Donald Brashear: un goon au pays d'ABBA

Donald Brashear vient de reprendre du service dans... (Photo Jean-Christophe Laurence, La Presse)

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Donald Brashear vient de reprendre du service dans la Ligue d'élite de Suède, avec le MODO d'Örnsköldsvik.

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(Göteborg, Suède) Il s'est fait un nom grâce à ses poings. Mais cette année, ironiquement, Donald Brashear évolue dans un circuit où les bagarres sont interdites. Trois ans après avoir accroché ses patins, le dur à cuire de 43 ans vient de reprendre du service dans la Ligue d'élite de Suède. Il ne joue pas beaucoup, mais il dit aimer l'expérience. La Presse l'a rencontré à Göteborg, après un match du MODO, son nouveau club.

Ne jamais dire jamais.

Trois ans après avoir pris sa retraite du hockey professionnel, Donald Brashear est de retour sur la glace. Et pas n'importe où. En novembre, l'ancien homme fort de la Ligue nationale de hockey a été embauché par le MODO d'Örnsköldsvik, dans la Ligue d'élite de Suède (SHL).

On imagine mal Brashear, goon notoire, se produire dans un circuit où les batailles sont interdites, sous peine de sévères sanctions.

Mais voilà. Le directeur adjoint de l'équipe, un certain Peter Forsberg, avait besoin de quelqu'un pour donner un peu de poids à son club, qui en arrache depuis le début de la saison. Les deux hommes se connaissaient pour avoir joué ensemble à Philadelphie. Quand il s'est mis en quête d'un policier, Forsberg a tout de suite pensé à son ancien coéquipier.

«Il trouvait que ses jeunes se faisaient brasser un peu trop. Ils se faisaient traiter de poules mouillées. Il a voulu contrer ça et m'a demandé si je voulais venir pour ramener un peu de respect», raconte Brashear, que La Presse a rencontré en Suède, après un match du MODO contre le Frölunda de Göteborg.

Brashear a hésité un moment. Reprendre du service? À 43 ans? Dans une ligue où les bagarres sont interdites? Il y avait de quoi se poser des questions. Mais Forsberg l'a vite convaincu.

«Je lui ai dit: "À quoi ça sert si je ne peux pas me battre?" Il m'a répondu que les autres se tiendraient tranquilles juste en me voyant! C'est vrai qu'ils se demandent ce que je vais faire quand je suis sur la glace. Des fois, juste une couple de "body checks", ça crée des occasions de compter», lance celui qui a accumulé 2634 minutes de pénalité en 17 saisons dans la LNH.

Du piquant en Suède

On aimerait dire que le Québécois a sauvé son club, mais ce n'est pas le cas. Le MODO est actuellement dans la cave de la SHL avec 37 points, 40 de moins que le Skellefteå AIK, qui domine la ligue.

Brashear, pour sa part, n'a récolté aucun point et 6 petites minutes de pénalité en 12 matchs. Il faut dire que son temps de glace est restreint. Le soir de notre rencontre, il avait joué plus de cinq minutes, une présence exceptionnellement longue, attribuable au fait que deux de ses équipiers manquaient à l'appel.

Malgré ces statistiques minimales, l'arrivée de Brashear dans la SHL n'est pas passée inaperçue, assure le journaliste Henrik Lundgren, de l'Aftonbladet de Göteborg.

«Les gens ont trouvé ça cool quand il a débarqué, souligne Lundgren, Ça s'est calmé un peu, mais au début, tout le monde ne parlait que de ça. Les arénas se remplissaient quand le MODO jouait... L'équipe ne va pas bien, mais c'était un gros coup de relations publiques de la part de Peter Forsberg.»

Un rôle de leader

Même s'il passe plus de temps sur le banc que sur la glace, Brashear se dit globalement heureux de son expérience européenne.

En plus de jouer les durs, il amène à ses jeunes équipiers le bagage du vieux guerrier de la LNH, qui s'est battu pour Philadelphie, Washington, Vancouver («mes meilleures années», dit-il) et Montréal.

«J'essaye d'avoir un rôle de leader, explique Brashear, peu expressif comme toujours. Je leur montre comment avoir une attitude de gagnant même quand on perd. Je parle beaucoup dans la chambre. Je leur dis tout ce que je peux leur dire. Si ça peut aider, tant mieux.»

L'homme fort ne sait pas s'il reviendra l'an prochain au pays d'ABBA. Les Suédois adorent le hockey et il se réjouit qu'on le reconnaisse dans la rue. Mais à l'entendre, il est peu probable que son contrat soit renouvelé. «Je vis au jour le jour, mais ça me surprendrait...»

Et puis, sa vie est à Québec.

C'est là qu'il habite avec sa blonde et leur famille reconstituée de cinq enfants. Il a aussi une entreprise de bâtons de hockey qui démarre et dont il doit recommencer à s'occuper.

Bref, tout le ramène à la maison.

Finira-t-il sa carrière sans livrer au moins un ultime combat? Il hausse les épaules.

«Ce n'est pas le but. De toute façon, je n'ai qu'à me battre si ça me tente. Je vais me faire suspendre, ça ne me dérange pas. Mais il faut une raison. S'il y a un gars qui dérange, je vais lui dire un mot. Si ça ne fait pas, on verra...»

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Donald Brashear veut vendre ses bâtons aux gens... (Photo Jean-Christophe Laurence, La Presse) - image 2.0

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Donald Brashear veut vendre ses bâtons aux gens qui n'ont pas les moyens d'en acheter un à 300 $. 

Photo Jean-Christophe Laurence, La Presse

Une affaire de bâtons

Il y a les bâtons élevés. Et les bâtons à bas prix.

C'est dans cette catégorie que Donald Brashear a choisi de se recycler.

Il y a six mois, l'homme fort a fondé une entreprise de bâtons de hockey appelée Brash 87.

«Ça faisait quatre ans que j'étais à la retraite. Je me cherchais quelque chose à faire. Je ne voulais pas un job où j'étais obligé d'aller au bureau. J'ai décidé de me lancer en affaires.»

Le concept de Brash 87 est simple: produire des bâtons de qualité, fabriqués dans les mêmes usines (en Chine) qu'utilisent les grandes marques, mais les vendre à des prix abordables en sautant l'étape du marketing et en tournant le dos au hockey professionnel.

Aucun joueur connu - à part lui - n'endosse Brash 87. L'idée est de vendre ses bâtons aux gens ordinaires qui n'ont pas «les moyens d'acheter un bâton à 300 $».

Visera-t-il plus haut si les affaires marchent bien? «Pas question, dit-il. C'est là que ça commence à coûter cher.»

Pour le moment, Brashear mène son entreprise à bout de bras. Le fait de jouer en Europe ne facilite pas les choses. Il doit faire de la «business» à distance, avec un peu d'aide de sa conjointe. Il ne s'en plaint pas. Il y a de la demande, dit-il, et quelques gros contrats en vue. «Les affaires roulent quand même pas pire.»

Mais il est temps pour lui de reprendre la «shop» en main.

Si les affaires continuent à «rouler pas pire», il pourra accrocher les patins pour de bon.

Un casier à cocher

«On ne parle pas de ça.»

Donald Brashear est ferme. Il ne veut pas revenir sur l'incident qui lui a valu d'être condamné au criminel en 2012, et qui lui vaut actuellement une poursuite de 215 000 $. Impassible, il attend une autre question.

Les faits sont survenus en 2011, quand Brashear jouait pour le 3 L de Rivière-du-Loup, dans la brutale Ligue nord-américaine de hockey (LNAH). Après un match à domicile contre Trois-Rivières, l'homme fort a donné un violent coup de poing au joueur adverse Éric Labelle, dans le stationnement de l'aréna.

Déclaré coupable de voie de fait simple, Brashear a écopé d'une probation de 18 mois, en plus de devoir faire un don de 6000 $ à un organisme de bienfaisance.

Ça ne s'est pas terminé là. En mars 2014, une poursuite de 215 000 $ a été déposée contre Brashear au palais de justice de Montréal. La victime, qui avait subi une commotion cérébrale, veut être dédommagée pour cette attaque, qui a eu selon lui  un «impact important sur sa vie».

Le cas n'est pas réglé. Aux dernières nouvelles, la cause avait été transférée au palais de justice de Québec et sera entendue le 20 février.

Ce n'est pas la première fois que le hockeyeur fait la manchette pour des incidents de ce genre. Au début des années 2000, il avait écopé de six mois de probation pour assaut sur un agent de sécurité à Vancouver.

«Je ne veux pas me ramasser légume»

En 1025 matchs dans la Ligue nationale de hockey, Donald Brashear a récolté 2634 minutes de pénalité. Il faut croire que ce n'était pas assez. En 2011, le dur à cuire a tenté l'expérience des arts martiaux mixtes, question de se défouler encore plus.

«J'étais crinqué, ça faisait pas longtemps que j'avais fini le hockey, je m'entraînais encore beaucoup. J'ai voulu essayer ça.»

Il a gagné son premier combat, mais il n'est pas certain d'avoir aimé ça. Avec du recul, pas sûr qu'il recommencerait.

«Je trouvais ça dangereux. Y a pas de pitié. On voit à la télé des gars qui se font assommer... J'avais pas besoin d'une autre commotion cérébrale», dit-il, en évoquant le fameux coup de bâton à la tête que lui avait asséné Marty McSorley, en 2000.

«On a cinq enfants, ça ne me tente pas de me ramasser légume...»

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