Le phénomène WondaGurl

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«Bientôt, Toronto sera Los Angeles», lance WondaGurl. WondaGurl, née Ebony Oshunrinde, doit souvent aller aux États-Unis. Surtout depuis que ses beats figurent sur des chansons de Travis Scott, Jay Z et Drake.

Or, à 19 ans, elle est toujours mineure sur le territoire américain. «Pas grave, je ne sors pas», lance-t-elle.

Ebony Oshunrinde n'a jamais eu à travailler en dehors de la musique. Elle gagne sa vie en créant des rythmes. Comme plusieurs jeunes producteurs de Toronto, elle a tout appris par elle-même dans le sous-sol de ses parents, à Brampton, en banlieue de Toronto.

La jeune femme s'est fait connaître grâce aux réseaux sociaux et à l'événement Battle of The Beat Makers. «Je n'étais pas dans la scène torontoise... J'étais juste dans ma maison», lance-t-elle.

Le concours qui change tout

Aujourd'hui, Ebony Oshunrinde jouit d'une grande popularité dans son milieu. Mais elle n'aime pas voyager et elle est de nature solitaire. Son truc: créer son propre son.

L'instrument de la jeune femme: un ordinateur. Elle avait 12 ans quand elle s'est mise sérieusement à la production de rythmes et de mélodies instrumentales en s'inspirant de ses modèles de l'époque, Timbaland et Ryan Leslie.

Petit à petit, la jeune Ebony a commencé à mettre des trucs en ligne, sur SoundClick, YouTube et SoundCloud.

Le concours Battle of the Beat Makers l'a propulsée sous les projecteurs. Elle a atteint les demi-finales en 2011, puis a remporté les grands honneurs en 2012, à l'âge de 15 ans. «Tout a commencé là-bas. J'y ai rencontré mon imprésario. Puis j'ai pu participer au Remix Project.»

Ebony a alors fait la rencontre du grand producteur Boi-1da (prononcez «Boy wonder»), son mentor et celui à qui elle doit son nom d'artiste, WondaGurl.

La créatrice s'est ensuite fait remarquer par Travis Scott, puis par Jay Z (à 16 ans!) qui a retenu ses services pour la chanson Crown de son album Magna Carta Holy Grail. C'est par l'entremise d'Instagram qu'elle a convaincu Drake de rapper sur l'air qui a servi à la chanson Used To de la star torontoise.

WondaGurl a aussi participé à la chanson de Rihanna Bitch Better Have My Money. De Toronto, elle a collaboré avec Sean Leon et le défunt rappeur Redway, mort l'été dernier dans un accident de voiture. «Il était mon frère. Je le connaissais depuis longtemps.»

Elle admire par ailleurs le travail du Montréalais Kaytranada, qui a signé avec XL Recordings. «C'est le meilleur, lance-t-elle. Je ne l'ai jamais rencontré, mais on se suit sur Twitter.»

Eestbound, venu des Pays-Bas

C'est par ailleurs sur Twitter que WondaGurl a recruté Eestbound, un jeune beatmaker qui vit comme elle dans la banlieue de Brampton.

Bryan van Mierlo, alias Eestbound, a 19 ans. Sa famille a déménagé des Pays-Bas au Canada en 2011. Comme WondaGurl, il répète l'expression «It's dope» («c'est de la drogue») quand il parle de bonne musique.

Bryan jouait de la guitare et du piano, mais sans plus. Pour tuer le temps, il s'est mis à composer des musiques sur son iPhone avec l'application GarageBand.

Impressionné par un air hip-hop, un ami l'a incité à s'y mettre sérieusement. C'est arrivé quand Bryan a reçu un ordinateur portable sur lequel il a installé le logiciel FL Studio. «J'ai commencé à reproduire des beats puis à en créer», raconte-t-il.

Bryan a fait un stage dans un studio de Brampton. Peu après, il a joint WondaGurl sur Twitter. En septembre dernier, les deux acolytes ont créé une musique qui, deux semaines plus tard, était celle du tube Antidote de Travis Scott (le clip a été vu 72 millions de fois sur YouTube).

«Cela m'a permis de m'établir, de faire des contacts et de comprendre la business», explique Eestbound.

Eestbound a un projet personnel intitulé EMP avec deux autres musiciens. Il en parle avec un immense enthousiasme. Il veut profiter des circonstances sans précipiter les choses. «Toronto est en ébullition. Les gens veulent que Toronto soit hot

De nouvelles règles

WondaGurl et Eestbound illustrent à quel point les jeunes beatmakers peuvent briller et se faire connaître par les réseaux sociaux. La demande de rythmes qui font mouche est forte à l'ère des singles vendus à la pièce.

Plus de cinq beatmakers peuvent contribuer à une chanson de Rihanna ou de The Weeknd (souvent sans en rencontrer l'interprète).

Si autant de jeunes inconnus ont du succès à faire des beats dans le sous-sol de leurs parents, c'est parce que les méthodes d'enregistrement se sont démocratisées. «Avant, il te fallait tout un équipement pour composer des beats. Aujourd'hui, il te faut seulement un logiciel», indique Clifton Reddick, fondateur du concours Battle of the Beat Makers.

«La plupart des beatmakers ne savent pas ce qu'est un sol mineur et un accord en do.» À défaut de lire la musique, ils ont le rythme dans le sang. «WondaGurl a une oreille incroyable», souligne-t-il.

Clifton Reddick a lancé Battle of the Beat Makers en 2005. Son événement a révélé des beatmakers torontois influents, dont Boi-1da, T-Minus, Arthur McArthur et Sevn Thomas, «à une époque qui n'a rien à voir avec celle d'aujourd'hui», lance-t-il.

«À l'époque, on voulait être reconnus par les États-Unis. Aujourd'hui, des gens viennent ici pour être reconnus, dit Clifton Reddick. Je n'aurais jamais pu prévoir ce changement de garde. Toronto a explosé.»

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