Chercheuse cherche athlètes gais

Les tabous entourant l'homosexualité sont encore bien présents... (Photo Mathieu Waddell, archives La Presse)

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Les tabous entourant l'homosexualité sont encore bien présents et dominants en 2016 dans le milieu sportif.

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La chercheuse Guylaine Demers est réaliste: elle savait qu'une étude sur l'homophobie dans le sport au Québec ne serait pas facile à mener. Après tout, il s'agit d'un milieu où l'homosexualité est encore taboue, même en 2016.

Mais elle ne pensait pas que sa démarche serait aussi difficile. La professeure d'éducation physique à l'Université Laval a commencé par envoyer des questionnaires aux quatre coins de la province. Elle voulait parler à tous les athlètes: les hétéros, les homos, les bis...

Elle leur demandait de répondre à quelques questions pour en apprendre plus sur l'homosexualité et l'homophobie dans le sport. Cette étude, avec un échantillonnage si large, constitue une première au Québec et au Canada.

Elle a amassé jusqu'à maintenant les réponses de 325 athlètes. Sa plus grande surprise jusqu'à maintenant ne tient pas dans la teneur des réponses; elle tient plutôt dans l'identité de ceux qui y ont répondu.

Dans le lot, elle compte une grande majorité d'athlètes qui se disent hétérosexuels. Elle a les réponses de 36 lesbiennes. Mais elle n'a que deux gais. Deux.

«Pour moi, c'est quasiment un résultat de recherche en partant. Deux, ça ne se peut pas!», lance Guylaine Demers, qui a présenté sa démarche dans le cadre du congrès de l'ACFAS cette semaine.

«Pour moi, ça déclenche une alarme. Comment ça les lesbiennes semblent à l'aise de répondre au questionnaire, mais pas les gais? Pourquoi les gais n'ont pas répondu ? Est-ce qu'en voyant le titre du questionnaire, ils ont refusé d'y répondre? Ou ils ont répondu en prétendant être hétérosexuels ? Je n'ai aucune idée, mais ça me chicote.»

Guylaine Demers explique qu'elle a aussi vécu des réticences auprès d'organisations sportives. Tant Sport interuniversitaire canadien (SIC) que l'Association canadienne de sport collégial (ACSC) ont refusé de travailler en collaboration avec la chercheuse pour cette étude, dit-elle. Elle demandait accès aux athlètes pour leur envoyer le questionnaire.

La Presse n'a pas été en mesure de confirmer cette information, hier. À SIC, on ne trouvait pas trace de la demande de la chercheuse, mais il y a eu changement à la direction de l'organisme entre la demande et aujourd'hui. À l'ACSC, la directrice générale n'a pas répondu à notre courriel.

«C'est là que j'ai eu mon premier choc, explique Guylaine Demers. Pour moi, c'était évident qu'ils accepteraient, je n'avais pas envisagé leur refus. Là, je cherche d'autres réseaux.»

Guylaine Demers... (Photo fournie par l'Université Laval) - image 2.0

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Guylaine Demers

Photo fournie par l'Université Laval

«Sais-tu que ta coach est lesbienne?»

Ce premier résultat d'enquête fait croire à la chercheuse que dans les milieux sportifs, il est encore plus dur d'être gai que d'être lesbienne.

«Je crois que l'homosexualité est peut-être mieux acceptée du côté des équipes féminines. Les résultats qu'on a à ce jour démontrent que l'homophobie est plus grande dans les équipes masculines. La plupart des athlètes gais ne veulent absolument pas qu'on sache qu'ils sont gais», dit-elle.

Ce n'est bien sûr pas rose pour les femmes non plus. Guylaine Demers a longtemps entraîné une équipe de basketball féminine de niveau collégial. Son homosexualité était connue de ses athlètes, mais aussi des autres entraîneurs, qui étaient tous des hommes à l'époque.

«Je n'ai jamais eu de problèmes avec les athlètes. Quelques parents ont eu des inconforts. Mais ce qui m'a le plus blessée, ce sont les entraîneurs masculins qui approchaient certaines de mes athlètes pour les recruter et leur disaient: "Sais-tu que ta coach est lesbienne? Viens-t'en chez nous, il n'y en a pas, tu vas être safe", raconte Guylaine Demers. On appelle ça du recrutement négatif, et j'en ai été victime.»

Le grand placard

L'entraîneur-chef de l'équipe de volleyball du Rouge et Or, Pascal Clément, est en poste depuis près de 25 ans. Il est entraîneur depuis 31 ans. Des jeunes, il en a vu au fil des ans.

Pascal Clément est homosexuel et il ne s'en cache pas. Ses athlètes le savent. Pendant toutes ces années, combien d'athlètes ouvertement gais a-t-il dirigés ? Aucun. Zéro. En 31 ans.

«Jamais des athlètes masculins n'ont parlé de leur homosexualité devant moi. Il y en a une poignée qui sont sortis du placard après leur carrière universitaire. Mais sinon, en aucun temps, je n'ai su qu'un athlète à moi était homosexuel.»

Or, croit-il, il faudrait «être complètement naïf» pour penser qu'il n'y a aucun gai dans le sport. «Le milieu sportif est comme un placard qui n'a pas encore ouvert ses portes», dit l'entraîneur.

Les tabous sont encore bien présents et dominants en 2016 dans le milieu sportif. C'est entre autres pour ça qu'il accepte de parler ouvertement de son expérience. «Les sujets tabous demeurent tabous parce qu'on n'en parle pas assez. Puis on se met à en parler et le tabou tombe, et vient un temps où on n'a même plus besoin d'en parler.»

Justement, Guylaine Demers cherche ces hommes et ces femmes qui seraient prêts à rompre le tabou et, anonymement, à répondre à son questionnaire. Les personnes intéressées peuvent se rendre à cette adresse: http://fluidsurveys.com/s/LGB-Sport/.

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