse abrite un joyau méconnu. Bien qu'ils ne soient pas réputés comme ceux de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique, les vins de la vallée d'Annapolis sont d'une qualité étonnante. Une nouvelle génération d'oenologues et de vignerons s'active à faire de la province un chef-lieu de la production viticole canadienne.

La Nouvelle-Écosse compte seulement une vingtaine de vignobles, mais ses producteurs sont déterminés à produire les meilleurs vins du pays. Ils pourraient bien y arriver bientôt. La région est sortie de l'anonymat et ses vins sont encensés par la critique. En 10 ans, la superficie des vignes de la vallée d'Annapolis a plus que doublé. Avec seulement 345 hectares de vignes, la région reste néanmoins minuscule, soit l'équivalent d'à peine 1 % de la superficie du vignoble de la Champagne. Mais l'expansion est bien réelle. Il y avait six vignobles en 2004. Il y en a 20 aujourd'hui. Au cours de la même période, les vins de la Nouvelle-Écosse se sont aussi transformés.

« Les vignerons essayaient de faire des vins semblables à ceux de l'Ontario ou de la Californie, explique l'oenologue Peter Gamble, ancien directeur de l'association Vintners Quality Alliance du Canada. Des vins costauds, charnus et très alcoolisés. Ça n'avait pas de sens! »

Le nom de Peter Gamble est sur les lèvres de tous les vignerons de la vallée d'Annapolis. Cet oenologue vinifie en Ontario, en Colombie-Britannique et en Argentine. Selon les producteurs rencontrés, il a contribué à l'essor des vins de la province atlantique.

« Chaque fois que je goûtais un vin de Nouvelle-Écosse, raconte Peter Gamble, il avait une acidité vibrante, des arômes classiques, brillants, et on sentait le côté minéral du terroir. »

L'oenologue a eu l'idée de créer un vin qui met en valeur le terroir de la Nouvelle-Écosse et qui s'agence avec la gastronomie locale, soit les fruits de mer. Il a suggéré aux vignerons de créer la première appellation de la province. Ils l'ont appelé Tidal Bay.

Le succès de Tidal Bay

Les premiers vins de Tidal Bay ont été commercialisés en 2011. Ce sont des vins blancs frais, fruités, légèrement sucrés et qui ne contiennent pas plus de 11 % d'alcool. Douze vignerons vont produire un vin d'appellation cette année. Selon le chroniqueur et auteur Tony Aspler, ces vins ont propulsé la viticulture de la Nouvelle-Écosse.

« Tidal Bay est une introduction aux vins de la région, ajoute Peter Gamble. C'est un peu comme Chianti en Italie. C'est un vin signature. Tout le monde connaît Chianti. Mais la Toscane produit aussi d'autres vins. »

La vallée d'Annapolis propose beaucoup d'autres produits, du blanc sec au rouge corsé en passant par le vin de glace. Tous ces vins ont un point en commun : une forte acidité.

Des hybrides et des vitis vinifera

Les premières vignes de la Nouvelle-Écosse ont été plantées à la fin des années 70 près du site historique de Grand-Pré. Comme dans la plupart des vignobles canadiens, les vignerons ont planté des variétés hybrides qui résistent mieux au froid.

Malgré la mauvaise réputation des hybrides, la Nouvelle-Écosse ne cache pas sa fierté de les cultiver. Les arômes « foxés », qui rappellent celui d'un chien mouillé et sont souvent associés aux hybrides, ne se retrouvent en effet pas, ou très peu, dans les vins de la Nouvelle-Écosse. Le vinificateur Jean-Benoît Deslauriers, du vignoble Benjamin Bridge, croit savoir pourquoi.

« Les arômes foxés se développent lorsqu'il fait très chaud, dit-il. Dans la vallée d'Annapolis, il ne fait jamais en bas de-20 degrés Celsius l'hiver et rarement plus de 30 degrés l'été. »

La vallée d'Annapolis doit son climat tempéré à la baie de Fundy. Cet immense bassin d'eau, connu pour ses fortes marées, a un effet modérateur sur les températures. Selon une étude faite en 2002 par l'industrie, le climat de la vallée d'Annapolis s'apparente à celui de certaines régions viticoles d'Allemagne.

Sans surprise, les vignerons néo-écossais cultivent les cépages plantés en Allemagne comme le riesling et le gewurztraminer, ainsi que le geisenheim, un hybride originaire de ce pays. Les résultats sont épatants. Le riesling du vignoble Gaspereau a d'ailleurs estomaqué la célèbre spécialiste anglaise Jancis Robinson.

« Il avait davantage d'arômes caractéristiques du riesling que tout ce que j'avais goûté dans les vins de ma terre natale », écrit Mme Robinson sur son site internet.

Le premier pinot noir

Le vignoble Lightfoot and Wolfville n'est pas encore ouvert au public, mais ses vins à base de pinot noir et de chardonnay suscitent déjà beaucoup d'intérêt.

C'est dans la grange qui leur sert de chai que Rachel Lightfoot et Josh Horton reçoivent les curieux. Comme dans plusieurs vignobles de la région, les deux vinificateurs ont moins de 30 ans. Leurs vins sont déjà parmi les plus prisés de la vallée.

« Pendant longtemps, on vendait nos raisins au vignoble Benjamin Bridge, explique Rachel Lightfoot. Jusqu'au jour où ils nous ont dit que nos fruits étaient meilleurs et qu'on nous a conseillé de les vinifier à part. La qualité était si bonne qu'on a décidé de démarrer notre vignoble. »

Le domaine compte 15 hectares et pratique l'agriculture biologique et la biodynamie. Dans cette zone un peu plus chaude de la région, ils ont planté du pinot noir. Ils ne sont pas les premiers à planter ce cépage en Nouvelle-Écosse, mais ils sont les premiers à connaître tant de succès.

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