Suuns: rock, tripes et caboche

L'album Hold/Still serait en fait plus instinctif que... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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L'album Hold/Still serait en fait plus instinctif que ne le laisserait croire une écoute superficielle. La cohésion esthétique n'en demeure pas moins conforme à la facture avant-rock de Suuns, si l'on se réfère aux albums précédents de la formation montréalaise.

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Hold/Still, troisième opus de Suuns qui sera lancé vendredi sous étiquette Secret City Records (Secretly Canadian chez les voisins du Sud), porte les signes apparents d'une approche conceptuelle, cérébrale, aux frontières de l'abstraction. Les tempos y sont moyens ou lents, les ambiances électro-rock y sont lourdes, les textures aussi étranges qu'inhabituelles, les plafonds très bas, les ciels variant du bleu métallique au gris foncé.

Rien n'était prévu en ce sens, assure Ben Shemie, chanteur, parolier et guitariste de Suuns. Hold/Still serait en fait plus instinctif que ne le laisserait croire une écoute superficielle. La cohésion esthétique n'en demeure pas moins conforme à la facture avant-rock de Suuns, si l'on se réfère aux albums précédents de la formation montréalaise - Zeroes QC (2010) et Images du Futur (2013), sans compter celui créé l'an dernier de concert avec Radwan Moumneh, alias Jerusalem in My Heart.

Joseph Yarmush, guitariste de Suuns, préfère résumer l'approche du groupe ainsi: 

«Nous travaillons souvent de manière minimaliste: notre jeu est épuré, il s'agit de gommer tout ce qui n'est pas absolument nécessaire. L'instrumentation reste aussi très simple. Aux guitares, Ben et moi n'utilisons pas un maximum de pédales. Liam [O'Neill] use d'une boîte à rythmes plutôt rudimentaire, qu'il déclenche lorsqu'il joue de la batterie. Max [Henry] choisit quelques synthétiseurs analogiques et numériques...»

Hold/Still serait donc la suite naturelle des choses.

«Par rapport à ce qu'on faisait, ce n'est pas une coupure importante. C'est juste plus succinct. Les décisions prises en studio ont été claires et franches. Nous n'avons rien enrobé de sucre par la suite», affirme Ben Shemie.

Un réalisateur émérite

En mai 2015, les musiciens de Suuns ont passé trois semaines à Dallas, où se trouve le studio Elmwood Recording de John Congleton. Autrefois apprenti du renommé Steve Albini, ce réalisateur texan n'est pas n'importe qui. En témoigne son impressionnant curriculum vitae: St. Vincent, Swans, Sigur Rós, War on Drugs, David Byrne, Chelsea Wolfe, Brian Wilson, pour ne nommer que ceux-là.

«La vision de John est la suivante: il enregistre ce qu'il entend en une ou deux prises de son, il ne corrige rien ou si peu, explique Ben. Exception faite des parties vocales, les musiciens jouent ensemble en studio et John préfère conserver les défauts apparents d'une exécution bien sentie plutôt que d'en sacrifier l'ambiance et l'esprit. De retour à Montréal, nous avons enregistré quatre autres morceaux aux Breakglass Studios avec Dave Smith. John a ensuite mixé le tout à distance.»

«Nous avons enregistré 17 chansons en tout et nous en avons conservé 11.»

Le chanteur signale que certains titres n'ont pas été composés récemment.

«Translate, par exemple, est une de nos premières chansons en tant que groupe. Des titres comme Resistance, Paralyzer ou Instrument ont été joués sur scène pendant un moment, mais ne trouvaient pas leur place en studio. Nous avons enfin été satisfaits de leurs enregistrements récents.»

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Hold/Still, de Suuns

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Le religieux et le sexuel

Si les notes sont moins abondantes sur Hold/Still, c'est le contraire pour les mots, souligne le parolier de Suuns.

«Sans le vouloir, j'ai écrit plus de texte que d'habitude. Par conséquent, j'y chante davantage que dans les autres albums, et l'on trouve moins de longues parties instrumentales.»

Lorsqu'on lui demande de décrire le projet poétique de l'album, Ben Shemie en dégage deux axes principaux.

«Le premier s'inspire du religieux, sans l'être pour autant. Je parle plutôt d'une esthétique du texte religieux; je vois ces liens bibliques comme des évocations. Par exemple, j'avais été frappé par cette phrase dans une église de Liverpool: "I felt you and I knew you loved me." Ce fut un point de départ pour le texte de la chanson Nobody Can Save Me Now.

«L'autre axe est sexuel, et il est dissimulé dans plusieurs chansons. Prenez Mortise and Tenon: elle véhicule un double sens, dont l'un renvoie à la sexualité. Dans plusieurs chansons, les thématiques religieuses et sexuelles peuvent se croiser. J'ai trouvé intéressant d'en faire usage, car ce sont des thématiques universelles qui laissent une grande place à l'interprétation.»

Malgré tout, Hold/Still demeure un album de rock, conclut Ben Shemie.

«Nous continuons à évoluer dans ce genre musical. Notre travail est lié à une énergie et à une tradition rock. En ce sens, nous en respectons les conventions, même si nos ambitions peuvent sembler plus conceptuelles. Il faut que ça groove.»

Rock, tripes, caboche...

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À La Tulipe le 20 avril. 

ROCK EXPÉRIMENTAL. Hold/Still. Suuns. Secret City Records. Sortie le 15 avril.

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