Manchester, d'hier à aujourd'hui

Craig Hill devant le Salford Lads Club, où... (Photo Émilie Côté, La Presse)

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Craig Hill devant le Salford Lads Club, où The Smiths a posé pour la photo de la pochette de l'album The Queen is Dead.

Photo Émilie Côté, La Presse

(MANCHESTER) «La capitale musicale de l'Angleterre», a proclamé Ticketmaster lundi dernier. Manchester compte 7 salles de spectacle par 100 000 habitants et une scène musicale vibrante qui a révélé à la planète Joy Division, The Smiths, The Stone Roses, Elbow, Oasis, The Verve et Everything Everything. Portrait musical de la ville de Morrissey, d'hier à aujourd'hui.

Noel Gallagher a été le roadie de son groupe, Inspiral Carpets. Craig Gill est DJ au mythique club Fac 251, qui appartient à Peter Hook (New Order). Et il organise des visites guidées sur les traces de Joy Division, The Smiths, Oasis et The Stone Roses.

Craig Gill nous donne rendez-vous au Koffee Pot, dans le Northern Quarter, le quartier émergeant de Manchester. «Le groupe Elbow a pris une photo de presse ici il y a quelques jours.»

La visite guidée consacrée aux Smiths doit débuter dans une heure à quelques pas de là, au Dry Bar, ouvert en 1989 par le mythique animateur et imprésario Tony Wilson, fondateur de Factory Records qui a fait l'objet du film 24 Hour Party People.

Fils d'un rockeur de la Beat Generation, Craig Gill gagne sa vie en racontant le passé d'autres groupes, mais le sien, Inspiral Carpets, renaît de ses cendres. «Nous allons lancer notre premier album en 20 ans», nous dit-il en nous tendant un exemplaire.

Selon Craig Gill et une pléiade d'historiens rock, le mythique spectacle des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall en juin 1976 a joué un rôle majeur dans le développement de la scène musicale de Manchester.

Le passé industriel de la ville aussi. «Les anciennes usines ont pu servir de locaux aux groupes et aux compagnies de musique. Joy Division répétait dans un ancien moulin industriel.»

Si trois membres de Joy Division ont décidé de former leur groupe après avoir vu The Sex Pistols en 1976, c'est un spectacle des Smiths qui a convaincu Craig Gill de consacrer sa vie professionnelle à sa batterie. «C'était en 1986, dans le complexe de la Central Railway Station, pendant un événement organisé par Factory Records appelé The Festival of the Tenth Summer [10 ans après le spectacle des Sex Pistols]. New Order avait joué lui aussi», raconte-t-il.

Après ce concert, Gill a rapidement grossi les rangs d'Inspiral Carpets, qui a tourné partout au Royaume-Uni. Puis un contrat avec Mute Records (Depeche Mode, Nick Cave) a permis au groupe de voyager partout dans le monde et d'assurer la première partie d'Interpol en Argentine.

Morosité inspirante

De 1970 à 1990, la morosité économique et le climat de Manchester ont inspiré les jeunes à prendre leurs instruments pour chasser l'ennui. Aujourd'hui, la ville est en pleine effervescence. «Les groupes se connaissent et s'échangent des services», dit Craig Gill.

De quoi rappeler l'éclosion du grunge à Seattle.

Craig Gill a eu l'idée d'organiser des visites guidées alors qu'il était propriétaire d'un magasin de disques et que son groupe prenait une pause. «J'étais tout le temps en train de dire aux clients où trouver tel bar ou telle salle de spectacle. Et je me suis dit: «Si Liverpool fait des visites guidées des Beatles, pourquoi ne pas reprendre l'idée ici?»

«Pour la petite histoire, son ami d'enfance, Noel Gallagher, a raté l'audition pour devenir le chanteur d'Inspiral Carpets. «Mais nous aimions le personnage et sa personnalité. Nous lui donc avons proposé d'être notre roadie, ce qu'il a fait pendant quatre ans.»

Le reste appartient à l'histoire parfois injuste du rock. Inspiral Carpets n'a jamais pu remplir le Centre Bell comme l'a fait Oasis. Aujourd'hui, les membres d'Inspiral Carpets ont de quoi se consoler: non seulement ils s'entendent bien, mais encore ils lancent un nouvel album le 20 octobre.

The Smiths Tour

La Presse a pris part à The Smiths Tour. L'autobus de Craig nous a menés de la maison de Morrissey au Salford Lads Club, où le groupe a pris les photos de la pochette de son album The Queen is Dead. Nous avons marché dans le cimetière qui a inspiré Cemetery Gates et devant la prison à laquelle l'album Strangeways, Here We Come fait référence.

Il suffit de se balader dans les environs du centre-ville pour suivre les traces des groupes mythiques de Manchester. Incontournable: une sortie au bar The Factory (Fac 251). «J'aime l'histoire et l'architecture du bar [et siège social de Factory Records]. Le design a été conçu par Ben Kelly, l'architecte du Haçienda et du Dry Bar. La foule est jeune, mais il faut voir cet endroit», dit avec raison Craig Gill.

D'autres adresses intéressantes: la salle Apollo, le Free Trade Hall et Pretty Green, la boutique de Liam Gallagher.

À défaut d'aller à Manchester, on peut louer les films Control et 24 Hour Party People. Et écouter la musique de tous les groupes issus de cette ville.

Dix groupes marquants

The Hollies

Formé en 1962

The Hollies, dont faisait partie Graham Nash (avant Crosby, Stills&Nash), est le groupe rock britannique qui a vendu le plus d'albums dans les années 60, après les Beatles et les Rolling Stones. Un groupe de pub qui, comme les Beatles, a beaucoup évolué de tube en tube, notamment de I'm Alive à Long Cool Woman in a Black Dress.

The Buzzcocks

Formé en 1976

Nous sommes en plein coeur de l'époque punk des Sex Pistols. À Manchester, The Buzzcocks se fait remarquer avec un premier extrait intitulé Orgasm Addicts, refusé par la BBC. Le paysage musical vient de changer: le rock a soif d'insolence, et la scène indépendante de Manchester s'organise. Près de 40 ans plus tard, The Buzzcocks lancera un nouvel album le 18 novembre.

Joy Division/New Order

Formé en 1976

Pour mieux connaître l'excellent groupe Joy Division, il faut voir le film Control. Avant que le chanteur Ian Curtis mette fin à ses jours en 1980, Peter Hook, Stephen Morris et Bernard Sumner (de New Order) faisaient partie de Joy Division, groupe-phare du mouvement post-punk et cold wave. New Order, qui a signé avec le légendaire Tony Wilson de Factory Records (sujet du film 24 Hour Party People), a marqué l'histoire du rock et influencé les U2 et The Cure. Autre groupe de l'époque digne de mention: Happy Mondays.

The Smiths

Formé en 1982

Il suffit d'entendre la voix haut perchée de Morrissey pour reconnaître l'indie pop mélancolique des Smiths. Pourtant, ce dernier s'est improvisé chanteur. C'est d'abord ses textes ancrés dans la vie quotidienne de Manchester que le guitariste Johnny Marr a remarqués. Le reste appartient à l'histoire. Rough Trade a fait signer un contrat au groupe, dont l'album The Queen Is Dead est considéré comme un classique. Aujourd'hui, Morrissey mène une carrière solo et vit aux États-Unis.

The Stone Roses

Formé en 1983

Figure de proue du mouvement «Madchester» et «Baggy», The Stone Roses allume les foules avec un rock alternatif dansant. À Manchester, le party se passe au mythique club The Haçienda (l'un des premiers à diffuser de la musique électronique, dont celle du groupe local Chemical Brothers). Invité à Top of the Pops, The Stone Roses sort seulement deux albums, mais son influence est marquante. Et des rumeurs de troisième album courent...

Oasis

Formé en 1981

Replongeons-nous dans la belle époque du britpop. Les frères terribles Liam et Noel Gallagher séduisent la planète avec les tubes Supersonic (plus brut) et Wonderwall (plus pop). De 1994 à 1998, c'est l'Oasismania; les médias rapportent les déclarations incendiaires des frères Gallagher et en redemandent. Rappelons également l'excellent groupe The Verve et son troisième album, Urban Hymns, sorti en 1997.

The Courteeners

Formé en 2006

The Courteeners vient de lancer son quatrième album. À plusieurs reprises, le groupe rock de Manchester aux accents pop d'aréna a eu droit à des éloges de Morrissey. En mai 2013, le quatuor a joué à l'extérieur lors du défilé de victoire du club Manchester United. Le groupe prend part activement à la vie culturelle de Manchester.

Everything Everything

Formé en 2007

Groupe art-rock dans la même catégorie que Django Django, Everything Everything a lancé deux albums, dont le premier a été nommé pour le prestigieux prix Mercury. La voix de fausset du chanteur distingue le groupe qui vit toujours à Manchester. En novembre, le quatuor fera une résidence d'une semaine baptisée «Chaos To Order» dans la Manchester Central Library fraîchement rénovée. Du rock à la bibliothèque? Bienvenue à Manchester.

PINS

Formé en 2011

Des filles? Le quatuor PINS a dû revendiquer sa place au sein de la scène musicale de Manchester à forte domination masculine. Plus pop que leurs homologues londoniennes de Savages, les filles de PINS ont été comparées à Elastica et aux groupes féminins de Phil Spector. Associé à la communauté lesbienne, PINS a assuré la première partie de Warpaint. Le groupe sera en spectacle cet octobre... à Vancouver!

Gymnast

Formé en 2012

De l'électro nouveau? Le duo de Manchester Gymnast a lancé hier son premier album. La voix de la chanteuse Cathy Wilcock ressemble à s'y méprendre à celle de Frannie Holder de Random Recipe. Gymnast plaira aux amateurs d'électro minimaliste alt-trip-pop. Autre jeune talent de Manchester à surveiller: Rhodes qui suit les traces de Jeff Buckley.




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