Messi, l'héritier

«Personne n'arrive à 40% de ce qu'a fait... (Photo: David Gray, Reuters)

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«Personne n'arrive à 40% de ce qu'a fait Messi», a commenté Diego Maradona (à gauche) le mois dernier. En fait, quand Maradona dit de Messi «il me fait penser à moi», il se flatte lui-même autant qu'il louange le virtuose du FC Barcelone.

Photo: David Gray, Reuters

Jean-François Bégin, envoyé spécial
La Presse

(Johannesburg) L'entraîneur d'Arsenal, Arsène Wenger, est probablement celui qui a le mieux résumé Lionel Messi: «Il est comme un footballeur de PlayStation.»

Vrai que le prodige argentin a l'air tout droit sorti d'un jeu vidéo. Pareille vision du jeu, virtuosité dans le drible et flair autour du but adverse ne sont pas censés exister dans le monde réel, sauf peut-être dans les vieux clips des plus beaux moments de Diego Maradona.

Et pourtant, El Diego, aujourd'hui sélectionneur de l'Argentine, a bel et bien un héritier spirituel - sur le terrain, pas en dehors, Dieu merci ! - en Messi, à qui il a confié le maillot numéro 10 qu'il a lui-même endossé lors de quatre Coupes du monde. «Personne n'arrive à 40% de ce qu'a fait Messi», a commenté Maradona le mois dernier.

En fait, quand Maradona dit de Messi «il me fait penser à moi», il se flatte lui-même autant qu'il louange le virtuose du FC Barcelone. Car ce que Messi accomplit avec le Barça est proprement stupéfiant. Wenger ne parlait pas en l'air quand il l'a louangé, ce printemps. Le jeune Argentin venait de battre les Gunners à lui seul en quart de finale de la Ligue des champions, inscrivant tous les buts des Catalans dans une victoire de 4-1.

Ce n'était pas un exploit isolé. Quelques semaines plus tôt, Messi avait réussi des tours du chapeau lors de deux matchs consécutifs en Liga, dont il a été choisi joueur de l'année lors des deux dernières saisons. Il a marqué 34 buts en championnat espagnol en 2009-10, égalant le record d'équipe de Ronaldo. Toutes compétitions confondues, il a fait mouche 47 fois en 53 matchs pour Barcelone cette année.

Les chiffres sont une chose. Il y a aussi la manière. Ses buts sont souvent de véritables oeuvres d'art. Le plus célèbre est probablement celui marqué contre Getafe lors de la Copa del Rey 2007. Partant du centre du terrain, La Pulga (la Puce) a déjoué successivement quatre adversaires avant de battre le gardien, au terme d'une course de 60 mètres pendant laquelle le ballon est resté pratiquement collé à son pied. Allez voir sur YouTube: c'est une copie carbone du fameux but de Maradona contre l'Angleterre en quart de finale du Mondial 1986. (Pas la «main de Dieu», l'autre.)

Mais les exploits de Messi ne l'ont pas mis à l'abri de la critique de nombreux Argentins. Avant le début du tournoi en Afrique du Sud, ces esprits chagrins lui reprochaient encore de ne pas faire preuve du même engagement pour l'Argentine que pour son club. «Qu'est-ce qui coule dans ses veines?», s'est demandé le quotidien sportif Olé, il y a quelques mois.

Barça à la rescousse

Les doutes à l'endroit de Messi découlent probablement du fait qu'il a quitté son pays dès le début de l'adolescence. À 13 ans, souffrant d'une déficience d'hormone de croissance, il avait le corps d'un garçon de 10 ans. Son père Jorge, travailleur de l'acier de Rosario, une ville industrielle à 300 km au nord de Buenos Aires, n'avait pas les moyens de payer les 800$ par mois que coûtaient les injections nécessaires. Son club, Newell's Old Boys, non plus.

C'est alors que Barcelone est entré en scène. Invité à exhiber son talent à La Masia, la célèbre académie du club catalan d'où sont également issus les Andrès Iniesta, Cesc Fabregas et Xavi Hernandez, Messi n'a eu besoin que de quelques minutes pour convaincre. Le club a non seulement accepté de payer les traitements sans lesquels il n'aurait jamais pu espérer faire carrière au soccer. Il a aussi fait venir en Catalogne la famille du jeune surdoué et trouvé un emploi à son père.

Messi a progressé rapidement, au point de faire ses débuts en Liga à l'âge de 17 ans. Entouré de coéquipiers extraordinaires tels Ronaldinho et Samuel Eto'o, il s'est rapidement imposé comme un des meilleurs de la planète, un fait reconnu par sa sélection à titre de joueur de l'année de la FIFA, en 2009. Il a été le catalyseur dans la remarquable conquête de six titres différents par Barcelone, en 2008-2009.

Pas assez pour l'Argentine

Mais pour les Argentins, qui n'avaient pas encore digéré l'élimination de l'Albiceleste par l'Allemagne en quarts de finale de la Coupe du monde 2006, tout cela ne comptait pas pour grand-chose. Qu'importe que Messi ait été choisi joueur par excellence de la Coupe du monde U-20 de 2005, remportée par l'Argentine. Qu'importe qu'il ait gagné la médaille d'or aux Jeux olympiques de Pékin. Les doutes persistaient.

Ils doivent maintenant être dissipés. Lionel Messi n'a peut-être pas encore marqué dans la Coupe du monde 2010. Mais après quatre matchs, personne n'a dirigé plus de tirs (20) que lui. Personne n'a touché la cible (13 fois) plus souvent. Et la menace constante qu'il représente force l'adversaire à le couvrir étroitement, ouvrant le jeu pour ses coéquipiers. «Messi est un joueur difficile à affronter, pour ne pas dire le meilleur joueur au monde, a dit cette semaine le milieu de terrain allemand Sami Khedira. Un joueur ne peut le contenir à lui seul pendant 90 minutes. Il faudra un effort d'équipe. Nous pourrions devoir nous mettre à plusieurs pour le couvrir.»

Maradona a pris acte du leadership (tranquille, il est vrai) exercé par Messi, qui a célébré son 23e anniversaire le 24 juin. Deux jours plus tôt, lors du match de l'Argentine contre la Grèce, l'entraîneur en a fait son capitaine en l'absence de Javier Mascherano. Un beau message. À Messi lui-même. Et à ceux qui doutaient de lui. S'il en reste.

 

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