Dans les grandes villes, vos grands crus sont bien gardés

La pièce est ultra-sécurisée: sur les dix employés... (PHOTO THOMAS SAMSON, AFP)

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La pièce est ultra-sécurisée: sur les dix employés de la société, seuls deux en ont la clé.

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Sandra LAFFONT, Emmanuelle MICHEL, Julien MIVIELLE
Agence France-Presse
ISSY-LES-MOULINEAUX

À 20 mètres de profondeur, sous des immeubles quelconques d'Issy-les-Moulineaux, c'est ici que de grands collectionneurs entreposent à l'abri des regards indiscrets leurs meilleures bouteilles, dans une ancienne crayère, reconvertie en garde-vin.

Situées à deux pas de Paris, les caves des Montquartiers se sont développées il y a 20 ans dans d'anciennes carrières de craie vieilles de 200 ans.

Car le site est naturellement idéal pour la conservation des bouteilles (température à 13 degrés et hygrométrie à 70%). Les amateurs ou les professionnels (cavistes, restaurateurs...) y louent pour 300 euros par mois une cave privée, dont ils sont les seuls à avoir la clé, avec petit salon de dégustation sous les voûtes en prime.

Depuis deux ans, le concept s'est démocratisé avec une cave collective où les particuliers peuvent stocker 50 bouteilles pour 9 euros/mois.

La pièce est ultra-sécurisée: sur les dix employés de la société, seuls deux en ont la clé. Et «pour éviter la moindre tentation, le tire-bouchon est interdit», sourit Andrew Amiach, gestionnaire du lieu.

Aujourd'hui, la cave accueille 100 000 bouteilles, appartenant à 300 clients, avec des grands crus à faire rêver les épicuriens comme cette palette de Romanée-Conti d'une valeur totale de 100 000 euros, ou ce Sauternes de 1900.

«Les prix de certains grands crus sont tellement élevés que ce stockage est comme une assurance qui ne coûte pas très cher» proportionnellement, estime Andrew Amiach.

Depuis quelques années, une poignée d'entrepreneurs se sont lancés dans le garde-vin sur mesure à Paris, ou à Lyon. Il y a bien sûr le manque de place, le prix de l'immobilier, la recherche de bonnes conditions de conservation, mais surtout la sécurité.

«Notre métier a pris son essor avec le renchérissement important des vins français qui remontent aux années 90», analyse Philippe Gangneux, patron de La Cave Lyon.

Une collection à 13 000 crus 

Dopés par la demande asiatique, les bordeaux ont flambé jusqu'à 2010. Les Chinois ont ensuite jeté leur dévolu sur les bourgognes, vins beaucoup plus rares dont les prix ont explosé, selon Angélique de Lencquesaing, fondatrice du site d'enchères iDealwine.

Pour preuve: le WineDexBordeaux, indice mis au point par iDealwine, a grimpé de plus de 103% depuis 2007 et le WineDexBourgogne de 113%.

Dans l'ancienne usine réaménagée en garde-vin de Philippe Gangneux, il suffit de passer en revue quelques caisses pour constater qu'il est devenu risqué de garder certaines bouteilles chez soi.

«Vous le voyez là: un client m'a appelé pour photographier ces bouteilles du domaine de la Romanée-Conti qu'il souhaite vendre».

Le manutentionnaire les sort de leur habit de paille typique du domaine. «Celle-là (un Romanée-Conti monopole), il y en a au moins pour 7000 euros», ajoute M. Gangneux.

Au loin, il montre des palettes encore emballées. Son plus gros client: un homme d'affaires italien qui a décidé de stocker à Lyon 13 000 bouteilles de crus millésimés en France.

Et comme le gardien d'un temple, il connaît les histoires derrière les étiquettes. «Là c'est mon plus petit client. Un chirurgien qui a sauvé quelqu'un. Le patient, très reconnaissant, lui a offert deux Châteaux Pétrus».

«Ici vous avez un client qui habite en Inde; j'ai 20% de clients expatriés».

Demain La Cave Lyon, qui s'est développée sur le modèle de La Cave Paris, envisage de se développer en Suisse, ou peut-être sur la Côte d'Azur.

Et si les prix des vins continuent leur ascension inexorable, ces garde-vin se transformeront peut-être également en courtier, comme c'est déjà le cas à Londres, capitale de la finance européenne.

«Pour ceux qui veulent vendre les vins que nous leur gardons, nous proposons les canaux de vente les plus efficaces pour toucher tous les marchés grâce à notre base de données de collectionneurs privés et de négociants», explique Joss Flower, directeur de FINE+RARE, chargé des grands crus.

FINE+RARE dont l'entrepôt est à Tilbury, prés de l'estuaire de la Tamise, livre d'ailleurs dans le monde entier...

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