Jacques Parizeau: la culture au coeur du pays

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Jacques Parizeau avait la conviction que la souveraineté ne pouvait être que culturelle, selon le metteur en scène Yves Desgagnés.

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Luc Boulanger
La Presse

La mort de l'ancien premier ministre du Québec, lundi soir, a provoqué une vague d'hommages. On a louangé le visionnaire, l'économiste et le bâtisseur du Québec moderne. Qu'en est-il de l'homme de culture? Réactions d'une douzaine d'acteurs du milieu artistique québécois.

L'ex-chef du Parti québécois était un mélomane, un grand amateur d'opéra et de théâtre. À ses yeux, la culture devait être au coeur du projet souverainiste, car «elle nous permet d'affirmer une fois pour toutes notre langue et notre identité de francophones d'Amérique, pour enfin être nous-mêmes tout simplement», disait-il lors du lancement de la campagne référendaire, à l'été 1995.

Auparavant, en janvier 1995, M. Parizeau s'était attribué le portefeuille de la Culture. Malgré la brièveté de son passage à ce ministère, il a contribué à consolider plusieurs institutions culturelles, avec les réfections du Théâtre du Nouveau Monde, de l'Espace Go et du Théâtre Prospero.

«C'est grâce à lui si on a pu revitaliser le Théâtre du Nouveau Monde, explique sa directrice générale et artistique, Lorraine Pintal. Après plus de 15 ans d'attente, il a débloqué les budgets pour la réalisation de la nouvelle salle, qui a été inaugurée en 1997.»

«Jacques Parizeau a toujours été un grand défenseur des budgets accordés à la culture. Sous son règne, il n'y a pas eu de coupes. Il comprenait parfaitement l'importance des arts dans la société», a déclaré pour sa part Monique Simard, présidente et chef de la direction de la SODEC.

Même son de cloche du côté du metteur en scène Yves Desgagnés, qui a aussi travaillé pour l'ex-première ministre Pauline Marois: «La culture était au coeur du combat de M. Parizeau. Le fait qu'il se soit attribué le ministère de la Culture, en 1994, démontre qu'il avait compris que la souveraineté ne peut être que culturelle! Pour lui, la nécessité d'un pays, l'intérêt d'un Québec souverain, c'est de sauvegarder la culture francophone en Amérique du Nord.»

La société des poètes disparus

À l'émission Bazzo.tv, en octobre 2011, l'animatrice Marie-France Bazzo a demandé à Jacques Parizeau ce dont le Québec avait besoin.

«D'enthousiasme», a-t-il répondu du tac au tac.

«Qu'est-ce qui pourrait rallumer la bougie de l'enthousiasme? a-t-elle poursuivi.

«Les artistes. Les poètes, a affirmé Parizeau. La Révolution tranquille, ça a été l'oeuvre de quatre ministres, d'une vingtaine de fonctionnaires et d'une vingtaine de chansonniers, de poètes.»

«M. Parizeau a toujours reconnu la valeur des artistes, non seulement pour leur apport humain, non tangible, à la société, mais également pour leur apport économique», estime Emmanuel Bilodeau. «Il aura été cet homme brillant, intègre, visionnaire, qui croyait fermement au Québec et en ses capacités de devenir autonome avec succès», dit le comédien qui a incarné René Lévesque en 2006 dans la seconde télésérie sur la vie du regretté politicien. (Patrice Godin jouait M. Parizeau.)

Le comédien et animateur André Robitaille, qui a animé plusieurs spectacles des Artistes pour la souveraineté, en 1995, se rappelle que Jacques Parizeau lui a déjà envoyé «une belle lettre» lorsqu'il a gagné un prix Gémeaux. «Son implication pour la culture, c'est ce qui l'a démarqué», croit-il.

Jacques Parizeau aimait la culture et aussi les jeunes créateurs. À la fin de sa vie, il aimait aller donner des conférences dans les cégeps et prendre le pouls des rêves et des désirs de la génération Y.

Le réalisateur Xavier Dolan, digne représentant de cette génération, se désole de ne pas avoir eu le privilège de connaître l'époque où M. Parizeau était actif sur la scène politique québécoise.

«Une voix importante, éloquente, forte, forte en gueule, souvent, mais forte, vient de s'éteindre. Une voix qui disait de l'idée de souveraineté qu'elle était «le contraire du repli sur soi». Une voix «qui savait dire les mots, les projets, les décrire, les définir...», conclut le cinéaste.

- Avec Hugo Pilon-Larose et Chantal Guy

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