Minimaisons: plus de curieux que d'acheteurs

Une minimaison à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Une minimaison à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

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Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Les trois premières éditions du Festival des minimaisons ont attiré plus de 21 000 personnes. Les promoteurs se font de plus en plus nombreux. Mais les acheteurs, eux, restent encore peu nombreux. À tel point que la question se pose: quel est le marché de la revente pour ce genre de propriété?

Les grands défis des minimaisons

Les minimaisons attirent de nombreux adeptes du minimalisme, des partisans de la vie communautaire et des consommateurs qui veulent dépenser moins pour être propriétaires ou pour entretenir leur propriété. Or, des obstacles réglementaires pourraient décourager certains acheteurs potentiels.

Les municipalités qui autorisent l'établissement de minimaisons sont, pour le moment du moins, encore rares au Québec. Ainsi, la majorité d'entre elles n'autorisent pas les constructions de maisons de moins de 750 pi2.

Qu'à cela ne tienne, les promoteurs sont convaincus de l'attrait des petites propriétés, qui répondent selon eux aux tendances sociodémographiques actuelles: population vieillissante désirant vivre dans plus petit, jeunes acheteurs espérant accéder plus rapidement à la propriété, travailleurs saisonniers cherchant une petite résidence secondaire ou principale, etc.Un mode de vie

Pourtant, du moins pour l'instant, l'intérêt ne se traduit pas si souvent en achat. Louise Marcoux, qui a travaillé pendant un an à vendre les minimaisons du projet Lanthier dans les Laurentides, est tombée de haut. «Au début, il y avait un gros engouement, dit la courtière chez RE/MAX. Quand les gens voyaient des modèles, ils trouvaient ça beau. Mais quand venait le temps d'acheter, ils hésitaient.»

Elle a constaté qu'ils ne se voyaient pas vivre dans un projet communautaire. «Au Québec, beaucoup de gens tiennent à leur intimité, leur espace.» Elle a aussi réalisé que les acheteurs veulent des propriétés plus petites, mais pas si petites. «La mini, c'est pour les gens très, très soucieux de la consommation et de l'écologie. Mais ce n'est pas tout le monde qui est prêt à se départir de presque tout pour vivre de façon minimaliste.»

Quand on discute du mode de vie des propriétaires de minimaisons avec Claude Trépanier, directeur du développement au projet Lanthier, celui-ci répond un peu sur la défensive. «On n'est quand même pas des amish! Ce n'est pas parce qu'on vit à Lanthier qu'on se déplace à cheval et ce n'est pas parce qu'on a des jardins collectifs qu'on est une secte. Ce sont des choses qu'on a déjà entendues. Ça n'a aucun rapport. Les gens ont peur d'un mode de vie un tout petit peu différent de ce qu'ils trouvent en ville.»

Pour sa part, Nathalie Clément, de Via Capitale du Mont-Royal, comprend la curiosité du public. «Les minis, c'est un peu comme les maisons de poupées dont on a toujours rêvé et qu'on peut désormais habiter. Il y a plein d'idées intelligentes pour rationaliser l'espace. Ça vient stimuler l'imaginaire. Mais est-ce que les gens concrétisent leur excitation en achat?»

Les trois premières éditions du... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 2.0

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Ses doutes se fondent entre autres sur la qualité des propriétés. «Sur le marché, j'ai vu quelques minimaisons sans style, qui ont été construites sans matériaux durables. Les propriétaires pourraient éventuellement se retrouver avec des demeures de piètre qualité dans des endroits moins intéressants. Et j'allumerais un feu rouge sur l'esprit communautaire qui entoure ça. Ça pourrait ressembler à des parcs de maisons mobiles dans plusieurs années.»

Financement complexe

Elle souligne également que les personnes intéressées par les minimaisons ont un accès restreint aux prêts hypothécaires. «On a beau dire que ça coûte seulement 70 000 $, c'est énormément d'argent à économiser si on n'a pas accès aux prêts hypothécaires ou si les taux sont moins intéressants.»

Vérification faite auprès de la Banque Nationale (BN), des prêts hypothécaires sont offerts pour les minimaisons, mais à certaines conditions. «Ce segment est encore émergent, ce qui limite le marché de la revente pour l'instant, explique Jean-François Cadieux, directeur principal, affaires publiques à la BN. Afin de tenir compte de cette réalité, il arrive que nous demandions une mise de fonds plus élevée aux emprunteurs, qui peut aller jusqu'à 35 %.»

Son de cloche similaire chez Desjardins, où le financement pour l'acquisition ou l'autoconstruction de ce type de propriétés peut s'avérer laborieux, selon Valérie Lamarre, conseillère principale en relations publiques. «L'une des raisons est liée à la garantie du prêt qui est problématique puisqu'il est encore difficile de se prononcer sur l'évolution de la valeur de revente d'une telle construction. Et l'évaluation de la propriété en soi représente un défi, comme il n'y a pas encore de propriétés comparables.»

Pourtant, M. Trépanier garde espoir. «Dès qu'il y a la moindre ombre d'inconnu, les banques attendent. Mais on va les convaincre avec le temps, en leur faisant valoir le sérieux de notre approche et la qualité de nos clients.»

Potentiel de revente

Les perspectives sont moins reluisantes, aux yeux de Louise Marcoux. « e ne vois pas ça comme un placement qui va prendre de la valeur. La demande est minimale. Quand ces maisons seront à revendre, il va falloir les cibler comme des produits spécifiques.»

Nathalie Clément partage son avis. «Les minis sont tellement petites qu'elles doivent être très personnalisées. C'est comme se faire construire une maison de luxe dont le design n'est pas standard, avec plein de choses que l'acheteur voulait s'offrir. On les revend difficilement. Ça pourrait être la même chose avec les minis.»

Claude Trépanier s'inscrit en faux contre les affirmations des deux spécialistes. «Les minis ne sont pas personnalisées de façon excentrique. On respecte le Code du bâtiment. Nos matériaux sont de qualité. Et si quelqu'un est intéressé, mais que la maison n'est pas parfaitement à son goût, elle est quand même beaucoup moins chère que la moyenne des propriétés sur le marché à 300 000 $.»

Il est toutefois d'accord pour dire que les minimaisons représentent un petit marché. «C'est très marginal, car ça commence. Mais il y a une tendance de fond. On sent une limite à l'obésité des maisons. Les condos rapetissent en superficie. L'accès à la propriété est plus difficile, surtout avec les resserrements hypothécaires des derniers mois. La solution, ça peut être d'avoir une maison, mais moins grande.»

La minimaison de Maxime Robillard à Lanthier, dans les... (Photo fournie par Maxime Robillard) - image 3.0

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La minimaison de Maxime Robillard à Lanthier, dans les Laurentides.

Photo fournie par Maxime Robillard

Des pionniers satisfaits

Les minimaisons existent au Québec depuis seulement quelques années. Des propriétaires, comme Maxime Robillard et Caroline Vinet, font figure de précurseurs et sont heureux de faire partager leur expérience.

Maxime Robillard

En juin 2017, le charpentier-menuisier a déménagé dans une maison de 480 pi2 au domaine Lanthier. Un choix fait en fonction de son budget. «Je voyais des maisons trop chères ou des chalets à 70 000 $ qui nécessitaient le double d'investissement en rénovation pour être potables. Donc, j'ai opté pour une micromaison et j'ai décidé de la faire moi-même pour économiser.»

Il a également été séduit par le mode de vie à Lanthier. «Je veux faire autre chose que passer ma vie à payer ma maison, sans jamais être dedans, parce que je dois travailler pour la payer. Je suis amateur de voyage, de sports et d'aventures. J'aime avoir ma petite base au Québec. Ma maison ressemble à une maison traditionnelle, mais plus petite et moins chère.»

Comme il souhaite partir trois mois par hiver, il apprécie la vie communautaire du domaine divisé en hameaux, avec six habitations qui partagent un puits, une serre et un poulailler. «Il y aura toujours quelqu'un pour s'en occuper, un peu comme les jardins communautaires en ville. En revanche, avec les arbres autour de chacun des terrains, j'ai de l'intimité. On ne voit pas les maisons voisines comme c'est le cas en banlieue.»

Même si sa propriété correspond à une niche du marché immobilier, il est certain de pouvoir trouver un acheteur un jour. Et il prévoit revendre à profit. «Ma maison va prendre un peu de valeur, car le projet va continuer de se développer. Ceci dit, je ne pense pas que les gens qui possèdent des minimaisons voient ça comme un investissement pour faire des profits. C'est plus pour investir dans leur vie.»

La minimaison de Caroline Vinet, du projet CHIC... (PHOTO FOURNIE PAR CHIC SHACK MICROLOFTS) - image 4.0

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La minimaison de Caroline Vinet, du projet CHIC Shack, à La Conception, dans les Laurentides.

PHOTO FOURNIE PAR CHIC SHACK MICROLOFTS

Caroline Vinet

À la recherche d'une résidence secondaire, Mme Vinet et son mari ont acheté une minimaison à La Conception dans le projet CHIC Shack, qui n'a de communautaire qu'un accès privé à des sentiers, une plage à la rivière Rouge et un quai au lac Martin. Depuis juin 2017, ils vivent dans 900 pi2.

«On habite une maison de 2000 pi2 à Saint-Sauveur, mais on tend vers le minimalisme, dit-elle. Nos enfants vont éventuellement partir et notre objectif est de diminuer notre charge financière, le chauffage et les choses accumulées.»

Déjà, un changement semble s'opérer. «Notre maison est sur pieds, donc sans sous-sol pour tout entreposer. On a un cabanon, mais on n'y range pas nos livres ni nos albums de photos. Par la force des choses, on apprend à se départir de bien des choses qu'on réalise inutiles et on maximise ce qu'on a.»

Ils vivent dans un espace réduit, mais ils n'ont jamais eu l'impression de se marcher sur les pieds. «Une petite maison nous pousse à être encore plus à l'extérieur. Et quand on reçoit, on organise un cocktail avec des bouchées et les gens restent debout, puisqu'on ne peut pas asseoir 10 personnes autour d'une table.»

L'été leur a également permis de prendre conscience du potentiel locatif de leur achat. «Beaucoup de gens nous ont demandé si on voulait louer. Et l'hiver prochain, on va louer de novembre à avril pendant la saison de ski au mont Tremblant. Éventuellement, on va y habiter nous-mêmes en hiver.»

Caroline Vinet n'exprime pas de crainte quant à la revente de la propriété. «C'est un modèle contemporain, qui n'est pas original au point d'être désuet dans 10 ans. Il y a deux chambres à coucher, beaucoup de fenêtres et un toit plat comme les autres modèles. C'est un bon investissement. Et quand le projet va continuer de se développer, la rareté va faire augmenter sa valeur.»




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