Triathlon: la traque des tricheurs

Lors d'un triathlon Ironman, chaque participant doit porter... (PHOTO HUGO-SéBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Lors d'un triathlon Ironman, chaque participant doit porter une puce électronique à la cheville.

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Dans une course d'endurance où les participants parcourent en tout 226 km, dont une grande majorité sur des routes de campagne, les occasions de tricher ne manquent pas - la tentation non plus, pour quelques-uns. Une firme d'Ottawa, Sportstats, est chargée de veiller à l'intégrité des résultats. L'Ironman de Mont-Tremblant d'aujourd'hui est un des quelque 800 événements que la compagnie chapeaute.

LE PRINCIPE

Chaque participant doit porter une puce électronique à la cheville. À différents endroits sur le parcours, des câbles sont étendus sur le sol et détectent les puces qui passent. « On a quatre fils dans la portion de vélo, explique Marc Roy, chef de la direction de l'entreprise. Mais comme il y a deux boucles et qu'il y a des endroits où [les athlètes] passent dans les deux directions, on va chercher 11 détections. » En course à pied, sept temps intermédiaires sont relevés. En natation, par contre, tout se fait manuellement. Les nageurs doivent simplement s'assurer de partir en même temps que leur groupe d'âge. Mais la forme du parcours, en « U », fait en sorte que la tricherie est impossible, puisque des bénévoles sur le lac Tremblant surveillent l'action. « Il y a presque 700 mètres entre les deux corridors. C'est impossible de couper sans être vu. »

LANCER L'ALERTE

Roy et son équipe ont des doutes quand ils remarquent qu'il manque un ou plusieurs temps intermédiaires à un concurrent. Les défaillances des puces peuvent survenir, mais sont rares, assure-t-il. « Si on a une lecture au point A et au point C, on accepte le résultat, car c'est impossible de se rendre au point A sans passer par le point B. Par contre, si on a le point A, le point B, mais pas le C, et qu'il revient au point B, on se pose des questions. Et si sa moyenne passe de 31 km/h à 40 km/h, il y a un problème. On va donc analyser les temps de passage, la vitesse moyenne. Et si on a encore des doutes, on va voir ses temps passés. S'il a toujours fait 29 km/h et qu'un jour, il va à 36 km/h, on aura des soupçons. »

LE CAS JULIE MILLER

Malgré tout, certains réussissent à se faufiler entre les mailles du système. Au Canada, le cas de Julie Miller a fait l'objet d'un long article dans le New York Times. Sa victoire chez les femmes dans la catégorie 40-44 ans à l'Ironman Canada, en juillet 2015, lui a été retirée après qu'une foule de preuves eurent été accumulées contre elle : photos de spectateurs (qui permettaient de la situer par rapport à d'autres athlètes), témoignages de spectateurs qui l'ont vue passer si peu souvent qu'ils croyaient qu'elle avait abandonné, questions des autres participants qui ne se rappelaient pas s'être fait dépasser par elle. Miller s'est défendue en disant que sa puce était tombée lorsqu'elle a mis ses bas de compression, après la natation. « C'est comme de dire : "J'ai enlevé mes souliers et en les remettant, mes lacets sont tombés tout seuls." Ça prend de 20 à 30 livres de force pour enlever la puce, c'est impossible que ça tombe », jure Roy.

MAÎTRE FILOU

Les tricheurs (qui se font prendre) ont en commun de finir leur course avec des temps irréalistes, aussi ingénieux soient-ils. Roy se souvient d'un certain M. Malloy comme d'un des plus fins renards qu'il ait coincés. « Il s'informait pour savoir où étaient les systèmes de détection sur le parcours et s'assurait que sa puce passe à chaque place, mais il ne faisait pas la course au complet. Il avait un complice en auto et embarquait avec lui. On a fini par découvrir qu'il trichait, car on avait rajouté des câbles sans qu'il le sache. Il lui manquait des temps, donc il a été disqualifié. Puis, à l'Ironman Canada, mon frère l'a suivi. Pendant le vélo, à un certain point, il s'est arrêté sur le bord du chemin. Quand il a vu que mon frère s'est lui aussi arrêté derrière, il est reparti et a fait un temps horrible au vélo. À la course à pied, mon frère l'a perdu de vue. Mais j'ai suivi sa puce, et dès qu'elle est passée devant mon frère, je l'ai appelé pour le prévenir. "Je ne l'ai pas vu, j'ai vu quelqu'un d'autre !" C'était quelqu'un d'autre qui avait pris sa puce. Ça lui a donné un temps de 3 h 36 min pour les 42 km de course... à 65 ans ! Il est arrivé avec un t-shirt gris qui était tout sec ! »

POURQUOI TRICHER ?

Évidemment, les motivations varient, mais la plus commune, selon Marc Roy, est de réaliser un temps qui permet de se qualifier pour les événements de grande envergure : l'Ironman de Kona en triathlon, le marathon de Boston en course à pied. « Des fois, on a aussi des doutes sur des gens qui finissent très loin derrière, on se demande pourquoi ils trichent. Une personne qui finit 224e de son groupe d'âge, et sur qui on a des doutes, on ne fera pas de vérification. Ces personnes trichent envers elles-mêmes. On fait vraiment de grosses vérifications pour les 30-40 premiers de chaque groupe d'âge, car ils ont des chances de se qualifier pour Kona. »

LA MÉTHODE À LA MODE

La tricherie la plus difficile à traquer demeure le troc des puces électroniques. « Ils ne peuvent pas faire le temps eux-mêmes, donc ils donnent leur dossard à quelqu'un d'assez rapide qui va les qualifier, explique Roy. Mais au marathon de Boston, un site détecte ces gens. Ils regardent tous les gens qui finissent à plus de 20 % de leur temps de qualification. Par exemple, une personne a fait 3 h 16 min pour se qualifier et fait 3 h 47 min à Boston. Ce n'est pas normal. Ils vérifient où ils se sont qualifiés et vont comparer les photos des deux événements. Quand tu gagnes dans ton groupe d'âge, tu vas sur le podium, tu es beaucoup plus vu. Les gens remarquent que ce n'est plus la même personne que pendant la course ! » Bref, les tricheurs ont intérêt à ne pas gagner... ce qui revient à se demander pourquoi tricher. Pourtant, des gens continuent à essayer de déjouer le système.

Une route balisée l'an prochain

Le gouvernement du Québec a annoncé hier que la toute première route balisée Ironman sera mise sur pied l'an prochain afin de permettre aux triathloniens de s'entraîner dans la région de Tremblant. Le parcours de 90 km, qui passera dans les villes de Mont-Tremblant et Labelle, sera doté d'une signalisation permanente, afin d'assurer « le maintien du partage harmonieux de la route dans la zone d'entraînement des Laurentides », lit-on dans le communiqué.

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