Drôle de couple: une valeur sûre pour la route

Luc Guérin et Martin Drainville incarnent des colocataires... (photo fournie par le Théâtre du Vieux-Terrebonne)

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Luc Guérin et Martin Drainville incarnent des colocataires que tout oppose dans Drôle de couple.

photo fournie par le Théâtre du Vieux-Terrebonne

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

Le théâtre d'été fait courir les foules. Au volant de sa Toyota Matrix, notre journaliste s'est faufilé dans quelques salles de spectacles à l'extérieur de Montréal, pour critiquer les pièces à l'affiche, décrire l'ambiance, voire le menu compris dans certains forfaits.

On savait bien qu'on ne prenait pas trop de risque en allant voir le remake du vieux classique The Odd Couple de Neil Simon, dans lequel Jack Lemmon et Walter Matthau - deux colocataires aux tempéraments diamétralement opposés - tentaient de cohabiter sans s'entretuer.

Une valeur sûre, donc, qui a élu domicile tout l'été au mythique Vieux-Terrebonne, sous la direction de la comédienne Édith Cochrane (une première pour elle) et mettant en vedette Martin Drainville et Luc Guérin, des habitués de la place (ils sont codirecteurs artistiques et coproducteurs des pièces d'été de ce théâtre, avec Benoît Brière, en plus d'avoir traduit la pièce).

Les quelque 600 sièges étaient occupés lorsque Martin Drainville s'est avancé sur scène pour saluer la foule et la transporter au milieu des années 60, l'époque où se déroule notre histoire. «Le Canadien gagnait la Coupe Stanley, la Régie des rentes et la Caisse de dépôt étaient créées et le français remplaçait le latin à la messe.»

Bonne idée à ce sujet d'adapter le texte à la sauce québécoise, dans les éléments du décor, les expressions et les diverses références (la vue sur le mont Royal par la fenêtre, etc.).

Le rideau se lève sur l'appartement délabré d'Oscar (Luc Guérin), l'adulescent fraîchement divorcé et bordélique qui ne reconnaît même pas son propre fils au téléphone, en pleine partie de poker hebdomadaire avec ses chums (Yves Bélanger, Martin Héroux, Steve Laplante et Stéphane Jacques).

Mais la virile tradition est compromise par l'absence exceptionnelle de Félix (Drainville), qui rate sa première partie en deux ans.

Après une généreuse enfilade de gags de mononcles, d'arthrite et de Pepto-Bismol, le pauvre Félix s'amène enfin, le caquet bas.

Son mariage parfait avec France s'écroule après 16 années de bonheur sans nuage. Sonnés par la nouvelle, les chums de poker craignent le suicide de Félix, un homme tellement docile «qu'il garde même sa ceinture de sécurité au ciné-parc».

L'oiseau blessé est maladroitement réconforté, soulevé de terre et tapoté au visage par ses chums, convaincus qu'il veut en finir dès qu'il se dirige vers la salle de bains ou près de la fenêtre. Une séquence très drôle où Martin Drainville, mou comme une guenille, est désopilant avec son air de chien battu.

Finalement, Oscar héberge son pauvre ami, le temps que les choses se replacent.

Bon flash d'avoir chorégraphié les changements de décor, avec une référence au temps dactylographiée sur un écran géant perché en haut de la scène.

L'histoire reprend donc deux semaines plus tard, dans l'appartement immaculé d'Oscar ET de Félix, où les souliers sont désormais rangés devant la porte et où les sous-verres sont obligatoires pendant les parties de poker.

On réalise rapidement que Félix, obsédé du ménage et hypocondriaque, est invivable et que sa France ne l'a pas flanqué à la porte pour rien.

«Qui a fermé le Purotron?», lance d'un ton réprobateur Félix à ses amis en désignant l'appareil vintage servant à purifier l'air dans la cuisine.

Les gars - le colocataire en tête - sont évidemment sur le bord de péter une sévère coche. «Maurice! Je te donne 200 $ pour ton gun!», implore Oscar à Maurice la police (Yves Bélanger), en proie à des envies de meurtre. «Vous vous le tapez une fois par semaine, moi, je suis 24 heures sur 24 avec Mary Poppins!», se lamente-t-il, à bout de nerfs.

Plutôt que de balancer Félix en bas du septième étage de leur appartement, Oscar propose de passer une soirée avec des femmes, question de se changer un peu les idées.

Et le hasard fait bien les choses puisque les aguichantes soeurs Pigeon - Rose (Sandra Dumaresq) et Violette (Isabelle Brouillette) - habitent le même immeuble.

Vêtues à la mode yé-yé, les lubriques soeurs Pigeon entreprennent la conversation avec un Félix extrêmement coincé, y allant même d'une drague synchronisée pour capter son attention. «Hier soir, il faisait tellement chaud que Violette et moi avons passé la soirée entièrement nues devant la porte ouverte du frigo. Vous pouvez imaginer?», demande naïvement Rose à un Oscar surexcité, qui admet travailler fort pour imaginer la scène.

Le rancard ne fonctionnera pas comme prévu et les deux voisines, expertes dans l'art de rouler des épaules en imitant le roucoulement du pigeon, tomberont sous le charme d'un seul des deux colocataires.

Toutes ces tribulations culmineront évidemment vers un affrontement final entre Oscar et Félix. «C'est fini! Notre mariage est à l'eau!», tranchera le premier en flanquant le pauvre - mais néanmoins détestable - Félix à la porte. Une fois de plus.

Et où pensez-vous qu'il ira trouver du réconfort pour se remettre de ce nouveau rejet?

À la tombée du rideau, le public, spontané, s'est levé d'un bond pour acclamer les comédiens, à commencer par les deux colocataires.

Saluons le travail physique de Martin Drainville qui, par ses mille mimiques, porte littéralement la pièce. 

D'ailleurs, au-delà des propos, ce sont d'abord les pitreries de Drainville qui ont généré le plus de rires du public. C'est du moins l'avis de cette dame de la rangée devant, qui saupoudrait généreusement sa soirée de «y'est fou!» bien sentis.

La chimie entre Drainville et Guérin - qui ont souvent joué ensemble - semble sincère, comme si deux vieux chums se payaient un trip sur scène.

Ajoutons à tout ça des personnages secondaires efficaces (mention spéciale aux soeurs Pigeon et au personnage bourru de Martin Héroux) et une mise en scène originale et achevée.

Bref, une belle soirée de théâtre d'été, comme on s'y attendait.

On a aimé

Ce qui est bien avec le Vieux-Terrebonne, c'est qu'il est entouré de bonnes tables et de pubs, bref, de plusieurs options pour bien commencer ou terminer une virée au théâtre.

On a moins aimé

On crevait dans la salle à notre passage! On monte un peu l'air conditionné, gang! Sinon, le court entracte ne nous a pas donné le temps de nous taper la longue file pour acheter une boisson au comptoir et la boire sans presse. On pourrait augmenter le staff, peut-être?

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