Chaplin's World: le pari gagné d'un Québécois

Yves Durand pose parmi les statues de cire... (Photo Hubert Rioux, collaboration spéciale)

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Yves Durand pose parmi les statues de cire de Charlie Chaplin et de sa femme Oona regardant des films de famille dans le Manoir de Ban.

Photo Hubert Rioux, collaboration spéciale

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HUBERT RIOUX

Collaboration spéciale

La Presse

(CORSIER-SUR-VEVEY, Suisse) Le jour de Noël a marqué le 40anniversaire de la mort de Charlie Chaplin. Celui qui incarnait Charlot fascine encore aujourd'hui, comme en témoigne le succès du Chaplin's World à Corsier-sur-Vevey, en Suisse. Ouvert depuis avril 2016, le musée est établi au Manoir de Ban, là où le cinéaste a vécu les 25 dernières années de sa vie, avec sa femme Oona et leurs huit enfants. Ce projet a été mis en branle par un muséographe québécois et un architecte suisse.

En plus de recréer la vie au manoir au temps des Chaplin, le musée consacre un espace à son oeuvre. Des studios où l'on marche dans de nombreux décors inspirés de ses films et de sa vie. «On a des extraits du film The Kid (1921) qui jouent dans une réplique de la mansarde de son enfance, qui fait 12 mètres carrés. Le kid, au fond, c'est le petit Charlie. C'est un film assez autobiographique», explique le Québécois Yves Durand, l'un des concepteurs du musée.

Les anciens appartements de la famille Chaplin regorgent ainsi de souvenirs de famille. Chaplin sortira peu de sa Suisse adoptive, mais il recevra beaucoup de convives, dont de nombreuses personnalités de l'époque telles que l'acteur Marlon Brando et l'écrivain Truman Capote. «On a recréé la chambre telle qu'elle était le soir de sa mort», souligne Yves Durand. Des scènes de sa vie au manoir passent en boucle dans la pièce, dont l'une tournée quelques mois avant sa mort.

Drôle de hasard: Chaplin est mort un jour qu'il n'appréciait pas particulièrement. «Ce n'était pas son truc. Il trouvait Noël trop commercial», se rappelle son fils Eugène.

Apprécié des familles

En moins de deux ans d'existence, le musée accueille déjà 300 000 visiteurs par année, son objectif initial. Les Suisses francophones ont répondu largement à l'appel. À long terme, l'institution souhaite que les visiteurs étrangers constituent les deux tiers de sa clientèle.

Yves Durand est aussi fier d'avoir gagné son pari sur le public cible. «Un de mes plus grands bonheurs, c'est de voir que le musée a été adopté par les familles et les enfants. Lors du développement du projet, on nous disait que c'était du noir et blanc, que les enfants n'en auraient rien à cirer. Eh bien, non.»

«Charlot, c'est un clown, il marche comme un enfant. Eux entrent en relation avec lui. Ils peuvent visiter la cabane qui tangue, comme dans The Gold Rush [1925]. Ils touchent et s'amusent dans le musée. Il est fait pour ça!» 

Pour l'instant, les familles et les enfants représentent environ 15 % des visiteurs, et les séniors, près de 20 %.

Yves Durand a réalisé de nombreux projets culturels en Europe, comme le musée Archéoforum à Liège, en Belgique. Il travaille sur celui consacré à Chaplin depuis 2000, en compagnie de l'architecte suisse Philippe Meylan. Le groupe Genii Capital, dont l'un des dirigeants a fait fortune avec la plateforme Skype, s'est joint au projet en 2008. 

Le manoir a été acheté à la famille et le projet a pris de l'envergure pour se chiffrer à 60 millions de francs suisses (plus de 76 millions CAN). Le groupe envisage déjà de faire de Chaplin's World une marque de renommée internationale, avec la présentation d'expositions itinérantes et permanentes. Des pourparlers sont en cours avec Hollywood et Bollywood. Des produits dérivés sont aussi en développement et des entreprises du Québec pourraient se joindre à l'aventure.

Un cinéaste d'actualité

Si Chaplin est encore pertinent, c'est que son discours n'est pas éloigné de nos préoccupations, constate Yves Durand. Le cinéaste s'est toujours inspiré des crises sociales de son époque. Il relate la crise migratoire dans The Immigrant (1917), les dérives de l'industrialisation dans Modern Times (1936) et la montée du populisme dans The Great Dictator (1940).

Pour Eugène Chaplin, il va sans dire que son père brille parmi les géants. «Au cinéma, il y a Chaplin, comme il y a Shakespeare en littérature. De plus, ses films muets peuvent passer partout.»




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