Alex Harvey: un prince dans son (modeste) royaume

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(Saint-Ferréol-les-Neiges) Pour se moquer gentiment, les coéquipiers d'Alex Harvey le surnomment le «Prince du Québec». Pour un prince, son royaume n'est pas très ostentatoire.

En ce petit matin du mois de mai, Harvey nous avait donné rendez-vous sur le bord d'un rang, à Val-Bélair. Il y a bien trois ou quatre chevaux qui gambadent un peu plus haut. Sinon, pour l'essentiel, le décor est composé de champs en labour. D'un côté, des avions décollent et atterrissent à l'aéroport Jean-Lesage. De l'autre, une longue montée graduelle mène au mont Bélair. La route de Sotchi prend parfois des détours insoupçonnés.

Une fois par semaine, au printemps, des membres du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey (CNEPH) se donnent rendez-vous à cet endroit anonyme pour une séance de ski à roulettes. Pourquoi quitter Saint-Ferréol-les-Neiges et faire 50 minutes de voiture? Pour le dénivelé, le revêtement et la circulation plus tranquille. Quoique la police, alertée par le voisinage, vient les houspiller une fois de temps en temps.

«Ici, on part tous du même endroit. Ça fait donc un vrai entraînement d'équipe», explique Alex Harvey en mettant ses bottes, exactement les mêmes qu'ils portent sur neige.

Le groupe est jeune. À 24 ans - il en a aujourd'hui 25 -, Harvey est l'aîné. Les deux filles, Frédérique Vézina et Gabrielle Lemire, sont encore dans les rangs juniors. Alexis Turgeon et Raphaël Couturier en sortent à peine. L'Ontarien Len Valjas, médaillé en Coupe du monde, a quitté le mont Sainte-Anne et s'entraîne maintenant à Canmore.

Pour Harvey, cela ne change pas grand-chose. Pour les portions d'entraînement à basse intensité, il n'a qu'à choisir des roulements à billes plus lents. Sinon, pour les exercices d'explosivité sur 10 secondes, comme c'est le cas ce matin, Turgeon et Couturier sont carrément plus rapides que le médaillé de bronze de sprint aux derniers Championnats du monde.

* * *

Twing, twing, twing! Les bâtons de carbone martèlent le bitume avec une puissance impressionnante. Harvey en cassera un et manquera de s'étaler de tout son long sur le bitume. Les chutes sont d'ailleurs plus fréquentes en ski à roulettes que sur neige.

Le travail est sérieux, la bonne entente, évidente.

Au volant de la camionnette du CNEPH, François Pépin suit discrètement ses skieurs. À 26 ans, le nouvel entraîneur adjoint du centre est lui aussi très jeune. Il est en poste depuis à peine trois semaines. En l'absence de l'entraîneur-chef Louis Bouchard, il est responsable de la séance.

Tablette électronique à la main, il filme les fondeurs un à un. La rétroaction est immédiate. Ralentis, arrêts sur image, la qualité visuelle est saisissante.

Un à un, les fondeurs complètent leur séance. Ils sont le propre juge de leurs sensations. Leur autonomie est grande. Harvey revient à son auto, mais décide de prolonger de quelques minutes. Ça lui fera deux heures pile. Ce n'est pas un hasard.

«Pas mal tous les athlètes de haut niveau que je connais sont limite obsessifs compulsifs», racontera-t-il plus tard en entrevue. «Ce cinq minutes-là ne fera probablement pas une grande différence, sauf que moi, j'ai vraiment besoin de le faire.»

Les Jeux olympiques de Sotchi, Harvey y pensait tous les jours. «C'est une source de motivation. Je me fixe un objectif pour le réaliser, mais c'est ma source de motivation, finalement, cet objectif-là.»

À la fin d'une longue sortie de trois heures, sous la pluie et dans le froid, il peut s'imaginer entrer dans le stade de Sotchi pour entreprendre les 500 derniers mètres. La réaction physique et émotionnelle est immédiate: les frissons dans le dos, le coeur qui bat plus vite, l'accélération de quelques kilomètres/heure... À tel point qu'il doit parfois restreindre ses ardeurs.

* * *

Milieu de l'après-midi, au bas de la côte de Beaupré. Après le lunch et l'incontournable sieste, l'un de ses moments favoris, le «prince» est de retour dans un gym au rez-de-chaussée d'un immeuble résidentiel sans âme. Au moins, la vue est belle: le fleuve et la pointe est de l'île d'Orléans.

Le groupe des fondeurs détonne un peu dans la salle de musculation, occupée en majorité par des gars dans la vingtaine venus gonfler leurs muscles. Harvey et ses comparses y vont d'exercices plus complexes et spécifiques.

La séance se conclut par des exercices au sol. Harvey en fera une série de plus.




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