Les climatologues redoutent une chasse aux sorcières sous Trump

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« L'hostilité affichée par M. Trump pour la science du climat et les climatologues est une cause d'angoisse pour un grand nombre de mes collèges et moi-même », a expliqué à l'AFP, Michael Mann le célèbre climatologue de la Pennsylvania State University.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
WASHINGTON

Avoir travaillé sur le climat va-t-il devenir un handicap dans l'Amérique de Trump ? Redoutant une chasse aux sorcières d'un genre nouveau, l'administration Obama a refusé de donner suite à l'étrange demande de l'équipe du président élu réclamant la liste des experts en pointe sur ce sujet.

Les scientifiques redoutent que cette démarche inhabituelle ne signale une volonté de remettre en question la science du climat et de démanteler les efforts et les mesures mis en oeuvre pour combattre le réchauffement climatique sous l'administration Obama.

«Nous respecterons l'intégrité professionnelle et scientifique ainsi que l'indépendance de nos employés dans nos laboratoires et dans l'ensemble du ministère de l'Énergie», a écrit dans un communiqué publié mardi soir le porte-parole, Eben Burnham-Snyder, en réponse aux demandes des membres de l'équipe de transition du président élu.

«Nous fournirons toutes les informations accessibles publiquement, mais nous ne transmettrons aucun nom», ajoute-t-il.

Des représentants de l'équipe de transition de Donald Trump, qui vient de nommer l'ancien gouverneur du Texas Rick Perry à la tête de ce ministère (DoE), ont adressé une liste de 74 questions au DoE, dont plusieurs totalement inédites.

Outre l'identité des personnes ayant travaillé sur le climat, la note de l'équipe Trump demande la liste de tous les employés du ministère et de ses sous-traitants qui ont participé aux discussions internationales sur le climat organisées par les Nations unies depuis cinq ans.

Ils requièrent aussi tous les articles publiés par les chercheurs des 17 laboratoires nationaux du DoE ces trois dernières années et veulent savoir lesquels appartiennent à un syndicat et à des associations professionnelles.

Interrogé par l'AFP, un membre de l'équipe de transition de M. Trump a ultérieurement indiqué sous couvert d'anonymat que «le questionnaire n'avait pas été autorisé ou ne faisait pas partie du protocole standard». La personne qui l'a envoyé a «été rappelée à l'ordre».

«Je ne peux pas dire avec certitude qu'une démarche de cette nature n'a jamais été faite avant, mais dans ma carrière de près de 27 ans comme employé du Syndicat national des fonctionnaires du Trésor (NTEU) je n'ai jamais entendu parler d'une chose pareille», a déclaré sur CNN Tony Reardon, le président de cette organisation syndicale.

«Les employés du ministère de l'Énergie sont inquiets de leur capacité de poursuivre leur travail scientifique avec intégrité et indépendance», a-t-il ajouté.

Tactique d'intimidation

Dans son point de presse mardi, l'actuel porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a estimé que cela «pourrait être une tentative de cibler des fonctionnaires fédéraux, dont des scientifiques, des avocats et d'autres experts dont le travail est crucial pour permettre au gouvernement fédéral d'élaborer avec succès des politiques» sur le climat.

«Cette démarche ressemble à une tactique d'intimidation des employés fédéraux qui font leur travail et s'en tiennent aux faits», a jugé le représentant Elijah Cummings, le principal démocrate de la commission de la Chambre sur la supervision et les réformes gouvernementales.

Pour Michael Halpern, expert en énergie à l'ONG Union of Concerned Scientists, «il est très alarmant que l'équipe de transition demande des listes de scientifiques du climat, car ces personnes ont l'intention de démanteler les mécanismes fédéraux contre le changement climatique».

Le fait que Donald Trump ait rencontré Al Gore, célèbre apôtre de la lutte contre le réchauffement, ou ait dit à au moins deux reprises dans des interviews après son élection le 8 novembre avoir «l'esprit ouvert» sur le climat, «a peu de signification», a-t-il jugé dans un entretien avec l'AFP.

Selon lui, il s'agit surtout d'une opération de relations publiques.

«Ce qui compte ce sont les gens qu'il choisit pour mener les politiques et qui veulent affaiblir la science du climat», insiste Michael Halpern.

M. Trump avait affirmé pendant sa campagne que le réchauffement climatique était un canular lancé par la Chine pour affaiblir le secteur manufacturier américain. Il avait aussi promis de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat signé par Barack Obama.

«L'hostilité affichée par M. Trump pour la science du climat et les climatologues est une cause d'angoisse pour un grand nombre de mes collèges et moi-même», a expliqué à l'AFP, Michael Mann climatologue de la Pennsylvania State University.

Le DoE compte quelque 90 000 salariés travaillant notamment sur l'énergie et les armes nucléaires, la recherche sur les énergies renouvelables et la climatologie.




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