Triplex en garde partagée: l'improbable cohabitation

Une jeune famille, une rupture, de nouveaux amoureux... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Une jeune famille, une rupture, de nouveaux amoureux dans le portrait. Le temps qui passe, les enfants qui grandissent, des nouveaux qui arrivent et, au coeur de cette histoire, un triplex qui réunit tout ce beau monde.

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André Dumont

Collaboration spéciale

La Presse

C'est un scénario qui aurait pu être imaginé par Daniel Pennac. Une jeune famille, une rupture, de nouveaux amoureux dans le portrait. Le temps qui passe, les enfants qui grandissent, des nouveaux qui arrivent et, au coeur de cette histoire, un triplex qui réunit tout ce beau monde.

La grande famille

Emmy et Léa vivent en garde partagée, sans jamais faire leurs valises. Comment est-ce possible? Visite d'un triplex de Rosemont que se partagent quatre enfants et quatre adultes.

«Quand je me fais de nouvelles amies et que je leur raconte comment nous vivons à huit dans la même maison, elles sont perdues, raconte Emmy. Quand elles viennent chez nous, là elles comprennent.»

Par une belle soirée de début d'été, Emmy, 15 ans, et sa soeur Léa, 17 ans, nous ont reçu dans leur repaire au deuxième étage d'un triplex pour nous expliquer leur mode de vie un peu spécial. Pour l'occasion, toute la maisonnée s'était rassemblée à «l'étage des enfants»: les parents avec leurs conjoints respectifs, ainsi que le demi-frère et la demi-soeur.

Leur père, Frédérick Tran-Khanh, sa conjointe Émilie Sabrie et leur fille Laurence, 5 ans, habitent le rez-de-chaussée.

Leur mère, Julie Hamel, son conjoint Sylvain Rancourt et leur fils Elliot, 8 ans, habitent au troisième.

Un escalier a été percé entre le rez-de-chaussée et le deuxième. Un nouveau vestibule sert d'entrée commune pour le deuxième et le troisième. À l'intérieur, les portes ne sont jamais verrouillées. «Il y a vraiment une belle dynamique dans la maison», dit Léa. Chaque jour, les petits rejoignent les grandes au deuxième. Lors des anniversaires, tous les habitants du triplex se retrouvent autour de la même table.

Léa, Emmy, Laurence et Elliot... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Léa, Emmy, Laurence et Elliot

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Achat et séparation

L'histoire de cette famille reconstituée débute par une rupture en 2003. Quelques mois à peine après avoir acheté un triplex dans Rosemont, Julie et Frédérick se séparent. Ils décident de garder le triplex en commun pour éviter les pertes financières liées à une revente rapide. Au début, ce sont les parents qui font leurs valises chaque semaine pour aller dormir ailleurs, laissant l'ex-conjoint et les filles dans le logement du rez-de-chaussée.

Après quelques mois à vivre de cette façon, Julie part en appartement. Les enfants vivent une semaine avec elle, une semaine avec leur père. Trois ans s'écoulent, et le logement du troisième se libère. Julie y emménage.

«Nous nous sommes dit que si ça ne marchait pas, alors on vendrait le triplex», se souvient Frédérick Tran-Khanh.

Mais ça a marché. Les filles partagent une chambre chez leur père et une autre chez leur mère. Tous les vendredis, vers 16 h, elles font leur petite valise et changent d'étage en franchissent l'escalier de fer forgé devant le triplex. Les éducatrices du service de garde de l'école située en face assistent à ce déménagement hebdomadaire avec un sourire en coin. Les années passent, les ex-conjoints forment de nouveaux couples. Chacun est parent une nouvelle fois.

La cohabitation et la garde partagée se déroulent bien, mais tout ce beau monde vit un peu plus à l'étroit. En 2014, c'est au tour du locataire du deuxième étage de partir. Julie et Frédérick, qui se partagent encore la propriété du triplex plus de 12 ans après leur séparation, décident ensemble de sacrifier un revenu de location pour donner à leurs adolescentes chacune une chambre, dans un logement aménagé pour elles. Le deuxième étage devient la zone des ados, mais aussi le lieu de rencontre des quatre enfants qui savent que leurs parents ne sont jamais bien loin. «Quand tous les enfants se retrouvent entre eux, c'est la fête!», dit Julie.

«Quand je me fais de nouvelles amies et... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 3.0

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«Quand je me fais de nouvelles amies et que je leur raconte comment nous vivons à huit dans la même maison, elles sont perdues, raconte Emmy (au centre, avec Laurence sur les genoux). Quand elles viennent chez nous, là elles comprennent.»

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Intimité et collégialité

Chaque couple respecte l'intimité de l'autre. Les décisions entourant l'entretien de l'immeuble sont prises en collégialité. Tous sont gagnants, surtout les enfants. Les ados prennent la douche, le déjeuner et le souper une semaine chez papa, l'autre chez maman. «Elles ne sont pas trop mêlées là-dedans, dit leur père Frédérick. On a des consignes assez ouvertes. L'aide aux devoirs de mathématiques, c'est chez papa. Pour les devoirs de français, elles vont chez maman. Elles ne se gênent pas.»

Les plus jeunes enfants, Laurence et Elliot, ne se gênent pas non plus pour circuler d'un étage à l'autre. Alors que les couples vivent en intimité sur leur étage respectif, les enfants vont trouver réconfort où bon leur semble. «Les plus petits vont chez leurs grandes soeurs pour aller fouiner ou pour faire un petit câlin, raconte Frédérick. On ne veut pas empêcher ça.»

«Une des clés de cette réussite, c'est qu'on a pris notre temps, dit Julie. L'année de notre séparation, je ne crois pas que la cohabitation dans le triplex aurait été une bonne idée. Les choses se sont faites naturellement.» Si naturellement que lorsque Laurence et Elliot ont dessiné leur famille pour la première fois, quatre adultes et quatre enfants sont apparus sur la même page.

Famille recomposée, triplex aménagé

Ce triplex typique de 25 pi sur 40 bénéficie d'un aménagement intérieur pas typique du tout. Emmy et Léa occupent le deuxième étage, mais elles se trouvent quand même à habiter une semaine avec papa, l'autre avec maman.

Lors des rénovations, un escalier a été percé entre le rez-de-chaussée et le deuxième. La cuisine et la salle à manger de Frédérick et d'Émilie ont dû être complètement réaménagées. Pour compenser l'espace grugé par l'escalier, le logement du bas bénéficie aujourd'hui d'un bureau à l'étage des filles.

«C'est comme si on avait une maison à deux étages, mais avec seulement une petite pièce en haut, dont une porte donne accès à l'espace d'Emmy et Léa», illustre Frédérick.

L'étage des ados a conservé sa salle de bains et une cuisine sans électroménagers. La chambre arrière n'a pratiquement pas été retouchée. La pièce double à l'avant a été transformée en chambre fermée avec un grand placard. Pour relier le tout au troisième étage, il a suffi de retirer le mur qui séparait l'entrée du deuxième et le bas de l'escalier intérieur existant. On en a profité pour aménager un vestibule beaucoup plus spacieux que ceux qu'on retrouve habituellement dans les vieux logements de Montréal. Pour les bottes et les manteaux l'hiver, c'est très pratique!

Rez-de-chaussée

Laurence, 5 ans, vit avec ses parents Émilie et Frédérick, qui est aussi le papa d'Emmy et de Léa qui vivent au-dessus.

Deuxième étage

Léa, 17 ans, et Emmy, 15 ans, les filles de Frédérick et Julie.

Troisième étage

Elliot, 8 ans, vit avec ses parents Sylvain et Julie, qui est aussi la maman de Léa et Emmy qui vivent en dessous.

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