Terminal pétrolier: travaux autorisés dans la «pouponnière» des bélugas

Des activistes de Greenpeace à Cacouna, pour dénoncer... (Photo fournie par Greenpeace)

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Des activistes de Greenpeace à Cacouna, pour dénoncer le projet de construction d'un port pétrolier proposé par TransCanada.

Photo fournie par Greenpeace

L'entreprise TransCanada pourra lancer ses travaux au large de Cacouna, dans l'estuaire du Saint-Laurent, afin de construire un terminal pétrolier.

L'annonce déçoit les environnementalistes, qui soulignent que la zone est fréquentée assidûment par les femelles et les jeunes bélugas, une espèce au bord de l'extinction au Québec.

Québec a autorisé des forages et des sondages sous-marins qui permettront de planifier la construction du terminal, qui fait partie du projet Énergie Est de TransCanada. Ce projet n'a cependant pas encore été autorisé.

Le pipeline offrirait un débouché sur l'Atlantique au pétrole albertain, notamment celui extrait des sables bitumineux.

Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques affirme s'être fondé sur un avis de Pêches et Océans Canada afin d'établir une zone de surveillance de 540 mètres autour du chantier sous-marin.

TransCanada devra «mettre en place un moyen optimal de détection des bélugas», affirme le Ministère par communiqué. «Advenant le cas de la présence d'un béluga dans le rayon d'exclusion, le promoteur s'est engagé à arrêter les travaux.»

Le Ministère a cependant refusé de transmettre à La Presse l'avis scientifique en question. «Vous devez faire une demande d'accès à l'information», a indiqué Frédéric Fournier, porte-parole du ministère.

Le ministre David Heurtel n'a pas voulu accorder d'entrevue sur la question à La Presse, hier.

«Ils vont éviter la zone»

Les travaux au large de Cacouna vont probablement nuire à la survie des bélugas, selon Robert Michaud, du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins.

«Le secteur précis de Cacouna est de «haute résidence» pour les femelles et les jeunes, dit-il. C'est ce qu'on a appris au cours des 25 dernières années, au prix de milliers d'heures d'observation.»

«Rien dans les mesures d'atténuation prévues ne permet d'éviter qu'on exclue les bélugas de cette aire essentielle, juge M. Michaud. On sait très bien que les bélugas réagissent au bruit. On propose d'interrompre les travaux si des bélugas sont observés à moins de 540 mètres, mais on croit que les bélugas vont tout simplement éviter toute la zone.»

M. Michaud rappelle que dans un avis datant de 2007, au sujet d'un projet de terminal méthanier au même endroit, Pêches et Océans Canada avait exclu tous les travaux sous-marins entre mai et la fin octobre, période d'élevage des petits bélugas.

La décision de Québec pourrait être contestée devant les tribunaux, affirme Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki. «C'est facile de dire qu'on a mis des règles, mais elles ne semblent pas avoir de fondement scientifique, dit-il. Tous les spécialistes consultés le disent: on ne peut pas imaginer comment ces travaux peuvent se réaliser sans perturber le béluga.»

Le béluga est menacé de disparition et sa population continue de reculer, même si l'espèce est protégée depuis 1979.

On pense qu'il y avait plus de 10 000 bélugas dans l'estuaire du Saint-Laurent il y a une centaine d'années. Il n'y en aurait plus que 900 aujourd'hui.

Ils ont été chassés jusqu'au bord de l'extinction, mais ils ont aussi souffert de la pollution chimique.

Aujourd'hui, la pollution sonore est l'une des principales causes de la dégradation de leur habitat, comme l'indique le site web du ministère: «La contamination, le dérangement, la diminution de l'abondance des proies, la dégradation de l'habitat - en particulier par le bruit - menacent cette population résiduelle.»

TransCanada n'avait pas rappelé La Presse hier, au moment d'écrire ces lignes. L'oléoduc Énergie Est relierait l'Alberta au Nouveau-Brunswick sur 4600 kilomètres et transporterait environ 1,1 million de barils de pétrole brut par jour.




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