Couillard arrive les mains vides à la COP22, dénonce le PQ

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Le premier ministre Philippe Couillard participera à la 22e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Marrakech, au Maroc.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
MARRAKECH, Maroc

Il est temps que le gouvernement Couillard prenne au sérieux la lutte aux changements climatiques autant que la lutte aux déficits, dénonce l'opposition, qui réclame une loi-cadre forçant les gouvernements à respecter leurs engagements en réduction des gaz à effet de serre (GES).

Philippe Couillard « arrive les mains vides » lundi à la 22e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Marrakech, au Maroc, a déploré le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne diffusée dimanche.

Selon le chef péquiste, alors que les États s'affairent à proposer de nouvelles mesures et à exposer leurs orientations à cette occasion, le Québec n'a rien à proposer de plus.

« C'est un moment charnière, un moment où les gouvernements indiquent les prochaines étapes, en disant : voici ce qu'on va faire. Mais nous sommes déçus parce que le premier ministre arrive les mains vides. »

Le Parti québécois réclame des gestes forts parce qu'il faut que le Québec retrouve son rôle de meneur en environnement, a soutenu le porte-parole péquiste dans ce domaine, Sylvain Gaudreault, en entrevue au côté de son chef.

« Alors que l'élection de Donald Trump [aux États-Unis] jette une douche d'eau froide sur l'optimisme qui régnait au début de la COP22, c'est la responsabilité du Québec et des autres États américains de démontrer qu'il se fait beaucoup de choses en Amérique du Nord », a dit M. Gaudreault, qui va d'ailleurs représenter l'opposition cette semaine à la COP22.

D'abord, l'adoption d'une loi-cadre, à l'instar de la loi sur l'équilibre budgétaire, dans laquelle les cibles de réduction des GES seraient enchâssées et qui confierait au commissaire au développement durable le mandat de les vérifier, « pour s'assurer que ce ne soit pas des voeux pieux », a poursuivi le député de Jonquière.

La loi-cadre permettrait aussi de divulguer l'inventaire annuel des émissions de GES.

« Il s'agirait ainsi d'un signal fort, comme ce qui s'est déjà fait au Royaume-Uni, en Écosse, en Finlande », a-t-il cité en exemple.

Une loi-cadre démontrerait que le gouvernement du Québec est aussi sérieux sur les changements climatiques que sur les déficits, a ajouté M. Lisée.

Par exemple, la loi sur l'équilibre budgétaire oblige à rembourser ultérieurement lorsqu'il y a déficit, de même une loi-cadre sur les GES forcerait à rattraper le retard lorsque les cibles ne sont pas atteintes.

« Elle créerait la même pression politique que pour le déficit zéro, on ne pourrait pas jouer avec les chiffres, a-t-il dit. Le commissaire pourrait envoyer des signaux lorsqu'il y a des risques de dépassement. »

Enfin, elle imposerait une certaine cohérence, puisque les gouvernements successifs devraient toujours se conformer à la loi, a aussi fait valoir M. Lisée.

« Cela exposerait le gouvernement Couillard face à son incohérence, a-t-il conclu. Il ne semble pas avoir la volonté politique [de respecter ses engagements]. »

Actuellement, le gouvernement libéral demeure opaque sur ses décisions à venir dans sa lutte à la pollution atmosphérique, ce qu'a déploré Greenpeace, qui estime que le Québec ratera sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2020.

L'opposition officielle déplore aussi le silence des libéraux et de ne pas être consultée sur les moyens d'atteindre les cibles.

Pour 2020, le Québec s'est donné l'objectif de réduire ses émissions de GES de 20 % sous leur niveau de 1990, l'année de référence.

Pour 2030, la barre est un peu plus haute, Québec veut réduire de 37,5 % ses émissions de GES par rapport à 1990.

On n'en sait guère plus cependant. Le gouvernement Couillard n'a toujours pas publié de plan détaillé pour y arriver, ce que déplore Greenpeace. Les demandes de documentation de La Presse canadienne n'ont pas permis d'en savoir davantage.

L'opposition officielle propose également l'adoption d'une politique de mobilité durable, puisque la majeure partie des efforts à faire dans la réduction des GES se situe dans le domaine des transports.

Une politique permettrait de fixer des cibles précises d'augmentation du transport collectif, notamment en matière de « transfert modal », c'est-à-dire par exemple le nombre de personnes qui renoncent aux déplacements en automobile pour passer aux transports en commun.

Une politique permettrait aussi de diminuer la bureaucratie en transports collectifs, puisqu'il faut actuellement des dizaines d'autorisations du Conseil du trésor actuellement pour procéder, a fait valoir M. Gaudreault.

Enfin, le PQ propose de nouveau de scinder le projet de loi 106, qui porte à la fois sur les hydrocarbures et sur la transition énergétique. Une fois le projet de loi scindé, l'opposition recommande suspension des règles pour une adoption rapide du chapitre sur la transition énergétique, tandis que l'étude du volet hydrocarbures se poursuivrait.

« Cela enverrait un message d'unité, un discours positif, pour que le Québec soit fort », a argué M. Gaudreault.

Avec son ministre de l'Environnement, David Heurtel, le premier ministre prendra part à compter de lundi à la COP22 qui vise à mettre en oeuvre l'accord conclu l'an dernier à Paris. Les pays devront alors convenir des outils de mise en oeuvre des engagements et des méthodes de comptabilisation des GES.

Même si c'est le gouvernement fédéral qui est signataire de cet accord international de réduction des GES, le gouvernement Couillard a fixé sa propre cible de réduction, puisque le mécanisme d'Ottawa doit tenir compte des efforts de chacune des provinces et chacun des territoires.

Quant aux moyens d'action prévus pour atteindre ses cibles, le Québec compte largement sur des gestes déjà adoptés, notamment la Bourse du carbone, le Plan d'action sur l'électrification des transports, celui sur les changements climatiques 2013-2020, selon ce que s'est borné à préciser le gouvernement.

Le premier plan d'ensemble de la Politique énergétique 2016-2030 est encore en voie d'élaboration. Et pour la cible de 2030, il reste beaucoup à faire.

Des travaux sont en cours concernant la Bourse du carbone sur les paramètres de la période d'après 2020, a-t-on indiqué.

Des « travaux sont en cours aussi sur les orientations et les mesures d'une future stratégie ou plan d'action pour la période 2020-2030 », tandis que « d'autres politiques gouvernementales complémentaires (...) tiendront compte de la cible de réduction 2030 lorsqu'elles seront renouvelées pour la période post 2020 [notamment en transport] », a-t-il été possible d'apprendre.

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