Les coins de paradis de l'État

Le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles... (PHOTO FOURNIE PAR MICHEL DORVAL)

Agrandir

Le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles fait tirer chaque automne des terrains en location sur les terres de l'État.

PHOTO FOURNIE PAR MICHEL DORVAL

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Vous rêvez d'un petit coin de paradis en pleine nature loin de la ville ? Le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles fait tirer chaque automne des terrains en location sur les terres de l'État. Tenté par l'aventure ? Voici ce à quoi vous attendre.

Les villégiateurs défricheurs

L'éloignement et l'absence d'eau potable et d'électricité sont autant d'obstacles sur la route des villégiateurs qui s'installent sur les terres de l'État. Pourtant, ces parcelles de nature s'envolent comme des petits pains chauds.

Quand Michel Dorval a mis la main sur son terrain au lac de l'Équerre, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le lopin de terre n'était pratiquement qu'arbres et broussailles. Il lui a fallu un travail colossal et un coup de main de plusieurs proches pour dégager un peu le tout et construire son petit coin de paradis. En tout, il estime avoir investi 40 000 $, sans compter son temps, bien sûr. « Le deux par quatre finit par coûter cher quand il faut le transporter loin dans le bois », illustre-t-il.

Toutefois, 12 ans plus tard, il ne regrette pas du tout de l'avoir fait. « J'y retrouve la paix et la quiétude, je suis aux premières loges pour les concerts de grenouilles, témoigne celui qui est aussi président du Regroupement des locataires de terres publiques du Québec. Je peux pratiquer la pêche, la chasse, la cueillette de champignons et surtout contempler les oiseaux. »

Il existe deux façons de s'installer sur les terres de l'État : gagner une location de terrain ou se faire transférer un bail, en achetant un chalet déjà construit, par exemple. Dans les deux cas, les villégiateurs peuvent maintenant obtenir un financement hypothécaire pour leur projet. « Il y a quelques années, le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN) a ajouté une clause dans le bail pour faciliter les choses, et maintenant les banques sont ouvertes à cela », précise M. Dorval. La fameuse clause précise que le bâtiment est la pleine propriété du locataire, même si le terrain appartient à l'État.

Acheter un chalet

L'achat d'un chalet déjà construit est sans contredit la manière la plus simple de s'installer sur les terres de l'État. Le plus souvent, on les retrouve sur les sites de petites annonces, sur le site de Zecs Québec et sur des babillards dans les postes d'accueil des zones d'exploitation contrôlée (zecs). « Les chalets se vendent vraiment très bien, ça part rapidement », constate M. Dorval. Le bail de location du terrain, lui, est simplement transféré au nouveau propriétaire du chalet moyennant des frais d'administration de 328 $.

Toutefois, les acheteurs potentiels auraient avantage à bien s'informer et à se méfier de ce qu'on leur promet. « Certaines personnes vendent leur chalet avec un territoire de chasse pour faire grimper la valeur de la propriété, constate Jean-Claude D'Amours, directeur général de Zecs Québec. On voit ça souvent dans les annonces et c'est illégal. On ne peut pas vendre un territoire public. Tout le monde a le droit d'y aller. »

Gagner un terrain

Par ailleurs, les villégiateurs sont aussi nombreux à tenter leur chance au tirage du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles pour gagner la location d'un terrain. Quelques rares peuvent être offerts en vente. L'inscription coûte une trentaine de dollars. Le nombre de terrains varie d'une année à l'autre. En 2015, 129 ont été attribués. On ignore pour l'instant combien seront offerts à l'automne 2016.

Avant de s'inscrire au tirage, les participants peuvent avoir différentes informations sur les terrains disponibles. Certains sont à proximité d'un lac, d'autres non. « Les gens s'inscrivent pour les terrains qui les intéressent, mais ils ne peuvent pas en gagner plus d'un », précise Nicolas Bégin, porte-parole du MERN.

Une fois le bail signé, le villégiateur doit le conserver pendant au moins cinq ans, à moins de le transférer à un membre de sa famille ou d'y avoir construit un chalet de plus de 10 000 $. Il peut aussi être transféré si le bâtiment sur le terrain est vendu dans le cadre d'une vente en justice, d'une vente pour taxes ou de l'exercice d'un droit hypothécaire. « C'est pour éviter la spéculation », précise M. Bégin.

Combien ?

Après le tirage, des frais d'administration, de travaux de mise en valeur et d'arpentage doivent être payés en plus du loyer. En moyenne, les terrains sont loués 432 $ par année en 2016. Ce prix grimpera à 646 $ en 2020. L'augmentation prévue a d'ailleurs été plutôt mal accueillie par les villégiateurs. « Le prix de location peut augmenter de façon arbitraire selon l'humeur gouvernementale », déplore M. Dorval.

« Les loyers sont déterminés par la superficie du terrain et la proximité d'un plan d'eau ou d'un pôle d'attraction urbain, explique plutôt M. Bégin. Ça varie beaucoup d'un cas à l'autre. » La présence d'un chalet ou non sur le terrain n'a aucun effet sur le loyer. Par contre, cela influence le montant des taxes municipales et scolaires. Si le terrain est dans une zec (voir autre onglet), d'autres frais annuels s'ajoutent également.

>>>Consultez le site du Ministère sur les tirages.

En chiffres

432$
Loyer annuel moyen d'un terrain
283$
Loyer annuel minimum d'un terrain
63
Zones d'exploitation contrôlée (Zecs) au Québec
31 000
Baux de villégiature
12 000
Baux de villégiature se trouvent sur le territoire d'une zec
11 000
Baux pour des abris sommaires (camps de chasse)
4000 m2
par terrain de villégiature, habituellement

Sources: ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles et Zecs Québec.

S'installer dans une zec

Environ 40 % des terrains loués sur les terres de l'État se trouvent dans l'une des 63 zones d'exploitation contrôlée du Québec, plus communément appelées zecs. Cinq mots pour comprendre.

Faune

Le premier rôle de ces organismes sans but lucratif est de s'occuper de l'aménagement, de l'exploitation et la conservation de la faune, en plus d'en faciliter l'accès pour les usagers. Ils s'occupent aussi de la répartition des villégiateurs sur le territoire. « L'idée, c'est de ne pas recsréer un environnement urbain en forêt pour une question de pollution et de pression de pêche sur les plans d'eau », explique Jean-Claude D'Amours, directeur général de Zecs Québec. D'ailleurs, des quotas annuels de récolte sont imposés sur chaque lac et la pêche y est interdite lorsqu'ils sont atteints.

Entretien

Pour les locataires, l'un des plus grands avantages est que l'entretien des routes est pris en charge par la zec. « Pour l'ensemble des zecs, c'est entre 3,5 et 4 millions qui sont investis annuellement dans l'entretien des chemins forestiers », souligne M. D'Amours. Hors zec, les chemins peuvent être entretenus par les sociétés forestières si elles les utilisent. Sinon, c'est aux locataires de s'en occuper, précise Michel Dorval, président du Regroupement des locataires de terres publiques du Québec.

Transport médical

Autre avantage, près d'une vingtaine de zecs sont certifiées Airmedic. « Les personnes qui se trouvent sur celles-ci peuvent donc bénéficier gratuitement du transport médical aérien d'urgence au besoin », explique M. D'Amours. De plus, même si le rôle de la zec est de contrôler la faune et non les usagers, la présence d'un poste d'enregistrement et d'assistants de protection de la faune permet une certaine surveillance. « Ça tient davantage à l'écart les malotrus », estime M. Dorval. Il arrive malheureusement que des villégiateurs voient leur chalet « visité » en leur absence, raconte-t-il.

Prix

Tous ces services ont évidemment un prix. Il est partagé entre tous les utilisateurs de la zec. Ainsi, les utilisateurs doivent payer une dizaine de dollars par jour par véhicule pour y circuler ou une centaine de dollars par année. Les chasseurs et les pêcheurs doivent aussi payer une somme supplémentaire pour pratiquer leur sport. Moyennant une trentaine de dollars, les utilisateurs peuvent devenir membres pour profiter de tarifs avantageux. Cela leur donne aussi un droit de vote à l'assemblée générale annuelle.

Activités

Les territoires des zecs sont accessibles à tous pour y pratiquer la chasse, la pêche et d'autres activités de plein air. On y retrouve des chalets, mais aussi des emplacements de camping. Il suffit de s'enregistrer à l'entrée et de payer les droits requis.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer