Poêles à bois: une norme «totalement dépassée»

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Le gouvernement Charest entend obliger l'industrie à vendre des poêles dotés... (Photo: La Presse)

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François Cardinal
La Presse

Le gouvernement Charest entend obliger l'industrie à vendre des poêles dotés d'une certification américaine vieille de 20 ans, une mesure timide qui ne réglerait rien au problème, de l'avis des experts consultés.

Québec adoptera en 2009 un projet de règlement sur les appareils de chauffage au bois, à l'étude depuis près d'un an. Cette législation visera à interdire la vente de poêles non conformes aux normes de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA).

 

Or pour plusieurs experts, cette certification créée en 1988 est aujourd'hui «totalement dépassée». Et surtout, elle n'est pas à la hauteur d'un problème qui ne cesse de prendre de l'ampleur: on évaluait en 2005 que le chauffage au bois résidentiel représentait 47% de toutes les émissions québécoises de particules fines (et non de CO2), comparativement à 36% pour les industries et 17% pour le transport.

«Avec cette norme, on manque complètement le bateau, estime André Porlier, du Conseil régional de l'environnement de Montréal (CRE). Plus de 75% des poêles en vente correspondent déjà à la norme EPA, qui n'est de toute façon pas assez sévère. Tout ça est donc de la poudre aux yeux. La réglementation québécoise doit se mettre à l'heure du XXIe siècle, non pas à celle des années 80.»

Normes EPA ou Washington

Le CRE demande à la ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, d'actualiser le projet de loi en privilégiant la «norme Washington», qui réduit les particules émises de près de la moitié (4,5 g. de particules par heure, contre 7,5 g. pour l'EPA).

Même son de cloche à la Ville de Montréal, où l'on a transmis à la ministre un mémoire qui remet en question l'efficacité des poêles EPA. Contrairement à l'Association des professionnels du chauffage, qui prétend que ces appareils réduisent de 90% les particules, la Ville fixe l'amélioration réelle à 50%.

L'administration Tremblay fait ainsi l'apologie de la norme Washington, mais encore plus des poêles à granules de bois, qui n'émettent pas plus de 1 g. de particules par heure. «Les granules de bois constituent un combustible de choix puisqu'ils permettent la valorisation énergétique de résidus de bois, en plus d'offrir l'un des plus faibles taux d'émission de particules fines sur le marché.»

Au cabinet de la ministre Beauchamp, on précise avoir opté pour la norme EPA car elle est répandue en Amérique du Nord, contrairement à la norme Washington.

À l'Institut national de santé publique du Québec, on ne souhaite pas s'immiscer dans ce débat, puisqu'une étude est en cours sur le sujet. Mais en guise de pistes de réflexion, la chercheuse Audrey Smargiassi précise que les normes d'émissions ne sont pas suffisantes pour réduire les niveaux de particules dans les secteurs à forte concentration de poêles.

«Des mesures devraient être mises de l'avant pour inciter le remplacement des appareils dans les secteurs présentant des problèmes de qualité de l'air, indique-t-elle. Je pense aussi que certaines réflexions pourraient porter sur le nombre acceptable d'appareils de combustion par kilomètre carré.»

Remplacer les vieux appareils

Même son de cloche à l'Association de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), où l'on déplore que la norme ne s'appliquera qu'aux nouveaux poêles. «Rien n'obligera les gens de se débarrasser de leur vieux poêle», note le président, André Bélisle.

Ce dernier fait un parallèle avec le développement du parc automobile: on peut bien imposer une nouvelle norme et ainsi réduire les émissions de chacun des poêles, mais si le nombre total d'appareils continue d'augmenter, l'effet sur la qualité de l'air est nul.

De son côté, l'Association des professionnels du chauffage appuie sans réserve le projet de règlement. Il déplore toutefois la lenteur du gouvernement dans ce dossier. «On pousse le gouvernement dans cette direction depuis plus de 10 ans», indique le directeur, Ghyslain Bélanger.

Notons que le gouvernement refuse de rendre publics les mémoires déposés dans le cadre de sa consultation lancée en avril dernier.

Pour joindre notre journaliste: francois.cardinal@lapresse.ca

 

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