Premiers acheteurs: les Y ne veulent pas de tracas

Acheter une vieille maison et la retaper tranquillement? Pas pour la génération... (PHOTO THINKSTOCK)

Agrandir

PHOTO THINKSTOCK

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
André Laroche

Collaboration spéciale

La Presse

Acheter une vieille maison et la retaper tranquillement? Pas pour la génération Y, ces adultes de 18 à 35 ans, souvent très éduqués et habitués dès leur enfance à un style de vie plutôt confortable.

«Plus de premiers acheteurs s'attendent aujourd'hui à du clés en main, une maison déjà rénovée, bien aménagée, prête à être habitée. Ils sont prêts à payer plus cher pour ne pas avoir à faire de rénovations», affirme Karen Kazandjian, une courtière qui a 15 ans d'expérience, surtout active dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville.

Cette observation n'est pas anecdotique.

Selon un sondage Léger réalisé au Québec l'hiver dernier, seulement 13 % des jeunes acheteurs de maisons existantes ont choisi une habitation qu'ils pouvaient rénover selon leurs goûts.

«Ils ont été gâtés, les jeunes. Acheter une vieille maison, la rénover et ne pas être trop difficile, ce n'est pas pour eux, sauf ceux qui sont dans le domaine [de la construction]», affirme Micheline Lapierre, courtière immobilière depuis 31 ans à Longueuil.

«Les jeunes aiment le beau; ils achètent beaucoup plus le tape-à-l'oeil que nous le faisions, croit Micheline Lapierre. Ils ne sont pas prêts à faire les sacrifices que nous avons acceptés pour avoir une maison unifamiliale.»

La montée du condo

«Dans les années 80 et 90, les maisons plus anciennes des grands lotissements de banlieue constituaient une option abordable pour les jeunes acheteurs. Aujourd'hui, ces propriétés sont relativement rares et se vendent à prix supérieur, faisant des appartements en copropriété et des maisons en rangée les nouvelles options jugées plus abordables», explique Robert Kavcic, économiste en chef chez BMO.

Yves Doyle, courtier depuis 19 ans dans Rosemont et l'est de Montréal, partage cette opinion. «Anjou et Pointe-Claire, c'est exactement ça. Des bungalows à rénover à Anjou se vendent entre 350 000 $ et 500 000 $, dit-il. Ce ne sont pas des premiers acheteurs qui achètent ces grandes maisons de plain-pied ou split-levels à trois chambres à coucher. Ils vont plutôt acheter les nouveaux condos et les maisons en rangée, un peu plus loin.»

«Le condominium est plus accessible et offre plus de choix, affirme aussi Micheline Lapierre. On peut trouver un condo avec deux chambres à coucher à Longueuil ou à Saint-Hubert pour 160 000 $ en moyenne. Un bungalow bien rénové ou un cottage jumelé coûtera en moyenne entre 250 000 $ et 280 000 $ dans les mêmes secteurs.»

Abordable et sans tracas

Malgré cela, la maison reste populaire. Au cours des cinq dernières années, la majorité des premiers acheteurs a opté pour la maison unifamiliale, dans l'ensemble du Québec.

«J'aurais imaginé que l'appartement en copropriété aurait été plus populaire», affirme Paul Cardinal, directeur à l'analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec, à propos des préférences des premiers acheteurs. Durant les cinq dernières années, pratiquement six acheteurs sur dix ont choisi la maison unifamiliale comme première demeure.

Les maisons en rangée ou jumelées et les condos ont été le choix de 40 % des premiers acheteurs, à parts égales, selon un sondage Léger publié au printemps dernier.

«Si on faisait un comparatif, poursuit Paul Cardinal, la copropriété a certainement gagné des points depuis 10 ou 20 ans.»

«C'est clair que [le condo] est un mode de propriété plus populaire, plus accepté, plus répandu et plus abordable pour les premiers acheteurs.»

La copropriété répond aussi à un nouveau style de vie, explique Unsal Ozdilek, directeur de programme en immobilier de l'Université du Québec à Montréal. Une cuisine réduite, une ou deux chambres à coucher et un petit espace de travail ouvert sur son environnement suffisent à un grand nombre de ménages, dit-il. Et comme on n'a plus besoin de notre famille élargie pour s'échanger des services, il n'est pas nécessaire d'avoir un grand espace d'accueil.

Moins de travaux

L'autre avantage prisé par les post-boomers, c'est la quasi-absence de travaux d'entretien puisqu'ils sont confiés à des entrepreneurs. Le temps économisé sert aux loisirs personnels ou familiaux, souligne M. Ozdilek. Enfin, ajoute-t-il, la copropriété répond à un phénomène de nouveauté. Acheter un condo, c'est faire partie de son époque. «Les gens recherchent la nouveauté. C'est une réalité qui affecte le marché immobilier. On cherche à repousser la monotonie, on veut changer de mode de vie et devenir plus moderne.»

Le revers de cette tendance, prévient-il, c'est de tenir pour acquis le rendement de son investissement au moment de la revente. «Un prix de vente repose sur l'offre et la demande, rappelle-t-il. Et dans quelques années, il y aura beaucoup d'offres sur le marché.»

Prix moyen estimatif des propriétés résidentielles (toutes catégories confondues) achetées par les premiers acheteurs au cours des cinq dernières années

Ensemble du Québec: 210 000 $

Grand Montréal: 256 000 $

Québec et banlieues: 231 000 $

Ailleurs au Québec: 164 000 $

________________________________________________________________________

Source: Enquête sur les intentions d'achat et de vente, avril 2016, FCIQ, APCHQ et Fonds immobilier FTQ

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Maison

Tous les plus populaires de la section Maison
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer