Achat de maison: se méfier de la tentation

En amour comme dans l'immobilier,il faut se méfier... (PHOTO BRETT GUNDLOCK/BLOOMBERG)

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En amour comme dans l'immobilier,il faut se méfier des coups de foudre si on veut s'éviter des lendemains douloureux et onéreux.

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Yvon Laprade

Collaboration spéciale

La Presse

En amour comme dans l'immobilier,il faut se méfier des coups de foudre si on veut s'éviter des lendemains douloureux et onéreux. Voilà pourquoi il est préférable de bien évaluer nos besoins avant de faire une offre d'achat sur la propriété qui nous fait rêver.

Le prix d'un coup de coeur

Johana Alvarez et son conjoint François Tremblay ne se sont pas méfiés une seule seconde lorsqu'ils ont acquis leur nid d'amour, un bungalow « à rénover » dans un quartier résidentiel. Une erreur qu'ils ne feront pas deux fois...

Le nom de la rue était évocateur. La maison de leurs rêves était située dans la rue... d'Amour, à Sainte-Catherine, sur la Rive-Sud de Montréal.

« Nous manquions d'expérience, reconnaît d'emblée Johana, d'origine salvadorienne. Nous savions qu'il y avait des travaux à effectuer, mais nous étions loin de nous douter de l'ampleur de la tâche et des coûts que cela pouvait impliquer. »

« À vrai dire, ajoute l'éducatrice au Centre jeunesse de Montréal, mon conjoint et moi étions loin de nous douter que nous allions passer les cinq années suivantes dans les rénovations ! »

Le couple, qui a cinq enfants - la petite dernière a 6 semaines ! -, avait été attiré par le prix demandé par les vendeurs, et s'est ensuite senti pressé de saisir la bonne affaire.

« On avait vu cela comme une occasion à saisir au vol, analyse Johana. À ce moment-là, on vivait dans un appartement dans l'est de Montréal, avec deux enfants, et nous cherchions une maison pour vivre dans le calme ! »

Ils ont appris à la dure, et à leurs dépens, qu'une maison qui a manqué d'amour a besoin de beaucoup de petites attentions. « On a tout refait, ou presque », s'étonne Johana, qui ne regrette pas la décision qu'ils ont prise en couple de devenir propriétaires.

Leçon bien apprise

Depuis mai 2015, leur maison est à vendre et tous deux constatent que le marché de la revente tourne au ralenti. Leur décision de vendre n'est pas motivée par un coup de tête. Cette fois, ils ont pris le temps de réfléchir.

« On veut aller habiter sur la couronne nord, souligne Johana, pour nous rapprocher de ma famille et vivre dans une maison qui conviendra à nos besoins. On songe à se faire construire pour pouvoir faire nos propres choix. »

Mais cette fois, pas question de laisser le coeur parler à la place du portefeuille. Pas question, non plus, d'aller visiter des maisons avant qu'un acheteur sérieux leur soumette une offre d'achat sans condition.

«On veut éviter de se laisser distraire. On va regarder le marché plus activement quand on aura la certitude que notre maison va bientôt être vendue.»

Johana
Johana Alvarez, 36 ans, et son conjoint François... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE) - image 4.0

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Johana Alvarez, 36 ans, et son conjoint François Tremblay, 40 ans, avec leur petite fille, âgée d'à peine six semaines. 

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Or, les visiteurs qui ont mis les pieds dans leur maison se sont montrés « extrêmement prudents » jusqu'à présent.

Le bon prix

Le couple constate en outre que les acheteurs potentiels ne se laissent pas influencer par leurs émotions.

« Ils peuvent passer une bonne heure à faire le tour de notre propriété, note Johana. Ils nous posent un tas de questions sur les frais d'entretien, les taxes, le chauffage, le voisinage. »

« Et puisque nous vendons la maison sans passer par un agent immobilier, ajoute-t-elle, nous informons les acheteurs que nous avons ajusté le prix en conséquence. »

Cela comporte des avantages et des inconvénients. Depuis la mise en vente de leur propriété, quatre acheteurs leur ont glissé entre les doigts. Pourtant, dans leur publicité, ils clament qu'à 200 000 $, leur bungalow avec cinq chambres à coucher est « le meilleur prix du quartier ».

« Dans un cas, l'acheteur n'était pas satisfait du rapport d'inspection, relève Johana. Deux autres fois, le financement hypothécaire avait été refusé aux acheteurs. La dernière offre était acceptée et tout allait bien, mais l'acheteur venait d'apprendre qu'il avait une maladie dégénérative. Nous avons annulé la transaction pour cette raison. »

Johana et François aimeraient bien que quelqu'un frappe à leur porte avec l'intention de prendre possession de leur propriété quand reviendra la belle saison.

Des éléments à surveiller

Quelques conseils pour éviter qu'un coup de coeur ne se transforme en cauchemar.

Établir le prix à payer

Il n'y a pas plus mauvais guide que le coeur et les sentiments quand vient le moment de faire une offre d'achat sur une propriété. Il vaut mieux clairement établir avant, et non après coup, ses priorités et déterminer le budget dont on dispose. Parce que les mensualités viennent vite, parfois plus vite que le chèque de paye ! La plupart des prêteurs vont recommander de ne pas consacrer plus de 32 % de vos revenus mensuels bruts à l'habitation (capital-intérêts-taxes).

Évaluer la qualité du quartier

La maison se trouve-t-elle dans une rue avec un fort débit de circulation où les camions lourds peuvent transiter ? Une usine se trouve-t-elle à proximité ? À moins que ce ne soit un centre commercial hyper fréquenté ? Il y a plusieurs critères qui permettent d'établir la véritable valeur marchande d'une propriété. La qualité de vie et des services offerts par la municipalité devraient figurer au haut de la liste.

Une deuxième ou une troisième visite

Votre coeur bat pour cette maison qui semble n'avoir aucun défaut ni vice de construction ? Ça y est ! Vous êtes sur le point de déposer votre offre d'achat, accompagné ou non de votre courtier, c'est selon. On respire par le nez et on va faire une promenade. Mieux encore : on demande une deuxième et même une troisième visite avant de passer à la prochaine étape. La nuit peut porter conseil.

Éviter de se laisser éblouir

Les maisons « déguisées » qui sont passées entre les mains expertes des artistes qui font du home staging, qui consiste à redonner des airs de jeunesse aux propriétés empoussiérées, peuvent cacher des surprises désagréables. Se pourrait-il que le vendeur ait embauché ces spécialistes de l'esthétisme résidentiel pour vous en mettre plein la vue ? Et pour vous empêcher de voir ce qui se cache derrière le vernis ? Il faut éviter de se laisser éblouir quand on s'apprête à investir des centaines de milliers de dollars dans la brique et le mortier.

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