De l'eau souterraine contaminée par le gaz de schiste

Karlis Muehlenbachs, un spécialiste de la  signature... (Photo: Archives Le Soleil)

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Karlis Muehlenbachs, un spécialiste de la signature chimique du gaz, croit que les problèmes de fuites vont continuer d'affecter l'industrie du gaz de schiste.

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Un cas de contamination de l'eau souterraine qui pourrait être due à un puits de gaz de schiste - ce serait une première au Québec - a été recensé.

C'est une des hypothèses qu'avance un expert albertain à qui une entreprise, qui a foré un puits au Québec, a remis trois échantillons pour analyse.

Un échantillon provenait d'un puits dans le gisement québécois d'Utica, un autre, du gaz recueilli dans l'évent de surface du même puits et un troisième, du gaz provenant de la nappe phréatique à proximité.

Cet expert, Karlis Muehlenbachs, de la faculté des sciences de la Terre et de l'atmosphère à l'Université d'Edmonton, est un spécialiste de la signature chimique du gaz.

Trois explications

«Le gaz dans l'eau est très similaire au gaz de production, affirme M. Muehlenbachs en entrevue avec La Presse. Vous avez du gaz de schiste de l'Utica dans l'eau. Je ne sais pas comment il s'est rendu là, mais il y est.»

M. Muehlenbachs voit trois explications possibles. Ou le gaz s'est trouvé un chemin par une faille naturelle après la fracturation du puits, ou il est remonté le long du tubage du puits à cause d'une mauvaise cimentation, ou il s'y trouvait peut-être déjà naturellement.

Il a présenté ses résultats à Washington le mois dernier, lors d'un colloque sur les enjeux environnementaux de l'exploitation du gaz de schiste.

Il refuse d'indiquer quelle entreprise lui a fourni les échantillons et où se trouve le puits. L'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) n'a pas voulu commenter le rapport de M. Muehlenbachs ni donner des indications permettant de déterminer quel puits.

Information pertinente

De son côté, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) dit avoir reçu certaines analyses isotopiques d'entreprises gazières, mais aucune ne comportait d'échantillon provenant de l'eau souterraine.

L'analyse de M. Muehlenbachs a circulé au cours des dernières semaines au MDDEP, qui juge l'information pertinente, mais incomplète.

«On peut présumer que le gaz est là parce qu'on a foré le puits, mais on ne peut pas le prouver, dit Charles Lamontagne, hydrogéologue au MDDEP. On n'a pas les données de départ sur la signature isotopique du gaz déjà présent dans l'eau souterraine au Québec qui permettraient de l'affirmer.»

M. Lamontagne croit qu'il serait bon que le comité de l'Évaluation environnementale stratégique sur les gaz de schiste ordonne une telle étude. «C'est une des suggestions qu'on pourrait faire», dit-il.

Il ne juge pas inquiétantes les analyses de M. Muehlenbachs, en l'absence d'indications sur la quantité de gaz dans l'eau. Il affirme que le MDDEP n'a pas observé de cas de migration de gaz dans l'eau souterraine malgré 200 inspections.

Les fuites, un problème répandu

En entrevue avec La Presse, M. Muehlenbachs dit qu'il croit que les problèmes de fuites vont continuer d'affecter l'industrie du gaz de schiste.

Il cite des chiffres de la société Schlumberger, un géant dans le secteur des services aux producteurs de gaz et de pétrole, qui confirment que les puits vieillissent mal. Une étude de 15 000 puits dans le golfe du Mexique montre qu'après 15 années, environ la moitié d'entre eux fuient. «Il y a une corrélation évidente avec l'âge, dit-il. Les puits plus vieux fuient plus.»

Et il croit que ce sera pire pour les puits de gaz de schiste, à cause des pressions extrêmes qu'ils doivent subir au cours de la fracturation hydraulique.

C'est ce procédé d'injection d'eau, de sable et de produits chimiques qui fait fendre le schiste et qui libère le gaz. Ce procédé n'est pas nécessaire pour le gaz traditionnel, qui se trouve dans des poches de roche déjà poreuse.

«Si vous ajoutez de la fracturation à haute pression, c'est désastreux, dit-il. L'acier du tubage est flexible. Le ciment qu'on coule autour est dur. Alors il craque.»

Les observations de M. Muehlenbachs confirment les craintes et les prédictions de Marc Durand, l'ingénieur en géologie appliquée qui scrute l'industrie depuis le printemps dernier.

«Si on a du gaz dans l'eau souterraine qui est similaire à celui du gisement Utica, c'est une première indication que la fracturation hydraulique ouvre des voies ailleurs que dans le puits, par des fractures naturelles, dit-il. Par ailleurs, il est d'accord avec moi pour dire que les puits de gaz de schiste vont être plus préoccupants que les puits conventionnels.»

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