Le Grand Nord déstabilisé par le dégel des sols

Le réchauffement du permafrost affecte les communautés du... (PHOTO CATHERINE HOURS, ARCHIVES AFP)

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Le réchauffement du permafrost affecte les communautés du Grand Nord.

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Catherine HOURS
Agence France-Presse
UMIUJAQ, Nunavik

«Bombe à retardement» climatique, le réchauffement du permafrost, ces sols gelés en profondeur depuis des millénaires, affecte les communautés du Grand Nord, les infrastructures comme les modes de vie, les espèces, ou encore en altitude plus au sud la stabilité des montagnes.

Réchauffement «presque partout»

Pergélisol en français, permafrost en anglais, ou merzlota pour les Russes, ces sols recouvrent 25 % des terres émergées de l'hémisphère Nord (23 millions de km2), du Canada à l'Alaska jusqu'à la Sibérie, mais aussi au Groenland, en Scandinavie, en Mongolie et en Chine.

Ces sols sont parfois sporadiques, parfois continus, assez minces ou épais de plusieurs centaines de mètres, composés de microlentilles de glace ou de grosses masses de glace pure.

Avec le changement climatique, deux fois plus rapide sous ces latitudes qu'ailleurs, «le pergélisol se réchauffe presque partout», dit à l'AFP le géographe Antoni Lewkowicz, de l'Université d'Ottawa, président de l'Association internationale du pergélisol (IPA).

Le rythme de ce dégel sous terre est en revanche plus difficile à cerner, et varie selon les régions, ajoute-t-il. Activé plus encore par les précipitations ou les activités humaines, il devrait se poursuivre pendant des décennies.

Sols affaissés, glissements de terrain

Déjà, des sols s'affaissent : glissements de terrain, routes et tarmacs instables... À Salluit, dans le nord du Québec, la caserne des pompiers s'est effondrée. Les caves hier glacées ne peuvent plus conserver les provisions.

Dans le Yukon, l'autoroute de l'Alaska est, sur ses 100 derniers kilomètres, «un beau bazar», que les pouvoirs publics ne cessent de refaire à grands frais, relève M. Lewkowicz, qui étudie le pergélisol depuis 40 ans.

Le dégel du pergélisol accélère aussi l'érosion des côtes.

En Alaska, la fonte de ce gel qu'on croyait éternel «déstabilise une terre sur laquelle vivent 100 000 habitants, menaçant leurs maisons, endommageant les infrastructures de transport et d'énergie», a dit le président Barack Obama, lors de sa visite en septembre.

Le phénomène promet aussi d'affecter les écosystèmes, aquatiques notamment, et les régimes hydrologiques, les écoulements d'eau jusqu'ici confinés en surface, pouvant désormais pénétrer en profondeur.

Ainsi des éboulements et affaissements massifs sur le plateau de Peel (nord-ouest du Canada) ont déjà changé la chimie de rivières locales.

Les Alpes aussi

Les arbres même peuvent s'en trouver ébranlés: c'est le phénomène de la «forêt ivre».

Sous des latitudes plus basses enfin, le dégel du pergélisol vient, en haute altitude, menacer les montagnes : dans les Alpes, la fragilisation de ce «ciment de glace» provoque depuis 20 ans des écroulements en série, et 2015 devrait être une année record.

«Il ne faut pas voir les hautes montagnes comme quelque chose d'extrêmement solide. Souvent, c'est simplement un enchevêtrement d'éléments rocheux dont la stabilité est permise par la présence de glace», explique Ludovic Ravanel, chercheur au Centre national de la recherche scientifique français. «Si l'on fait fondre le ciment des montagnes, des pans entiers de versants peuvent se déstabiliser.»

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