Piers Faccini: l'importance de la mémoire

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« Je ne veux pas non plus devenir un protest singer », lance Piers Faccini au bout du fil depuis sa maison des Cévennes où vit depuis 2005 l'auteur-compositeur-interprète britannique aux racines italiennes et russes, qui s'amène au Québec donner cinq concerts.

Oui, I Dreamed an Island, son sixième album, paru en 2016, est d'une actualité brûlante, avec une chanson comme Bring Down the Wall faite sur mesure pour une époque qui a vu se succéder le Brexit et l'élection de Donald Trump. Mais comme l'indique son titre, ce très beau disque est une utopie qui lui a été inspirée par la société multiculturelle et pacifiste du royaume normand de Sicile du XIIsiècle.

Loin de lui l'idée de subordonner sa musique à l'actualité politique, mais il est des moments où les artistes doivent prendre la parole, croit-il. À leur manière.

« Je me sentais obligé de raconter une histoire parce que je me rends compte tous les jours de l'importance de la mémoire. Si on oublie d'où on vient et ce qu'on a fait ensemble, la division, la haine et la crainte de l'autre vont s'accélérer. »

- Piers Faccini

« I Dreamed an Island est à la fois imaginé et historique, une sorte de manifeste, un contre-argument pour les Trump, Marine Le Pen et plein d'autres qui ne veulent pas entendre les voix de l'histoire, poursuit le musicien. Ce travail de mémoire est absolument primordial. »

La bouille de Trump a d'ailleurs failli se retrouver dans le vidéoclip de Bring Down the Wall, mais Faccini a changé d'idée au montage.

« Au début, je citais un peu Monty Python avec une espèce de grande gueule qui court et qui mange les migrants sur leur bateau. Mais c'était avant l'élection américaine et je me suis dit que Trump n'allait pas gagner, donc je ne voulais pas qu'un an plus tard, on se demande ce qu'il faisait là. Bon, il a gagné, mais je préfère ne pas l'avoir mis. »

LE CRI UNIVERSEL

C'est le même Faccini dont la chanson Drone n'évoque pas un bombardement précis en Syrie, mais s'intéresse davantage aux victimes collatérales de ces frappes qui visent des terroristes.

« C'est toujours très délicat parce que je me demande si j'ai le droit de chanter l'histoire de quelqu'un d'autre, avoue-t-il. Mais il me semble que le jour où ce qui ne vient pas de notre propre expérience devient hors limite, on perd une sorte de cri universel qui devrait exister avant tout dans la chanson. »

Oiseau, la chanson la plus collée à un événement précis - les attentats du 13 novembre 2015 à Paris -, est, de l'aveu de son auteur, l'une des plus poétiques de l'album. Faccini, qui se trouvait alors en Tunisie, a senti le besoin de l'écrire, lui dont le pied-à-terre parisien, rue Bichat, est à deux portes de la première tuerie de cette soirée funeste.

« Dans la poésie, il y a aussi cette volonté de regarder ce qui nous arrive, ce qui se passe aujourd'hui, et je pense que c'est très important, affirme-t-il. On touche les gens par le chant, la mélodie et le mystère de la musique, et on peut aussi glisser quelque chose qui rappelle d'où ça vient. 

« La culture, comme les inventions et les avancées de l'humanité, a fleuri pendant des moments de lumière. En temps de guerre, personne n'a le temps de développer un nouveau langage musical ou d'étudier la philosophie. Ces moments de l'histoire comme Al-Andalus en Espagne, la Sicile normande ou la Renaissance italienne, ont créé une floraison extraordinaire, culturelle et intellectuelle, qui était le fruit de rencontres multiculturelles de personnes différentes qui apprenaient les unes des autres. »

« Cet enfermement que voudraient des gens comme Trump ou Le Pen et que symbolise un événement comme le Brexit est non seulement contre l'humanité, mais vraiment contre la culture. »

- Piers Faccini

COHEN, LE MODÈLE

Piers Faccini est un artiste occupé. Quand il n'enregistre pas ses propres disques, il collabore avec d'autres musiciens comme son ami Vincent Segal ou encore avec de nouvelles voix qu'il a recrutées pour son label Beating Drum. 

Depuis 2011, il organise, bon an, mal an, une série de concerts estivaux dans des chapelles romanes de sa région, auxquels participent ses amis musiciens. Et il s'apprête à lancer chez Actes Sud un livre-disque intitulé La plus belle des berceuses, un conte qu'il a écrit et illustré et pour lequel il a composé une pièce instrumentale et cinq chansons qui sont interprétées par lui et deux chanteuses, une Guinéenne et une Française.

« Souvent, j'écris des chansons, je les enregistre et je les oublie, dit également l'artiste en parlant de You Never Left, une chanson qu'il a écrite il y a quelques années en guise d'hommage personnel à Leonard Cohen et qu'il a commercialisée en 2013 à l'occasion du Record Store Day.

« [Cohen], c'est celui qui, en songwriting, me touche le plus et dont je me sens le plus proche, ajoute-t-il. Mais je ne l'ai jamais jouée live. »

Peut-être en réservera-t-il la primeur à ses fans québécois ?

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Au Boquébière (Sherbrooke) le 28 octobre, à l'Astral (Montréal) le 29 octobre, au Cercle (Québec) le 1er novembre, à la maison de la culture Francis-Brisson (Shawinigan) le 2 novembre et au Théâtre du Vieux-Terrebonne le 3 novembre




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