Ce qu'il ne faut pas dire: le poids des mots et la légèreté de l'être

La comédienne Annick Fontaine et la réalisatrice Marquise... (Photo François Roy, La Presse)

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La comédienne Annick Fontaine et la réalisatrice Marquise Lepage.

Photo François Roy, La Presse

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Ce qu'il ne faut pas dire, plus récent long métrage de fiction de Marquise Lepage (Martha qui vient du froidDes marelles et des petites filles...), est, à plusieurs niveaux, une oeuvre héroïque.

«Ce film est né d'un besoin de dire. Peut-être parce qu'au Québec, on nous a appris à ne pas parler de nos émotions. Moi, j'ai l'impression que plein de gens sont tombés en dépression ou se sont carrément suicidés, parce qu'ils portaient quelque chose en eux», confie Marquise Lepage, qui a mis au monde ce projet filmique avec le soutien d'acteurs et de collaborateurs bénévoles.

Habitée d'un «besoin viscéral de créer», la réalisatrice de métier a fait son film sans argent public, avec en guise de budget ses propres sous et 17 000 $ recueillis grâce à une campagne de sociofinancement sur Indigogo. Nécessité, quand tu nous tiens...

Le jour de notre entretien dans un café de Villeray, quartier qui sert de toile de fond à plusieurs scènes de Ce qu'il ne faut pas dire, Marquise Lepage était accompagnée d'Annick Fontaine, la star de ce film volontairement composé d'une distribution d'acteurs peu connus du grand public.

«Comme le film comporte des clins d'oeil documentaires, je me disais qu'on y croirait davantage si les acteurs n'étaient pas des personnes super connues», explique la réalisatrice, qui a repéré sa muse Annick Fontaine il y a quatre ans, alors que celle-ci se produisait sur les planches du théâtre Prospero. 

«J'ai été épatée de voir à quel point son spectre était large, comment elle pouvait passer de la violence au drame à l'humour.»

Découverte sur les planches

L'époque est au vedettariat et Marquise Lepage a dû répondre aux interrogations de ceux qui ne comprenaient pas pourquoi elle n'avait pas offert le rôle d'Annick à une actrice de renom. 

«Quand j'ai raconté à mes amis comment Marquise m'avait approchée, plusieurs de mes amis m'ont dit: "Hein? Ça se fait encore ça, repérer des acteurs au théâtre?"»

Ce qu'il ne faut pas dire marque d'ailleurs le baptême du grand écran, pour cette jeune actrice de théâtre originaire de Québec, qui rend avec une rafraîchissante authenticité le destin de cette femme en quête d'elle-même. 

Annick est une aventurière sentimentale qui, avec une légèreté débonnaire, un plaisir presque frondeur et un excès de sincérité, multiplie les explorations amoureuses, pour finalement toucher à une catharsis inévitable. 

Un personnage qui colle à la peau d'Annick Fontaine, qui touche à la grâce avec ce rôle de femme blessée à l'enfance, mais qui mène sa barque avec une joie et un humour pleins de vitalité heureuse. Une fuite en avant qui donne des ailes à l'émancipation féminine...

«Je trouve le propos du film intemporel: on n'est pas dans l'univers de Tinder, mais quand même, c'est très actuel, cette prise de pouvoir féminine. Ses amis la regardent aller et lui disent que ça n'a pas de bon sens son affaire. Mais c'est elle qui a le gros bout du bâton! Malgré elle, Annick devient une sorte de Don Juan un peu difficile à attraper...», résume la brune comédienne qui, dans Ce qu'il ne faut pas dire, est entourée de ses amis dans la «vraie vie».

«Plusieurs de ceux qui ont vu le film m'ont dit qu'Annick avait beaucoup de masculin en elle. Même si elle est très féminine et séduisante, on associe surtout aux gars ce droit de vivre la sexualité. Lorsqu'une femme adopte un tel comportement, on trouve ça un peu bizarre et on se dit qu'elle devrait plutôt se caser...», observe Marquise Lepage. 

Féministe? «Je ne le renie pas. Mais je pense qu'il s'agit surtout d'un film universel sur une femme qui aime l'amour, qui aime aimer et qui manque de mots...»

Approche à explorer

Sans amertume et avec une immense dose de courage et de soutien de tous ceux qui ont encouragé financièrement et moralement la création de Ce qu'il ne faut pas dire, Marquise Lepage et ses complices ont mis quatre ans à réaliser ce projet dont la trajectoire est unique, dans le monde du cinéma québécois. Et cette approche pourrait peut-être faire des petits, dans le monde du septième art où la créativité foisonne, où l'équipement devient plus abordable et où l'argent se fait de plus en plus rare.

«C'est très touchant, quand 200 personnes t'envoient de l'argent parce qu'elles croient en ce que tu fais. De mon côté, il était hors de question que je les déçoive. Même si tout ça a été dur, que j'ai fait le film sans le sou, que j'ai même eu à vendre ma maison, je ne me suis jamais sentie aussi libre!»

Ce qu'il ne faut pas dire prendra l'affiche le 29 mai.

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