La carpe asiatique a envahi le fleuve Saint-Laurent

La carpe des Roseaux... (Photo tirée du site internet du Ministère des forêts de la Faune et des Parcs)

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La carpe des Roseaux

Photo tirée du site internet du Ministère des forêts de la Faune et des Parcs

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L'annonce était redoutée, mais quasi inévitable. C'est maintenant officiel : la carpe asiatique a frayé son chemin jusque dans les cours d'eau du Québec. Elle a fait des ravages dans le Mississippi, a traversé les Grands Lacs, et la voilà chez nous. Les experts sont unanimes : nous avons tout à craindre de sa présence ici.

LA CONFIRMATION

La présence étendue de la carpe asiatique dans les cours d'eau du Québec a été confirmée hier par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Des quatre espèces, seule la carpe de roseau a été détectée dans le fleuve Saint-Laurent et à l'embouchure des rivières Richelieu et Saint-François. Sur 110 échantillons prélevés dans le fleuve, du lac Saint-François jusqu'au lac Saint-Pierre, 16 endroits ont été identifiés positivement. Les analyses menées entre 2015 et 2017 ne permettent pas de savoir combien de poissons ont fait leur chemin jusqu'au Québec, mais les informations recueillies permettent de confirmer hors de tout doute que la carpe de roseau se trouve à ces 16 endroits.

>> Où se trouve-t-elle ? Consultez la carte

4 espèces:

  • la carpe de roseau
  • la carpe à grosse tête
  • la carpe argentée
  • la carpe noire

L'ANALYSE D'ADN

La présence de la carpe asiatique a été scientifiquement confirmée grâce à des analyses d'ADN environnementales effectuées par le Dr Louis Bernatchez et son équipe, en collaboration avec le MFFP, dans le cadre de son Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques.

« Il s'agit de récolter des échantillons d'eau qu'on va conserver sur la glace pour amener au laboratoire. Cette eau-là est filtrée, et l'ADN est prélevé sur les filtres, puis on l'extrait des filtres pour procéder à la détection de l'espèce ciblée », a expliqué Louis Bernatchez, professeur au département de biologie de l'Université Laval et directeur de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques.

« Dans un deuxième temps, on fait une analyse de séquence d'ADN qui est caractéristique de la carpe de roseau et on la compare avec des séquences d'ADN disponibles pour 16 000 espèces de poisson. Dans le cas présent, l'échantillon qu'on devait identifier était parfaitement identique à l'échantillon d'ADN de référence. »

LA CERTITUDE

Cinq éléments permettent aux scientifiques d'affirmer hors de tout doute que les résultats obtenus sont irréfutables.

  • le nombre élevé de détections ;
  • la localisation de ces détections dans des masses d'eau indépendantes ;
  • la récurrence temporelle des détections ;
  • les connaissances scientifiques sur les limites de résistance et de dispersion de l'ADN ;
  • la capture d'une carpe de roseau dans le fleuve Saint-Laurent en mai 2016.

Le 27 mai 2016, deux pêcheurs de Lanoraie ont capturé une carpe de roseau de 64 livres dans leurs filets. Cette découverte avait forcé le MFFP à accélérer la mise en place de son plan d'action pour lutter contre l'espèce envahissante.

D'OÙ VIENT-ELLE ?

La carpe asiatique a été introduite en pisciculture dans le sud des États-Unis dans les années 70. Après des inondations en 1993, elle s'est retrouvée en milieu naturel, notamment dans le Mississippi. Elle a remonté le fleuve jusqu'au nord, à Chicago, où elle a proliféré jusque dans les Grands Lacs.

« Je pense que c'était une question de temps avant que ça déboule dans le Saint-Laurent, au même titre que la moule zébrée et toutes ces autres espèces exotiques envahissantes », affirme Louis Bernatchez, professeur au département de biologie de l'Université Laval.

Les carpes asiatiques affectionnent l'eau courante pour pondre. Elles mangent jusqu'à 20 % de leur poids par jour, et nos herbiers et zones humides sont des endroits de prédilection pour l'espèce, d'autant plus qu'elle n'a ni prédateur, ni compétiteur, ni maladie dans notre environnement.

LE PIRE DES POISSONS

95 % La carpe asiatique connaît un succès de reproduction phénoménal depuis son invasion en milieu naturel : elle peut pondre jusqu'à 5 millions d'oeufs par année. Dans les cours d'eau des États-Unis, le Mississippi ou la rivière Illinois, par exemple, elle occupe plus de la moitié de la biomasse en poisson, parfois même jusqu'à 95 %, selon le Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes, qui sonne l'alarme depuis plusieurs années à propos de l'arrivée imminente de cette espèce dévastatrice pour l'écosystème.

FINI LES APPÂTS DE POISSONS VIVANTS

Le MFFP n'a pas de plan concret pour lutter contre la carpe asiatique. Pour « limiter son introduction et sa propagation », il a annoncé que l'utilisation d'appâts de poissons vivants lors de la pêche hivernale sera interdite à compter de la prochaine saison.

« On parle d'une technique de pêche sportive, comme la pêche blanche. On comprend que les gens sont inquiets, mais la pêche blanche se pratique aussi avec des poissons morts, et on veut maintenir l'utilisation d'appâts morts », a justifié Véronik de la Chenelière, porte-parole du MFFP.

LES PÊCHEURS EN COLÈRE

Pour Jonathan Rondeau, l'un des plus importants acteurs dans l'industrie du poisson d'appât au Québec, cette décision vise la mauvaise cible, en plus d'anéantir une industrie « qui rapporte annuellement 10 millions de retombées économiques » et qui fait travailler les employés d'une « soixantaine de pêcheurs commerciaux et d'une centaine de détaillants ».

« Je suis capable de certifier mes menés à 100 %. Je les trie à la passoire. Il n'y a pas un poisson d'une espèce indésirable qui peut passer. Il est où, le problème ? », se demande le pêcheur de troisième génération.

« Nous, les gros joueurs, on fait notre job comme il faut. Le problème, c'est qu'il y en a qui font ça sur la slice et qui s'en câlissent. Le gouvernement devrait resserrer les normes et encadrer ceux qui n'ont pas d'affaire là », croit-il.

M. Rondeau ajoute que cette interdiction aura des conséquences désastreuses sur l'environnement.

« On pogne 5000 gallons de menés par année. Un gallon, c'est 50 douzaines de menés. Ces menés-là vont tous se retrouver dans les mêmes plans d'eau. Tu enlèves le prédateur principal, nous, on contrôle le cheptel. Il va y avoir des maladies, c'est incroyable. En juillet, les ruisseaux vont être contaminés de menés morts. »

Le regroupement des distributeurs et détaillants de poissons-appâts a mis sur pied une pétition pour conserver la pêche aux poissons-appâts vivants.

Carpe asiatique: revoyez un documentaire de LP+




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