Les Simone et Trop dans l'oeil de trois «Y»

Marie-Ève Perron et Anne-Élisabeth Bossé dans la première... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Marie-Ève Perron et Anne-Élisabeth Bossé dans la première saison des Simone

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Marie Bernier, Jennifer St-Georges, Véronique Larocque
La Presse

Cet automne, deux séries suivent les péripéties de «milléniales» à ICI Radio-Canada Télé. Les Simone et Trop représentent-elles bien les préoccupations des «jeunes d'aujourd'hui»? Nous avons demandé à trois femmes de la génération Y travaillant à La Presse de donner leurs impressions. Discussion sans prétention entre filles - sur Facebook Messenger, évidemment.

Marie Bernier: Brisons la glace. L'année dernière, Les Simone n'avait été un coup de coeur pour aucune d'entre nous.

Jennifer St-Georges: Non, malheureusement. Je n'y reconnaissais pas les filles de notre génération. Tout cela me paraissait lourd et peu crédible...

Véronique Larocque: Dans les premiers épisodes, c'était comme si les auteurs avaient voulu inclure tout ce qui peut caractériser, de manière très générale, les jeunes de 30 ans: l'attrait pour la métropole, l'absence de désir de fonder une famille rapidement, les relations intimes sans attaches, etc. Mais autant d'éléments en si peu de temps, ça en devenait presque caricatural, avec un côté «la jeunesse expliquée aux baby-boomers».

Jennifer St-Georges: Ça manquait de légèreté et de nuance.

Véronique Larocque: Et il y avait tellement de drames! En espérant que votre vie n'est pas aussi dramatique, les filles!

Marie Bernier: Mais sans drame, il n'y aurait pas beaucoup de séries...

Jennifer St-Georges: Il y avait une volonté de montrer l'importance qu'on accorde à maintenir cette illusion de vie parfaite, ce qui est quand même représentatif... Mais il y avait trop peu de soutien et de transparence dans le trio de filles.

Marie Bernier: Cet aspect du scénario pouvait être frustrant, mais ça a le mérite de présenter des relations d'amitié imparfaites. Ce n'est pas vrai qu'on est toujours 100 % honnête, même avec celle à qui on a offert un collier best friend en deuxième année du primaire (référence très milléniale)!

Jennifer St-Georges: Ha! Ha! C'est vrai!

Marie Bernier: Reste qu'il y a beaucoup de talent dans cette série, et la seconde saison permet de l'apprécier encore mieux. On y a ajouté la légèreté qui vous manquait!

Jennifer St-Georges: Oui, c'est une surprise! Les premiers épisodes se dévorent d'un coup, c'est vraiment drôle, les dialogues sont plus mordants et moins plaqués, tout est plus subtil!

Véronique Larocque: Absolument. Petit bémol, toutefois, sur certains personnages secondaires qui semblent avoir une seule facette (le chum parfait, les parents absents voire méchants, l'ex incapable de passer à autre chose). C'est un point agaçant qui semble ne pas avoir été corrigé dans la seconde saison. Mais cette année, c'est certainement une série à suivre.

Marie Bernier: Dans les nouveaux épisodes, on ne retrouve plus les références à Simone de Beauvoir, qui étaient plutôt décoratives, il faut le dire. Malgré tout, la série peut paraître encore plus féministe à travers la quête des personnages. On parle de soif de savoir, d'ambition, de désir...

Véronique Larocque: Une très bonne idée d'avoir enlevé ces citations. On n'est pas féministe parce qu'on cite Simone de Beauvoir. C'est dans les actions que ça se manifeste.

Marie Bernier: Et comme nous sommes une génération absolument fascinante (cliché de milléniaux narcissiques ici), il y a aussi la série Trop qui s'attarde à des filles de notre âge.

Virginie Fortin et Évelyne Brochu dans Trop.... (Photo fournie par ICI Radio-Canada Télé) - image 2.0

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Virginie Fortin et Évelyne Brochu dans Trop.

Photo fournie par ICI Radio-Canada Télé

Jennifer St-Georges: Ça fait vraiment du bien de voir plusieurs séries qui présentent des personnages plus jeunes; ça manquait à la télé généraliste. Dans le cas de Trop, le ton est beaucoup moins tragique, même si les sujets abordés ne sont pas faciles: frustrations professionnelles, relation amoureuse difficile, maladie mentale. Avec des personnages vraiment attachants, on a envie d'y revenir ou de tout regarder d'un coup! Les personnages masculins aussi sont super intéressants et présents.

Marie Bernier: Absolument. Des personnages masculins qui ne sont pas unidimensionnels, amenez-en! C'est le piège dans lequel tombent parfois les oeuvres destinées principalement à un public féminin. Quoique Trop et Les Simone ont vraiment le potentiel d'attirer un plus large public.

Jennifer St-Georges: Oui, on a là des hommes avec leurs failles et leurs doutes, au-delà des stéréotypes de la masculinité. 

Marie Bernier: Quelqu'un, s'il vous plaît, faites un spin-off avec Emmanuel Schwartz dans son personnage d'artiste prétentieux!

Véronique Larocque: C'est rare qu'on parle aussi ouvertement de la maladie mentale dans une série. Trouvez-vous que le sujet est traité de manière trop légère dans Trop?

Marie Bernier: On reste dans un format de comédie, mais le sujet est abordé avec respect. Il ne s'agit pas que de suivre les ups and downs d'une héroïne un peu fofollle. On aborde plusieurs aspects corollaires à la maladie mentale : la peur du regard des autres, le poids de la maladie pour les proches, l'impact de la médication...

Jennifer St-Georges: Une série comme celle-là peut aider à faire tomber quelques tabous sur la maladie mentale et amorcer des conversations. Mais revenons sur la question de la crédibilité. Trouvez-vous que ces deux séries nous représentent bien?

Marie Bernier: Dans les deux cas, on a affaire à des filles qui ont de l'ambition et qui ne s'en excusent pas, un trait davantage caractéristique de notre génération. Il y a aussi la maternité qui est traitée de façon intéressante dans les deux séries, sans être un élément central. Disons que ç'aurait facilement pu être le cas avec des personnages féminins au tournant de la trentaine... Alors ça fait du bien de voir que tout ne tourne pas autour du ventre des filles!

Jennifer St-Georges: Oui, il y a une représentation variée de choix face à la maternité et pas de jugement sur ces décisions.

Véronique Larocque: Des mamans de 30 ans, est-ce qu'il y en a tant que ça dans nos séries? Sans rien vouloir divulgâcher, on risque de suivre la naissance d'un enfant dans la deuxième saison de Trop. Bien hâte de voir l'impact que ça aura sur les personnages! Mais bon, c'est sûrement mon coeur de maman qui parle...

Marie Bernier: Tant mieux si, dans Trop et Les Simone, les héroïnes avancent et reculent, et n'acceptent plus qu'un seul modèle de relation. Enfin, le but n'est pas: «Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants»!

Véronique Larocque: Bon point, mais pourquoi ne pas aussi présenter au moins un couple qui s'aime, tout simplement? Jusqu'à maintenant, il n'y en a pas dans Les Simone. Les couples stables sont automatiquement plates ou quoi?

Marie Bernier: Non, mais... «Les gens heureux n'ont pas d'histoire»! Ce n'est pas avec ça qu'on fait de la bonne tivi!

Véronique Larocque: On leur souhaite quand même plus de bonheur dans la deuxième saison à ces trois Simone. Mais ce bonheur n'est pas obligé de passer par l'amour, bien entendu!

Marie Bernier: Bien dit. Et en espérant voir un peu plus de diversité dans nos télés! Une valeur chère aux milléniaux que nous sommes, après tout! ;)

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La deuxième saison des Simone est diffusée le mercredi à 21 h 30, à ICI Radio-Canada Télé. Les six premiers épisodes sont offerts dans l'Extra de Tou.TV. Trop est diffusée le lundi, à 19 h 30, à ICI Radio-Canada Télé. La saison complète est offerte dans l'Extra de Tou.TV.




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