Triste exploit en voilier dans le Grand Nord

Nicolas Peissel est revenu à Montréal la semaine dernière après avoir accompli... (Photo tirée du site www.belzebub2.com)

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(Ottawa) Nicolas Peissel est revenu à Montréal la semaine dernière après avoir accompli ce qu'aucun marin n'avait réussi à faire avant lui: avec deux équipiers, il a traversé le passage du Nord-Ouest à bord d'un simple bateau à voile de moins de 10 mètres, l'océan Arctique d'est en ouest, de Terre-Neuve à l'Alaska. Leur voilier, le Belzebub II, n'avait pas de protection contre les glaces.

Malgré tout, les navigateurs ont réussi à passer par le terrible détroit de McLure, à des centaines de kilomètres au nord du parcours habituel. Une route généralement glacée, que seul un brise-glace était parvenu à emprunter avant eux. 

En dépit de l'exploit, le Montréalais n'a pas le ton triomphant. L'expédition qu'il a entreprise au début de l'été avec son cousin Morgan Peissel et le Suédois Edvin Buregren, propriétaire du voilier, se voulait un moyen d'illustrer l'impact dévastateur des changements climatiques sur la fonte des glaces dans le Grand Nord canadien. Or, malgré leurs deux années de préparation, les navigateurs en sont restés abasourdis.

«Nous n'aurions jamais dû nous rendre nulle part à bord de ce voilier-là. C'est troublant», affirme le chef de bord dans la mi-trentaine, qui a grandi dans l'Ouest-de-l'Île et a appris à faire de la voile sur le lac Saint-Louis.

Leur histoire a fait le tour du monde, racontée par les Al-Jazeera, Boston Globe, The Atlantic ou BBC. Ils sont partis à la fin du mois de juin. De Lewisporte, dans le nord-est de Terre-Neuve, ils ont longé la côte ouest du Groenland vers le nord, dépassé le dernier village de Qaanaaq, puis se sont rendus jusqu'à la limite des glaces, tout juste au sud du 78e parallèle.

C'est lors de cette remontée et durant la traversée de la baie de Baffin qui a suivi, vers les eaux canadiennes, qu'ils ont eu leur premier choc. «On était à la fin du mois de juillet, et il n'y avait de la glace nulle part», dit M. Peissel. Le 1er août, dans le blogue de l'expédition, il a écrit: «De mon poste de vigie, je surveille ce même lieu où [des] bateaux et [des] hommes ont lutté pour leur survie à travers les glaces, mais autour de moi ne se trouvent qu'une poignée d'icebergs et une carte des glaces qui montre une baie totalement dénuée de banquise».

Quelques semaines plus tard, le Centre national américain de la neige et de la glace confirmait leurs impressions: l'été 2012 a marqué un nouveau record pour la fonte des glaces, dont la superficie est maintenant deux fois moins grande qu'il y a 30 ans.

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Course contre la montre

En route vers l'Alaska, vers la mi-août, le voilier s'est ancré brièvement dans la baie Erebus. C'est là qu'au milieu du XIXe siècle, la mythique expédition Franklin est restée prisonnière des glaces pendant deux hivers. Le capitaine et son équipage y ont laissé leur vie avant d'avoir pu découvrir le fameux passage.

«C'était une sensation incroyable d'être là, se souvient Nicolas Peissel. Le nombre de vies perdues, la quantité de souffrances que ces hommes ont endurées... On pouvait le sentir dans l'air.»

L'escale suivante, Resolute, au Nunavut, se voulait une base de ravitaillement et de planification du segment suivant. Après 10 jours, à la fin du mois d'août, un courriel leur est finalement parvenu du Service canadien des glaces. «Il n'est pas recommandé de se rendre dans le détroit de McLure, mais il y a une fenêtre ouverte», leur a écrit leur correspondant au sein de l'organisme fédéral.

«La décision s'est prise en une seconde», peut-on lire sur le blogue. De peur de rater leur seule occasion, et malgré le danger, les trois navigateurs ont foncé. Quarante-huit heures, peut-être moins, pour traverser les détroits du Vicomte de Melville et de McLure. «C'était de loin la portion la plus dangereuse du voyage», convient Nicolas Peissel.

Après quelques heures à peine, l'étroit corridor s'est mis à se refermer. La traversée s'est vite transformée en course contre la montre, ou contre les glaces, pour atteindre la mer de Beaufort avant d'être fait prisonnier pour au moins un hiver.

C'est ce qui est arrivé il y a plus de 150 ans à l'expédition de Robert McLure, qui a donné son nom au détroit. Partis à la recherche de celle de Sir John Franklin, le capitaine et son équipage ont dû abandonner le HMS Investigator. L'épave gît maintenant à 11 mètres au fond de l'eau.

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«Changements dramatiques»

Le 29 août, le Belzebub II a diffusé un communiqué de presse: «L'expédition «Un passage à travers les glaces» vient de réussir la traversée du fameux détroit de McClure dans l'Arctique canadien pour devenir le premier bateau à voile de l'histoire à accomplir cet exploit».

«C'est difficile à croire et c'est épeurant, ce qui était arrivé, constate aujourd'hui M. Peissel. Nous sommes des Canadiens moyens. Pas des environnementalistes. Et ce que nous avons vu, c'est un changement incroyable.»

Des montagnes majestueuses aux animaux presque mythiques, en passant par des phénomènes naturels inédits ou carrément hallucinants, il espère que la beauté naturelle du Grand Nord pourra demeurer une réalité ailleurs que dans ses souvenirs.

Et il souhaite maintenant que la population du monde entier et les gouvernements soient frappés par l'image de leur traversée, et qu'ils en arrivent aux mêmes constats auxquels ils sont eux-mêmes arrivés: les glaces de l'Arctique fondent à un rythme alarmant et il est temps d'agir pour contrer les changements climatiques, mais il est aussi crucial de les protéger contre une course effrénée à l'extraction des hydrocarbures.

«Nous devons créer un meilleur équilibre dans le développement de l'Arctique et assurer une intendance sur la manière dont c'est fait, dit celui qui a déjà commencé à préparer son prochain projet. C'est l'une des dernières réserves naturelles du Canada et ça change de manière dramatique.»

Le blogue de l'expédition se trouve à l'adresse suivante: 

www.belzebub2.com




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