Foxtrott par la grande porte

Depuis sa petite enfance, la musique trotte dans la tête de cette renarde... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

Agrandir

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Depuis sa petite enfance, la musique trotte dans la tête de cette renarde rusée. Le chemin parcouru depuis est plus qu'éloquent: son premier album, A Taller Us, vient d'être lancé sur le label One Little Indian. Ce n'est pas rien: ce label britannique est celui auquel Björk est associée depuis les débuts de sa carrière. À 30 ans, Foxtrott accède à la pop indépendante mondiale par la grande porte.

Marie-Hélène L. Delorme, que ses amis ont naguère surnommée Fox et dont le «trott» du nom d'artiste évoque la fonction «foxtrot» de plusieurs claviers qu'elle utilise, est un cas typique d'élève en musique classique ayant décroché pour des raisons typiques.

«J'avais du mal avec ce milieu, je n'en aimais pas la pression, je me sentais jugée. Progressivement, j'ai perdu le plaisir de jouer cette musique très axée sur la haute performance. Je n'avais pas la personnalité pour ça et... j'étais plus attirée par la pop.»

Par pop, Marie-Hélène désigne les courants populaires et l'usage de la forme chanson, soit le refrain accrocheur et une progression harmonique à la portée de tous.

Le choix de l'anglais

Étudiante en cinéma, elle a bien gagné sa vie sur des tournages jusqu'à ce qu'elle réalise que cette vie ne correspondait pas à ses aspirations. «Secrètement, je créais des chansons dans mon appartement, avec mon équipement.»

Elle a commencé par rendre publics des remix inspirés, notamment celui de la chanson Rue Ontario signée Bernard Adamus. Après quoi...

«Il y a cinq ans, je me suis décidée à faire mes chansons. En anglais? L'esthétique de la chose imposait ça... Depuis l'adolescence, la moitié de mes amis sont anglos, je suis dans le Montréal total... Au début de cette démarche, cependant, j'étais très timide, incapable de faire connaître mon travail.»

Un jour, Marie-Hélène a osé faire écouter une première chanson de son cru à un ami qui l'a encouragée à poursuivre. Elle en a fait une deuxième, puis a fini par réaliser un maxi de trois titres qu'elle a mis en ligne sur Bandcamp.

«J'ai commencé à jouer devant public, petit peu par petit peu - d'abord en solo, puis avec une corniste et un batteur.»

Un opus très personnel

Marie-Hélène qualifie de «très personnel» cet opus intitulé A Taller Us: «J'y évoque mes relations, ma famille, mes perceptions, mon univers spirituel (je médite quotidiennement). Ma jeune vingtaine se trouve dans cet album, tout ce qu'il y a à dire de ma vie pendant cette période.»

Le réalisateur canadien de réputation mondiale Damian Taylor a mixé sa musique, enregistré sa voix.

«Je lui ai fait parvenir un petit mot avec mes trois premières chansons, certaine qu'il ne me répondrait jamais, et... il m'a contactée le lendemain! Tout au long de la création de mon album, il a été extraordinaire! Il n'a rien voulu teinter, il n'a rien voulu réaliser et m'a ainsi aidée à prendre confiance en moi.»

Sa nouvelle carrière semble reposer sur de solides assises, A Taller Us étant soutenu par l'étiquette One Little Indian. Marie-Hélène raconte cette association idéale:

«Quand j'ai terminé l'album il y a deux ans, j'ai donné un spectacle à New York. Plusieurs représentants de labels étaient présents, dont celui de One Little Indian. Et c'est lui qui a cliqué le plus fort. C'est le label de Björk, mais ça reste petit, très indépendant, tout en pouvant compter sur un excellent réseau de distribution à travers le monde.

«J'ai aussi signé parce qu'on me laisse l'entière liberté. J'ai de la chance, car je réagirais très mal à un label qui se met le nez dans mes affaires. Ainsi, One Little Indian m'aide à faire connaître ma musique et participe financièrement à mes tournées. Puisque je n'ai pas la folie des grandeurs, je pense qu'il y a moyen de faire mon chemin.»

Sans qu'on l'aborde directement, la question du «en tant que femme musicienne et réalisatrice» vient sur le tapis. À ce titre, Marie-Hélène ne cache pas son agacement:

«On ne compare pas ces dizaines voire ces centaines de producteurs mâles qui s'habillent pareil et qui ont la même photo de presse. Moi, on en vient même à me comparer à Lorde! On me demande comment je me sens par rapport aux autres filles qui font de la pop sur fond électronique. Je suis une fille qui fait de la musique et qui réalise sa musique, que veux-tu que je dise de plus? C'est vrai, les femmes réalisatrices dans la pop, il y en a très peu. On en trouve davantage dans les niches de l'électro. Et moi, ça me motive à continuer.»

____________________________________________________________________________

POP ALTERNATIVE. Foxtrott. A Taller Us. One Little Indian.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer