Refus de financer le FFM: la SODEC s'explique

La présidente de la SODEC, Monique Simard, a... (Photo: David Boily, La Presse)

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La présidente de la SODEC, Monique Simard, a expliqué hier le geste de son organisme.

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Cinq semaines après l'annonce de la décision de réduire la subvention du Festival des films du monde (FFM) cette année, la présidente de la SODEC, Monique Simard, a rencontré La Presse hier. Selon elle, les problèmes du festival fondé par Serge Losique en 1977 sont nombreux et récurrents.

«Le FFM a déjà reçu plusieurs mises en garde. Sans rien changer. On ne peut pas jeter chaque année l'argent public dans un puits sans fond», lance Monique Simard.

La présidente de la SODEC avance qu'il y a un grave problème de gouvernance au FFM. Et que son conseil d'administration ne fonctionne pas: «Ce n'est pas sérieux, un directeur général qui est aussi président du C.A. de son entreprise», dit-elle. Elle estime aussi que le FFM est «en faillite technique», avec des problèmes importants de créances et de dettes, soutient-elle.

À cela s'ajoutent, selon elle, l'absence de rapport détaillé de sa billetterie, un flou autour de l'impact de son marché de films, une confusion dans les méthodes de calcul de sa fréquentation et de sa couverture médiatique. Sans compter un manque de vision d'avenir et d'action pour assurer la relève de l'événement après le départ de M. Losique, qui a 83 ans. La directrice générale du FFM, Danièle Cauchard, a annoncé, en février dernier, son départ après la prochaine édition.

La SODEC a donc réduit de 125 000$ la subvention qu'elle devait accorder à la 38e édition du Festival des films du monde. Mme Simard précise que le FFM a reçu, l'automne dernier, une avance de 100 000$, décision prise avant qu'elle n'entre en poste, en janvier dernier.

Ce retrait de la SODEC s'ajoute au refus de Téléfilm Canada et de la Ville de Montréal de soutenir l'édition 2014, qui va débuter le 21 août prochain. «On leur demande [au FFM] de faire leurs preuves, de mettre de l'ordre dans leurs finances, puis de revenir nous voir en 2015», a expliqué Mme Simard.

Pourquoi avoir attendu cinq semaines avant de s'expliquer aux médias? «La SODEC n'est pas là pour dévoiler publiquement les problèmes d'un organisme culturel, répond Monique Simard. Ni pour créer ou tuer un festival. La SODEC existe pour soutenir des entreprises culturelles, dont des festivals.»

L'organisation du FFM accuse la SODEC d'avoir contrevenu à la loi en remettant à La Presse des documents d'analyse de demandes de subventions depuis 2010 (critiques envers la gouvernance du FFM). Monique Simard nie formellement avoir divulgué de l'information. Elle affirme que ces documents sont disponibles grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

Pas facile de rencontrer Losique

D'après elle, le FFM a reçu plusieurs avertissements. Et l'organisation a tardé à répondre aux recommandations de la SODEC. Monique Simard sort ses cahiers pour faire la chronologie des rencontres (ou des tentatives de rencontre) avec la direction du FFM depuis février dernier. Elle jure qu'il n'est pas évident de trouver une date pour rencontrer Serge Losique, qu'il n'est pas souvent libre et qu'il a ses exigences.

«Le FFM a annulé unilatéralement une réunion le 22 avril, raconte Monique Simard. On nous a dit que ça ne servait à rien de nous rencontrer, car il allait y avoir un nouveau Conseil des ministres [le lendemain] et que la direction du FFM allait parler directement au ministre.»

Finalement, une rencontre a été fixée au 5 mai, avec les trois bailleurs de fonds.

«On leur a refait les mêmes demandes: plan de redressement, clarification de la question des créances, des méthodes de calcul de l'achalandage, de la question de la relève, etc. On a reçu, fin mai, une lettre avec l'état des créances. C'est tout. On a donc coupé leur subvention. Sans demander qu'ils nous remboursent l'avance de 100 000$.»

Quant au plan soumis, fin juin, par le comité de relance du FFM dirigé par Michel Nadeau, il n'a pas convaincu la SODEC.

«Le FFM affirme vouloir hypothéquer le Cinéma Impérial, mais l'Impérial n'est plus la propriété du FFM, soutient Mme Simard. Il a été transféré à une société, le Centre Cinéma Impérial inc., gérée par Serge Losique et son fils François. De plus, le FFM aurait pu décider l'automne dernier d'hypothéquer la salle pour payer ses dettes. Pourquoi avoir attendu six mois avant de le faire?»

Mouvement perpétuel

N'y a-t-il pas un danger de tuer à petit feu un festival reconnu à l'étranger et qui existe depuis 38 ans?

«Partout sur la planète, les festivals évoluent. Ils se spécialisent et se renouvellent dans leur programmation, répond Monique Simard. Parfois, lorsqu'il y a une grande symbiose entre un fondateur et un événement (pas seulement pour le FFM), le premier agit comme si l'institution lui appartenait. Sans penser à la relève ni à l'avenir.

«Or, le Québec n'a pas les moyens d'être une société statique, poursuit Monique Simard. Nos plus vieilles entreprises culturelles ont 50 ans. On est obligés d'être en mouvement perpétuel. On n'a pas de tradition, comme en France, avec l'Académie ou la Comédie-Française. Je ne veux surtout pas taper sur le travail de nos bâtisseurs, mais, à un moment, il faut passer la main à une autre génération.»

Serge Losique a décliné notre demande d'entrevue. Son directeur des communications, Henry Welsh, explique que «M. Losique ne tient pas à s'embarquer dans la polémique».

Ce dernier nous a aussi renvoyé à une lettre du producteur Rock Demers, publiée sur le site des professionnels de l'audiovisuel (CTVM.info). M. Demers y dénonce avec véhémence la décision de la SODEC et personnalise le débat, estimant «qu'il y a quelqu'un dans les rouages qui est mesquin, revanchard et ignorant.»




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