Critique
Astérix et Obélix au service de Sa Majesté : bon enfant et savoureux
Marc-André Lussier
Oui c'est vrai. Astérix: Mission Cléopâtre trône toujours dans une classe à part au rayon des adaptations cinématographiques des célèbres aventures des irréductibles guerriers gaulois. Cette nostalgie est pourtant vaine. L'illustrateur Albert Uderzo ayant apparemment détesté cet épisode réalisé dans le plus pur esprit des Nuls il y a 10 ans par Alain Chabat, il est certain que ce genre de coup d'éclat ne pourra jamais être répété.
Laurent Tirard, recruté pour concocter cette quatrième mouture «en vrai» au cinéma, l'a bien compris. Son Astérix et Obélix au service de Sa Majesté a juste ce qu'il faut d'irrévérence tranquille pour séduire les spectateurs adultes, mais préserve néanmoins le caractère bon enfant des personnages originaux. Ce faisant, le cinéaste, qui avait déjà transposé avec succès Le petit Nicolas, une autre bande dessinée de René Goscinny, propose l'épisode qui, sans contredit, vient s'inscrire au deuxième rang des plus belles réussites du genre. Ce nouvel opus est en tout cas de loin supérieur à Astérix aux Jeux olympiques, superproduction hybride qui s'est révélée pour le moins décevante.
En se concentrant davantage sur l'étude de moeurs plutôt que sur l'action, Tirard est ainsi plus à même de soigner ses personnages. Regroupant dans son scénario (coécrit avec son complice Grégoire Vigneron) les albums Astérix chez les Bretons et Astérix chez les Normands, le cinéaste joue aussi à fond la carte des différences culturelles. Il jongle avec les clichés de façon savoureuse, et modernise son récit de façon à l'ancrer dans l'air du temps. Ainsi, le jeune Goudurix devient une sorte de barde «hipster» nonchalant (Vincent Lacoste, la révélation des Beaux gosses) à qui Astérix et Obélix - deux hommes qui vivent ensemble avec un petit chien - doivent apprendre les rudiments de la virilité et de la condition masculine. Leur mission sera quelque peu perturbée le jour où débarque dans le village Jolitorax (Guillaume Gallienne) un cousin breton doté d'un drôle d'accent et d'une syntaxe particulière, dépêché par sa souveraine pour chercher du renfort et un peu de magique potion auprès des héros gaulois. Même si la reine des Bretons (Catherine Deneuve) fait preuve de flegme et affiche son sang-froid naturel en toutes circonstances, il reste que l'avancée des armées de César vers cette grosse île où l'on parle à l'envers commence à inquiéter.
Si les effets en relief se révèlent ici plutôt inutiles (sinon superflus), on savourera néanmoins le caractère plus humain auquel s'attarde Tirard dans cette adaptation. En recentrant les deux personnages principaux au coeur de l'histoire, et en explorant leur relation d'amitié, la série retrouve sa pertinence originelle, d'autant qu'Astérix et Obélix sont ici entourés de personnages forts. À cet égard, Valérie Lemercier compose un personnage de chaperonne anglaise tout à fait délirant. Et délicieux.
Édouard Baer apporte une belle élégance au personnage d'Astérix, et Gérard Depardieu, seul lien permanent entre les quatre films, est encore plus touchant qu'à l'habitude. Obélix, c'est lui.
* * * 1/2
Astérix et Obélix au service de Sa Majesté. Comédie réalisée par Laurent Tirard. Avec Édouard Baer, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Vincent Lacoste. 1h49.
Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté: sage comme une image
Éric Moreault
Au service de Sa Majesté avait la difficile tâche de faire oublier l'échec lamentable du tome précédent des aventures des Gaulois, Astérix aux Jeux olympiques (2008). Il y réussit en partie grâce à de bons dialogues, un scénario solide, un humour de situation et en recentrant l'histoire sur les péripéties d'Astérix et Obélix. Mais cette quatrième adaptation cinématographique demeure un film propret, lisse et sage, destiné à plaire à tout le monde et à son père, où on sourit bien plus qu'on ne rit.
Le film de Laurent Tirard (Le petit Nicolas) repose principalement sur l'adaptation (trop) respectueuse d'Astérix chez les Bretons et, dans une moindre mesure, d'Astérix et les Normands. César (savoureux Fabrice Luchini) a décidé d'envahir la Bretagne. La reine Calédonia (Catherine Deneuve) charge Jolitorax (Guillaume Galienne) d'aller quérir un tonneau de potion magique.
Astérix (Edouard Baer) et Obélix (Gérard Depardieu) le raccompagnent, traînant dans leur sillage Goudurix (Vincent Lacoste), le neveu prétentieux d'Abraracourcix. Nos deux héros sont chargés d'en faire un homme, ce qui ne va pas sans mal avec celui qui rêve de devenir un barde.
Edouard Baer est le troisième acteur à interpréter Astérix, une tâche qu'il remplit avec brio en évitant la caricature. Obélix va comme un gant à Gérard Depardieu, grand enfant un peu niais prisonnier d'un corps d'adulte disproportionné. La distribution s'en tire très bien, en général, même si les novices souffrent un peu de la comparaison.
Reste qu'on sent le calcul (et l'argent) dans ce quatrième tome des aventures des Gaulois. On a apporté un soin manifeste aux décors, on a engagé des acteurs dont la seule présence à l'affiche garantit l'intérêt (Deneuve, Luchini, Lemercier...) et soigné les images - il n'y a rien qui défrise. Le film mise aussi sur le fait que les prémisses du récit sont archiconnues, bien qu'on se soit permis certaines libertés dans la transposition.
Notamment dans l'introduction de personnages féminins, qui rehaussent l'aspect humain du film en ajoutant de l'épaisseur psychologique aux personnages principaux - «deux hommes qui vivent ensemble avec un petit chien». Astérix et Obélix s'intéressent aux femmes, soit, mais honnêtement, je doute que ces considérations intéressent les enfants. Même chose pour les références à l'histoire partagée entre la France et l'Angleterre ainsi que les allusions aux différences socioculinaires.
On peut s'interroger aussi sur la pertinence d'introduire les personnages des Vikings dans cette histoire. La greffe prend mal et rend l'histoire saugrenue par moments. Certaines scènes sont artificiellement plaquées et ralentissent le déroulement. Même si leur présence génère l'une des meilleures séquences du film, celle où les guerriers sans peur essaient de voler en se jetant d'une falaise.
C'est d'ailleurs l'un des rares moments où la 3D représente une plus-value. C'est assez rigolo au début pour illustrer les effets de l'absorption de la potion magique, mais ça devient rapidement redondant, puis lassant.
Pour une superproduction au colossal budget, Astérix et Obélix: au service de Sa Majesté s'avère un divertissement passable. Ni plus, ni moins.
* * 1/2
Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté. Genre: comédie. Réalisateur: Laurent Tirard. Acteurs: Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Galienne et Vincent Lacoste. Classement: général. Durée: 1h50.
On aime: la performance des acteurs.
On n'aime pas: le manque d'âme.
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