Yo soy la desintegración: la transmission d'un personnage exigeant

Stéphanie Lessard reprend le rôle créé par Pauline Vaillancourt... (Photo Yves Dubé, fournie par Chants libres)

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Stéphanie Lessard reprend le rôle créé par Pauline Vaillancourt il y a 20 ans dans l'opéra-performance Yo soy la desintegración.

Photo Yves Dubé, fournie par Chants libres

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Caroline Rodgers

Collaboration spéciale

La Presse

Pauline Vaillancourt, directrice de Chants Libres, n'est pas le genre d'artiste à choisir la facilité. C'est peut-être ce qui l'a incitée, il y a 20 ans, à concevoir un opéra-performance solo inspiré du journal intime de la peintre mexicaine Frida Kahlo. Deux décennies plus tard, la soprano Stéphanie Lessard reprend le flambeau de Yo soy la desintegración.

À l'origine, Pauline Vaillancourt chantait elle-même dans l'opéra qu'elle avait mis en scène, s'imposant une épreuve physique épuisante, car tout le spectacle repose sur les épaules de son unique interprète.

«À l'époque, j'ai fait le plan de base de l'opéra, puis j'ai commandé la musique au compositeur Jean Piché et le livret à Yan Muckle, mon fils. J'ai reçu une bourse pour aller au Mexique et j'avais accès quand je voulais à la maison et à l'impressionnant jardin de Frida Kahlo. À mesure que Jean et Yan concevaient l'opéra, ils m'envoyaient ce qu'ils avaient fait et je faisais la mise en scène en m'intégrant dans l'oeuvre. J'ai aussi travaillé de près avec l'artiste vénézuélienne Anita Pantin, qui a conçu le visuel de l'opéra.»

Toutefois, si Yo soy la desintegración s'inspire de Frida Kahlo, ce n'est pas vraiment elle que la chanteuse incarne sur scène.

«Je ne voulais pas la mettre en scène ni lui ressembler. Ce n'était pas sa vie, mais l'intérieur de son journal intime, une oeuvre nouvelle influencée par ses écrits et ses réflexions. On la reconnaît, car forcément, on parle de l'accident qui a causé ses blessures, on parle de son avortement, on parle de l'homme de sa vie, Diego Rivera, sans le nommer. On parle de ses souffrances, de son deuil d'enfanter.»

La même recette au goût du jour

La fondatrice de Chants Libres, qui mène la compagnie de création d'opéras contre vents et marées depuis 1990, tenait à refaire ce spectacle pour ses 20 ans. La production intimiste reste sensiblement la même que l'originale, avec quelques mises à jour dans la scénographie.

«Yo soy la desintegración a été l'une des productions qui a le mieux réussi à atteindre ce que je voulais faire avec Chants Libres, c'est-à-dire intégrer tous les artistes dans un tout.»

Pauline Vaillancourt, directrice de Chants Libres, et la soprano... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 2.0

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Pauline Vaillancourt, directrice de Chants Libres, et la soprano Stéphanie Lessard

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Pour reprendre le rôle principal, elle a fait appel à la soprano Stéphanie Lessard, diplômée du Conservatoire de musique de Montréal, qu'elle qualifie de courageuse pour avoir accepté de relever ce défi, qui ne porte pas le titre de «performance» pour rien.

«C'est très aigu et difficile à chanter, dit Stéphanie Lessard. La mise en scène est très physique, comme tout ce que fait Pauline, et il faut tenir le coup pendant une heure. C'est un défi pour une interprète, et c'est le plus gros défi que j'ai eu à relever. Pour moi, les chanteurs sont des athlètes de la voix. Tu te dois d'être en forme, et je suis sportive. C'est une discipline et ma philosophie du chant. Heureusement que je suis entraînée, car il y a des postures difficiles. La musique s'est intégrée dans mon corps.»

Aller plus loin

Pour en venir à bout, les deux artistes ont travaillé ensemble pendant près de neuf mois.

«Il faut que le corps assimile l'oeuvre, car c'est de la musique contemporaine avec une bande électromagnétique, dit Pauline Vaillancourt. On ne peut pas compter les temps, il faut tout retenir. La chanteuse ne peut pas se permettre une seconde de retard. On n'a pas non plus une foule d'enregistrements auxquels se référer. Le seul qui existe, c'est le mien. Quand je l'ai créé, j'ai été difficile avec moi. Je faisais des expériences sur moi-même. C'est en le passant à une autre artiste que je me rends compte à quel point j'étais dure avec moi-même.»

Pour intégrer son rôle et la partition, Stéphanie Lessard a dû se dépasser.

«J'aime travailler dans le plaisir et je savais qu'en acceptant de faire cela, je devrais faire preuve d'ouverture, dit Stéphanie Lessard. On va jouer dans des zones d'inconfort, dans la vulnérabilité, parfois ça ne fonctionne pas, mais on a eu du temps, et Pauline savait par quelles étapes je passais, elle l'avait vécu elle-même.»

«Elle va plus loin, car on espère toujours aller plus loin, c'est aussi pour cela que l'on reprend une oeuvre, dit Pauline Vaillancourt. C'est son interprétation, avec sa voix et une autre énergie.»

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À la Cinquième Salle de la Place des Arts, les 5 et 6 mai à 20 h, puis le 7 mai à 16 h.




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