Tosca: «Un véritable thriller psychologique»

Le metteur en scène Andrew Neinaber décrit l'opéra... (Photo André Pichette, La Presse)

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Le metteur en scène Andrew Neinaber décrit l'opéra Tosca comme un thriller psychologique. «Ce n'est pas une grande histoire d'amour comme La traviata ou Turandot», dit-il.

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Comme il y a deux ans, l'Opéra de Montréal amorce sa 38e saison, ce soir, avec une oeuvre de Puccini, en l'occurrence Tosca, mettant en vedette la soprano Melody Moore-Wagner. La Presse en a discuté avec le metteur en scène Andrew Neinaber, qui décrit cette oeuvre comme un thriller psychologique et fait des liens avec l'actualité.

Quelle place l'opéra Tosca a-t-il dans votre travail?

Lorsque j'étudiais pour devenir acteur, c'est le premier opéra dans lequel j'ai joué! J'ai dû travailler sept ou huit fois - dont deux à titre de réalisateur - sur cette oeuvre que j'adore pour sa construction.

C'est un véritable thriller psychologique mettant en scène trois personnes engagées dans une lutte de pouvoir. Et qui se termine par... trois morts! Ce n'est pas une grande histoire d'amour comme La traviata ou Turandot.

Peut-on faire des liens entre l'intrigue et le présent?

En montant la pièce pour l'Opéra de Cincinnati, à l'été 2016, nous étions plongés en pleine élection présidentielle américaine. Si notre version demeure très traditionnelle et dépourvue d'éléments politiques, on peut constater que certains aspects, tels la mégalomanie ou le soutien du pouvoir par l'Église, renvoient à des enjeux contemporains. Tosca se déroule sur une période de 24 heures un jour de juin 1800 à Rome. Le fait de sortir l'opéra de ce contexte me paraît nuisible à l'oeuvre. Je n'ai pas voulu faire passer mes opinions politiques. Mais on peut facilement comprendre que l'appétit de pouvoir et le mauvais usage qu'on peut en faire peuvent avoir des répercussions sur des vies humaines.

Les adaptations de Tosca, y compris au cinéma, sont innombrables. Pourquoi?

Chaque année, Tosca occupe le premier ou le deuxième rang des opéras les plus joués en Amérique du Nord. Tout ce qui fait un grand opéra, on le retrouve dans Tosca: de l'amour, du pouvoir, le meurtre, la perte. On y retrouve trois personnages centraux qui tournent constamment l'un autour de l'autre. L'opéra est très bien construit autour d'une série de duos. Il y a seulement deux scènes de choeur. Ces duos répétés créent beaucoup d'intimité. Et la musique est magnifique!

Cette version a été montée à Cincinnati sous la direction de Jose Maria Condemi, dont vous étiez l'assistant. Vous avez changé des choses quand vous avez pris le relais?

Très peu. Le canevas de base demeure. Toutefois, la distribution est différente et... spectaculaire. Au-delà de leur travail d'interprète, ces chanteurs sont tous des comédiens à part entière. Chacun cherche à approfondir son rôle. Je suis comblé d'avoir la chance de travailler avec ce groupe. Nous sommes en répétition depuis un peu plus de deux semaines et il y a eu beaucoup de discussions autour de passages importants. Par exemple, chacun s'est exprimé sur la réaction qu'il aurait s'il entendait son conjoint se faire torturer dans la pièce d'à côté.

Qu'est-ce que Melody Moore-Wagner, qui avait joué le rôle-titre dans Madama Butterfly ici en 2015, apporte au personnage de Tosca?

Melody est une magnifique actrice. Elle n'a peur de rien, tant sur le plan émotif que sur le plan physique. Je ne veux pas révéler de punch, mais, pour la scène finale, elle comble un de mes grands fantasmes de metteur en scène dans la façon dont elle se laisse tomber vers la mort. C'est terrifiant! Et la majorité des sopranos vont refuser de s'y soumettre. Or, c'est elle-même qui me l'a suggéré. J'étais comblé. Il faut être en confiance! Par ailleurs, elle a travaillé son personnage dans toutes les facettes de son jeu.

À quoi doit-on s'attendre au chapitre de la scénographie?

Dans plusieurs versions de Tosca, l'intérieur de l'église Sant'Andrea della Valle, qu'on voit dans le premier acte, est sombre et caverneux. Alors que la vraie église est lumineuse, dans des teintes de blanc et d'or. C'est magnifique et c'est ce que nous avons voulu recréer. Cette lumière contraste parfaitement avec le côté sombre de l'histoire. Par ailleurs, dans le second acte, qui est pratiquement voué entièrement au duo entre Tosca et Scarpia, nous avons créé un décor anxiogène et étouffant, alors que plusieurs autres productions ont fait tout le contraire.

Dans une entrevue, le directeur de l'Opéra de Cincinnati, Evans Mirageas, a dit que Tosca était une excellente pièce pour s'initier à l'opéra. Partagez-vous cette opinion?

Absolument! C'est un thriller. Le montage est parfait. Ça ne ralentit pas. En deux heures [avec deux entractes], on traverse une histoire excitante où la musique nous emporte.

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À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 16, 19, 21 et 23 septembre

Avec Melody Moore-Wagner (Tosca), Giancarlo Monsalve (Cavradossi) et Gregory Dahl (Scarpia). L'Orchestre Métropolitain et le Choeur de l'Opéra de Montréal sont sous la direction de Giuseppe Grazioli.




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