Dans les sillons de Jagr

Amis depuis l'âge de 6 ans, Michael Frolik... (PHOTO: GARY WIEPERT, AP)

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Amis depuis l'âge de 6 ans, Michael Frolik (67) et Ondrej Pavelec ont grandi à Kladno où ils ont joué leur hockey mineur. L'attaquant et le gardien portent maintenant les couleurs des Jets.

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Imaginez une ville de la taille de Saint-Jérôme. Ou de Granby, tiens.

Imaginez Granby.

Imaginez que de cette ville d'un peu plus de 65 000 habitants viennent 6 joueurs actifs de la Ligue nationale de hockey. Qu'un septième s'accroche à l'espoir d'y revenir. Qu'un huitième vient du village d'à côté et est considéré par les autres comme un gars de la place. Ajoutez à cela quatre autres joueurs également actifs qui sont venus y jouer leur hockey mineur et un cinquième qui vient d'annoncer sa retraite la semaine dernière.

On aurait raison de se demander ce qu'il y a dans l'eau de Granby, du moins dans les fontaines de l'aréna Léonard-Grondin.

Or, c'est exactement la situation qui prévaut à Kladno, la petite ville de République tchèque d'où sont originaires Tomas Plekanec et Jiri Sekac.

Sauf erreur, Kladno est la ville qui, par habitant, produit à l'heure actuelle le plus grand nombre de joueurs de la LNH dans le monde.

«C'est vraiment une chose étrange, convient Plekanec. Il y a un tas de joueurs de la LNH et de la KHL qui proviennent de Kladno et pourtant, on dirait que les gens ne vont pas voir le hockey là-bas. Durant le lock-out, ç'a affiché complet pendant cinq ou six matchs, mais par la suite, il n'y avait que 3000 ou 4000 personnes...»

Kladno était une ville industrielle au service de l'Union soviétique durant le régime communiste. L'économie s'est privatisée depuis 1989, certaines entreprises y ont élu domicile, mais la proximité de Prague draine toute l'activité vers la capitale.

«Ce n'était pas une banlieue de Prague, mais c'est en train de le devenir, constate Plekanec. Il n'y a rien à Kladno. Les gens qui s'intéressent au hockey, ou qui veulent simplement avoir du plaisir, ne sont qu'à une demi-heure de Prague.»

Une inspiration nommée Jagr

Le fleuron du hockey à Kladno, c'est bien sûr le HC Kladno, le club local qui appartient à Jaromir Jagr, une légende vivante de la place.

Jagr qui, il y a longtemps, a inspiré toute une génération de futurs hockeyeurs.

«Nous sommes quatre ou cinq gars de mon âge à jouer dans la LNH: Ondrej Pavelec, Jakub Voracek, Jiri Tlusty, indique Michael Frolik, des Jets de Winnipeg. Il doit y avoir une part de chance là-dedans. Nous jouions ensemble il y a longtemps déjà. Le groupe d'âge des 1988 et 1989 était assez solide. Nous gagnions tout en République tchèque quand nous étions jeunes.»

Ces joueurs nés à la fin des années 80 ont commencé à comprendre le hockey et à regarder les faits saillants à l'époque où Jagr s'est mis à dominer, souligne Jakub Voracek, deuxième compteur de la LNH à l'heure actuelle.

«Sur la période de 10 ans entre 1993 et 2003, il a probablement été le meilleur joueur de la LNH, soutient l'attaquant des Flyers de Philadelphie. À nos yeux, en tout cas, il était le numéro un. C'est grâce à lui si notre regard s'est tourné vers la LNH.

«J'avais son poster dans ma chambre, et je sais que je n'étais pas le seul.»

Encore à ce jour, malgré les succès de Voracek et la crédibilité dont jouit Plekanec, Jagr demeure le «gros nom» à Kladno, celui que les gens suivent de plus près.

«Je ne sais pas si c'est grâce à l'influence de Jagr, mais non seulement il y a plusieurs joueurs originaires de Kladno, mais il y a aussi plusieurs joueurs qui ont fait un arrêt à Kladno avant d'aller dans la LNH», mentionne Sekac.

«C'est comme si 90% des joueurs tchèques de la LNH venaient du coin!»

Les Voracek, Frolik et Pavelec se connaissent depuis toujours. Jiri Tlusty, des Hurricanes de la Caroline, est né à quelques kilomètres de Kladno, mais il s'est joint à eux à un très jeune âge. Il fait partie de la famille.

«Pavelec est mon meilleur ami depuis que j'ai 6 ans, raconte Frolik. C'est assez spécial de penser qu'on joue maintenant au sein de la même équipe. On n'aurait jamais pu imaginer cela!»

En déclin

Tous les joueurs interrogés s'accordent pour dire que le phénomène qui a fait de Kladno une pépinière pour la LNH est purement accidentel et aléatoire.

D'ailleurs, la source s'est tarie à mesure que le hockey tchèque, dans son ensemble, a plongé dans une profonde léthargie.

«Je suis le premier joueur de mon groupe d'âge à atteindre la LNH, ce n'est pas bon», convient Sekac, qui est âgé de 22 ans.

«L'équipe nationale a remporté l'argent au tournoi des moins de 18 ans, mais c'est un rare succès. En général, le hockey tchèque ne s'en va pas dans la bonne direction.»

Non seulement la population de Kladno vieillit, mais encore elle diminue. L'économie fonctionne au ralenti tandis que les dépenses des parents dans le hockey mineur explosent.

«Quand j'étais adolescent, les équipes pee-wee et midget étaient très fortes, et c'est la raison pour laquelle je voulais rester là, explique Sekac. Mais après mon départ, les équipes mineures de Kladno ont dégringolé. À ma dernière année midget, on avait terminé en quatrième place, et je ne crois pas qu'elles aient atteint les séries depuis. Même qu'elles peinent à rester dans la ligue.

«Il y a un aréna dans la ville qui vient d'être rénové, et puis il y a une patinoire d'entraînement. Pourtant, il n'y a plus suffisamment de joueurs pour compléter les deux équipes qui utilisent l'aréna. Dans le groupe des 10-12 ans, par exemple, il n'y a qu'une équipe, il y en a deux pour les 13-14 ans et une seule pour les 15-16 ans. Autrefois, il y avait deux équipes dans tous les groupes d'âge.»

Frolik donne un son de cloche semblable.

«D'après ce que j'entends, les plus jeunes ne sont pas aussi bons qu'avant, mentionne cet ancien premier choix au repêchage des Panthers de la Floride. Jagr est propriétaire de l'équipe maintenant, il veut prendre soin des jeunes et les aider, entre autres sur le plan de l'éducation. Peut-être que ça aidera l'un d'entre eux à atteindre la LNH...»

Six joueurs actifs sont originaires de Kladno: Jagr, Voracek, Plekanec, Sekac, Pavelec et Frolik. Seuls les deux joueurs du Canadien ne sont pas des choix de première ronde.

Tlusty, Patrik Elias, Marek Zidlicky, Radko Gudas et le gardien récemment retraité Tomas Vokoun ont tous joué à Kladno durant leurs années de formation.

Michael Pivonka, Tomas Kaberle et Frantisek Kaberle sont trois anciens de la LNH originaires de Kladno. L'ancien du Canadien Tomas Kaberle évolue toujours pour le HC Kladno après avoir tenté un retour dans la LNH.

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