Dopage: la Russie clouée au pilori par l'AMA

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Le président de la commission d'enquête indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA), le Montréalais Richard Pound, a présenté lundi un rapport explosif sur le dopage à grande échelle en Russie.

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John Leicester, Graham Dunbar
Associated Press
Genève

Dans un rapport dévastateur, un comité indépendant de l'Agence mondiale antidopage (AMA) a accusé le gouvernement russe lundi de complicité dans l'instauration d'un système de dopage à grande échelle et d'aveuglement volontaire en athlétisme, et a ajouté que les athlètes devraient tous être suspendus - peut-être même lors des Jeux olympiques de Rio l'an prochain - jusqu'à ce que le pays fasse le ménage à l'interne.

Le rapport émanant d'une commission de l'AMA porte sur les allégations de dopage à grande échelle véhiculées par les médias internationaux, et il avance même que le service des renseignements de la Fédération de Russie - où sera présentée la prochaine Coupe du monde de soccer -, le FSB, est impliqué, puisqu'il espionnait le laboratoire de dépistage des drogues de performance de Moscou, notamment pendant les Jeux olympiques de Sotchi l'hiver dernier.

En conséquence, l'intégrité des résultats obtenus aux Jeux de Sotchi est remise en doute par l'enquête de l'AMA.

La commission présidée par le Montréalais Dick Pound a recommandé que l'AMA déclare immédiatement la Fédération de Russie «non conforme» avec le code mondial antidopage, et que l'IAAF suspende la fédération de toutes ses compétitions.

«C'est très préoccupant, a admis Pound. C'est pire que ce que nous imaginions.»

«Ce sont peut-être des vestiges du système de l'Union soviétique», a-t-il ajouté en conférence de presse à Genève.

Le rapport recommande la suspension à vie de... (Photo Matt Dunham, archives AP) - image 2.0

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Le rapport recommande la suspension à vie de cinq athlètes russes, dont Mariya Savinova, championne olympique du 800 mètres à Londres en 2012.

Photo Matt Dunham, archives AP

Peu de temps après, l'IAAF a déclaré qu'elle considérait la possibilité d'imposer des sanctions à la Russie, dont la suspension de la Fédération russe d'athlétisme. Le président de l'IAAF, Sebastian Coe, a confié qu'il «a déclenché une mesure d'urgence» afin d'obtenir l'approbation du conseil de l'IAAF pour envisager des sanctions contre la Fédération russe d'athlétisme.

L'IAAF a donné jusqu'à la fin de la semaine à la Russie pour répondre aux allégations de dopage parrainé par l'État avant qu'elle ne détermine si elle doit suspendre ou non le pays des compétitions internationales.

La Fédération russe d'athlétisme a confié à l'Associated Press qu'elle se défendra contre les allégations de la commission de l'AMA à l'effet qu'elle supervisait le dopage systématique de ses athlètes. Le président de la fédération, Vadim Zelichenok, a déclaré que les revendications en faveur de la suspension de la fédération ne sont pas «objectives» puisque la direction de l'organisation a été remplacée au printemps, après les révélations contenues dans le rapport.

Il a ajouté que même «s'il ne peut prendre la décision au nom de l'IAAF», il espère qu'elle ne suspendra pas la Russie.

Des sanctions pénales pourraient également découler de cette enquête puisque l'organisation Interpol a annoncé qu'elle coordonnera une enquête mondiale portant sur la corruption en athlétisme. Pound a d'ailleurs précisé que le dopage sportif pourrait avoir été parrainé par l'État russe.

«Ils étaient assurément au courant», a-t-il dit à propos des dirigeants russes.

La commission a précisé que le Comité international olympique devrait refuser tous les athlètes de la Fédération russe d'athlétisme, du moins jusqu'à ce que l'organisation ait apporté les réformes nécessaires et que la suspension soit levée. Une telle décision pourrait empêcher les athlètes russes de participer aux Jeux olympiques de Rio l'an prochain.

Si la Russie ne fait pas le ménage, «alors il pourrait n'y avoir aucun athlète russe à Rio», a poursuivi Pound.

Il a toutefois rappelé qu'il restait du temps à la Russie pour éviter une telle sanction, à conditon qu'elle s'y mette immédiatement.

«Je crois qu'ils peuvent le faire, j'espère qu'ils pourront le faire», a-t-il évoqué.

La commission a accusé l'État russe de complicité. Elle a indiqué que son enquête, qui s'est étirée pendant plusieurs mois, n'avait pas permis de trouver des preuves de l'implication du gouvernement, mis elle a ajouté: «Il serait extrêmement naïf de conclure que les activités à grande échelle qui ont été découvertes se soient produites sans l'approbation explicite ou tacite des autorités gouvernementales russes.»

Des agents du FSB infiltrés

Le rapport précise que des agents du FSB ont infiltré le programme antidopage russe lors des Jeux de Sotchi. Un témoin a mentionné aux enquêteurs qu'«à Sotchi, certaines personnes prétendaient être des scientifiques du laboratoire, alors qu'elles étaient en réalité des agents du service des renseignements russe».

Le personnel du laboratoire antidopage russe de Moscou croit d'ailleurs que ses bureaux ont été mis sous écoute par le FSB et qu'un agent du FSB, qui s'appellerait Evgeniy Blotkin ou Blokhin, les visitait régulièrement.

Cela faisait partie d'un stratagème «d'intimidation directe et d'obstruction de l'État russe dans les opérations du laboratoire de Moscou», peut-on lire dans le rapport.

Pound a confié que le ministre des Sports russe, Vitaly Mutko, devait être au fait de la situation.

«C'était impossible qu'il ne soit pas au courant de la situation», a lancé Pound.

Mutko, qui est également un membre du comité exécutif de la FIFA et qui est à la tête du comité organisateur de la Coupe du monde de soccer de 2018, a nié les allégations du comité d'enquête de l'AMA, dont celles portant sur les menaces faites aux athlètes et celles à l'effet que des agents russes auraient infiltré les opérations du laboratoire antidopage.

Un laboratoire clandestin en banlieue de Moscou

Le rapport de l'AMA ajoute que le directeur du laboratoire de Moscou, Grigory Rodchenkov, aurait ordonné que 1417 échantillons prélevés lors de tests antidopages soient détruits afin d'éliminer des preuves pour l'enquête.

De plus, le comité a mentionné qu'il soupçonnait que la Russie avait mis sur pied un laboratoire clandestin en banlieue de Moscou afin de couvrir le dopage à grande échelle, en sélectionnant d'avance les échantillons prélevés lors des tests antidopages et en éliminant ceux qui se révélaient positifs.

La commission d'enquête indépendante de l'AMA a également recommandé que cinq athlètes - dont les médaillées d'or et de bronze au 800 m aux Jeux de Londres en 2012 - et cinq entraîneurs russes soient suspendus à vie. Elle a notamment visé la championne olympique Mariya Savinova-Farnosova et la médaillée de bronze Ekaterina Poistogova.

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Les réactions au rapport de l'AMA

> Hajo Seppelt, journaliste à la ARD, à l'origine des révélations: «Cette issue signifie que la Russie doit être exclue des Jeux olympiques et au moins des championnats du monde l'année prochaine. Je pense que cela est un pas nécessaire sinon ils ne comprendont pas le message et ils ont besoin de le comprendre: le dopage et la corruption dans le monde du sport n'est pas acceptable. Mais maintenant, je suis curieux de voir si l'Agence mondiale antidopage elle-même, et non une commission indépendante, ainsi que la fédération internationale d'athlétisme vont maintenant suivre ces recommandations. Si c'est le cas, la Russie ne sera pas présente aux J.O en 2016 en athlétisme».

> Paula Radcliffe, athlète britannique, détentrice du record du monde du marathon, sur Twitter: «J'en ai suspecté une partie depuis des années mais cela est bien pire que ce que j'avais imaginé. L'athlétisme a besoin de prendre une action forte et d'aller rapidement de l'avant dans la bonne direction. C'est le moment pour les athlètes propres de se lever et se battre pour notre sport et sa crédibilité».

> Bernard Amsalem, président de la fédération française d'athlétisme, dans un communiqué: «Des sanctions très dures doivent être prises rapidement à l'encontre de ceux qui ont agi volontairement contre les règlements antidopage et les lois internationales. Nous espérons que ces recommandations seront suivies d'effets dans les plus brefs délais».

> Jiri Kejval, président du Comité olympique tchèque sur Twitter: «Les révélations de l'AMA apportent paradoxalement aussi une bonne nouvelle. Il s'avère que les mécanismes de contrôle peuvent révéler même une tricherie de dopage très bien organisée. Le dopage a été, est et sera la tricherie. Si un dopage systématique est prouvé, je suis pour des sanctions très dures».

> Travis Tygart, chef de l'USADA, l'agence américaine antidopage, dans un communiqué: «Si la Russie a créé et organisé un système de dopage encouragé par l'État, alors ils n'ont pas le droit d'être autorisés à concourir au niveau mondial. Le monde de l'athlétisme mérite mieux, et tout ceux qui aiment le sport propre doivent s'élever et se confronter à cette menace. Le rapport publié aujourd'hui montre un niveau choquant de corruption, et envoie un clair message à la Russie: ils ne seront pas autorisés à tromper le monde de l'athlétisme et à échapper à la justice (en se cachant) derrière un mur de déception et de mensonges».

- Avec Agence France-Presse

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