Face à la rue: je suis itinérant et j'existe

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Leur présence crée souvent un malaise. Que dire à un itinérant qui nous tend la main ? La plupart d'entre nous vont fuir son regard, au mieux lui tendre un peu de monnaie ou lui dire « désolé » avec une moitié de sourire. Au pire, l'ignorer, faire comme s'il n'existait pas. On n'a pas envie de voir ça. Les préjugés sont tenaces.

Et si on se demandait qui ils sont ? Et pourquoi ils sont là ? Diffusée dès le mardi 2 mai à 21 h sur Moi & cie, la bouleversante série documentaire Face à la rue leur donne un nom, un parcours de vie, leur permet d'exister. Une façon pour nous d'entrer dans leur monde, sans oser pouvoir le faire en personne. Parce que oui, ça peut arriver à n'importe qui. Perte d'emploi, problèmes d'argent, conflits familiaux, toxicomanie, dépression, maladie et bang ! dans la rue. Personne n'est à l'abri.

Instigateur de ce docu-réalité avec Lyne Denault, ancienne patronne de Canal Vie devenue productrice, le comédien Jean-Marie Lapointe agit comme un véritable aimant à leur contact. Tous le reconnaissent quand il vient à leur rencontre et se confient généreusement à lui. Des histoires touchantes, parfois belles mais souvent dures et laides, qui nous ébranlent. Treize épisodes de 30 minutes et autant de thèmes comme l'argent, la santé mentale, la mort. Un des sans-abri rencontrés est hélas mort en cours de tournage. Non, ça ne finit pas toujours bien... Face à la rue n'est pas Donnez au suivant.

L'équipe n'était pas là pour permettre aux itinérants de s'en sortir, mais pour leur donner la parole. La série ne sent pas la charité ; c'est juste la vérité crue.

Des histoires étonnantes

Dans le premier épisode, Jean-Marie Lapointe rencontre une femme de la rue, et une autre qui s'en est sortie. « Ma situation : les deux pieds dans la marde », dit Véronique, 50 ans, pour se définir. Elle vient pourtant d'une bonne famille, a étudié au privé. Un deuil profond, une dépression et la dépendance à la drogue lui ont fait tout perdre. Cette mère d'un fils de 33 ans habite un misérable logement dont la porte d'entrée est une fenêtre. Très bonne pour aider les autres, beaucoup moins quand c'est pour elle-même.

La franchise de Lisette, 56 ans, risque de vous étonner. Cette femme blessée, rejetée par une famille très pieuse qui n'accepte pas son homosexualité, a trouvé refuge dans la drogue et la prostitution. L'organisme La rue des Femmes lui a permis de sortir la tête de l'eau, gère son argent et acquitte ses factures.

Aujourd'hui, Lisette souhaite passer son examen de conduite pour avoir sa propre voiture. Certaines histoires finissent mieux que d'autres.

Qu'en est-il de la famille et des proches de ces personnes dont la vie bascule et qui perdent tout repère ? Le cas de Jonathan, 33 ans, est poignant, dans le deuxième épisode. Sa rencontre avec son père, qu'il n'a pas vu depuis cinq ans, arrache les larmes. Devant nous, un fils accro à la drogue, qui porte les marques d'une vie blessée, et un père désemparé, qui se sent totalement impuissant.

Dans la rue à 17 ans, Vincent achève une longue thérapie 10 ans plus tard, avec la ferme intention de se sortir de la misère. Sa mère, qui l'a vu dépendre de la coke au point de ne plus la reconnaître, l'avait mis dehors, après avoir tout tenté. Aujourd'hui, elle retrouve son fils, le reprend chez elle, et c'est beau à voir.

Faire une différence

La réalisatrice Maude Sabbagh (Code F., Obèse : Changer de vie) souhaite humblement que la série fasse une différence dans le regard que porteront les gens sur les itinérants, ce qui risque d'arriver chez plusieurs. Jean-Marie Lapointe, qui nous avait fait pleurer avec un de ses précédents documentaires, Trisomie 21 : Le défi Pérou, parvient encore à toucher une corde sensible. Rien de faux, juste du vrai.

À côté des Bachelorette Canada et d'autres titres plus légers, Moi & cie a le mérite de proposer des séries documentaires de qualité, comme c'était le cas avec Je suis trans, et maintenant Face à la rue, qui auraient très bien pu se retrouver sur une chaîne comme Télé-Québec. Si vous n'êtes pas abonné à Moi & cie, le premier épisode sera offert gratuitement sur tva.ca durant sept jours, à partir du 25 avril.




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