La sécheresse frappe les forêts de la planète

La chaleur et la sécheresse limitent la croissance... (PHOTO JOSH EDELSON, archives Agence France-Presse)

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La chaleur et la sécheresse limitent la croissance des arbres.

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Vanté comme un fertilisant par les climatosceptiques, le gaz carbonique rejeté par milliards de tonnes dans l'atmosphère par les humains n'a pas l'effet escompté : à cause de la sécheresse, les arbres ne poussent pas plus vite et n'en absorbent pas plus.

C'est ce qui ressort de deux études publiées récemment, l'une sur la forêt boréale canadienne et l'autre sur l'ensemble des forêts du monde.

Certains scientifiques - et c'est aussi un des arguments des climatosceptiques - comptaient sur la capacité des plantes d'absorber plus de gaz carbonique, le principal gaz à effet de serre (GES).

Des expériences en vase clos laissaient croire que cela pourrait se produire.

En effet, le gaz carbonique, ou CO2, est le principal matériau de construction des arbres. Les feuilles le capturent grâce à la photosynthèse, conservent le carbone pour créer le bois et libèrent l'oxygène.

DEUX TABLEAUX

La question se pose donc : s'il y a plus de CO2 dans l'atmosphère, les arbres pourront-ils pousser plus vite ?

Malheureusement, ce n'est pas ce qui se passe dans les forêts. C'est plutôt la sécheresse qui domine. Et elle joue sur deux tableaux.

« La capacité des arbres de croître plus vite en présence de CO2 n'est pas vraiment là », affirme Martin Girardin, chercheur scientifique au Service canadien des forêts et professeur associé à l'UQAM.

M. Girardin et son équipe ont étudié plus de 2800 échantillons de croissance d'arbres prélevés à partir de 2001 sur 598 parcelles forestières d'un bout à l'autre du Canada. La recherche a été publiée dans la revue Proceedings de l'Académie des sciences des États-Unis.

Résultat : en dépit d'un taux plus élevé de CO2, on n'observe aucune augmentation du taux de croissance entre 1950 et 2002. Et ce, même si au cours de cette période, le taux de CO2 dans l'atmosphère est passé de 300 à 390 parties par million, une augmentation de 30 %.

L'explication : la chaleur et la sécheresse limitent la croissance des arbres.

«Dans l'Est du pays, on pense que les canicules affectent beaucoup les arbres. Dans l'Ouest, c'est plus clair que la disponibilité de l'eau est le facteur dominant.»

Martin Girardin

Donc, les arbres n'ont pas capté plus de carbone, à tout le moins au-dessus du sol. En effet, on ne dispose pas de données sur la croissance des racines, une lacune de cette étude, note Christian Messier, titulaire de la chaire CRSNG/Hydro-Québec, sur le contrôle de la croissance de l'arbre, à l'UQAM.

« On avait beaucoup espéré que l'augmentation du CO2 accélérerait la croissance, mais on voit que ce n'est pas le cas », résume M. Messier.

L'autre recherche va plus loin sur le plan de la compréhension du phénomène.

Car même si la croissance des arbres n'est pas stimulée par le CO2, les forêts mondiales ont, au net, absorbé plus de CO2 que prévu entre 1998 et 2012, période où le réchauffement climatique a ralenti.

ENCORE LA SÉCHERESSE

Mais ce n'est pas pour les raisons que les scientifiques espéraient.

C'est ce que conclut l'équipe menée par Ashley Ballantyne, de l'Université du Montana, dont la recherche est publiée cette semaine dans Nature Climate Change.

La raison ? Encore la sécheresse. En effet, s'il y a moins d'eau, il y a moins de décomposition dans le sol des forêts. Et la décomposition est principale source de CO2 des écosystèmes forestiers.

L'ennui, c'est que cette tendance pourrait bien être passagère, avec le réchauffement qui est revenu en force en 2015 et 2016, deux années de chaleur record. « Alors que le réchauffement reprend, on s'attend à ce qu'une plus grande part du carbone terrestre retourne dans l'atmosphère », concluent les auteurs.

En effet, explique M. Messier, la méthodologie des deux recherches ne tient pas compte des incendies et des infestations, deux facteurs qui contribuent à renvoyer du carbone dans l'atmosphère.

« C'est sûr que les feux vont augmenter dans les écosystèmes, dit-il. C'est déjà commencé. Les insectes aussi. »




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