Lou Doillon: avancer, décider, s'assumer

La chanteuse française Lou Doillon est venue à... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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La chanteuse française Lou Doillon est venue à Montréal pour confier la réalisation de son deuxième album à Taylor Kirk, de Timber Timbre.

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Lou Doillon a connu un grand succès populaire avec son premier album, Places, sans l'appui des radios. Elle en a vendu 30 000 exemplaires au Québec et 300 000 en France. C'est énorme. La chanteuse a donc surpris le Montréalais Taylor Kirk, leader du groupe Timber Timbre, quand elle l'a appelé pour lui confier la réalisation de Lay Low, qui sort demain. Retour sur les événements.

Imaginez la situation. Taylor Kirk, chanteur du groupe montréalais Timber Timbre - connu dans des cercles plutôt fins de mélomanes - reçoit un appel de Lou Doillon, fille de Jane Birkin et soeur de Charlotte Gainsbourg. Il ne l'a jamais rencontrée et elle lui dit quelque chose comme: «J'adore ta musique et je voudrais que tu réalises mon album.»

«J'ai traversé le monde pour travailler avec lui, nous lance Lou Doillon, huit mois plus tard, dans un hôtel montréalais. J'étais convaincue que nos deux univers allaient marcher ensemble. Il finissait sa tournée, n'avait jamais réalisé d'album et ne comprenait pas pourquoi je voulais travailler avec lui.»

Mais voilà: la chanteuse a déstabilisé Taylor Kirk. «Il m'a dit que c'était compliqué et impossible, et que sa seule disponibilité était entre Noël et le Nouvel An. Il pensait sans doute que j'allais refuser, car j'avais un enfant, mais je lui ai dit: d'accord.»

Trois semaines plus tard, Lou Doillon débarquait à l'aéroport Trudeau, seule, en plein temps des Fêtes.

Dans les mois précédents, Lou Doillon avait tenté de collaborer avec d'autres réalisateurs. «Je n'arrivais pas à avoir le son que je voulais.»

Les labels de Lou Doillon et Taylor Kirk lui ont tous deux fait savoir qu'elle était folle de vouloir travailler avec le chanteur d'un groupe indépendant de Montréal. «Je ne voulais pas faire Places 2, même si c'était réconfortant», explique Lou Doillon.

Taylor Kirk a été dur à apprivoiser en studio, mais il avait ce que Lou Doillon recherchait. «Dès le premier jour, nous avons tout fait en live. Je chantais et j'ai senti dans mon corps que cela allait être bon», se remémore-t-elle.

Au total, il y a eu trois séances d'enregistrement à Montréal. À la première, l'apprenti réalisateur avait sélectionné les compositions de Lou qui lui plaisaient le plus. Son côté «farouche» contrastait avec le tempérament plus doux de ses musiciens Mathieu Charbonneau et Simon Trottier, raconte Lou Doillon. «Nous étions tous là dans cette situation bizarre à se demander ce qu'on foutait là dans cet espace fou qu'est l'Hotel2Tango.»

Fantasme montréalais

Lou Doillon, qui «fantasme» sur les groupes montréalais, était ravie de se retrouver dans le studio où sont passés les Patrick Watson, Arcade Fire et Godspeed You! Black Emperor.

Elle s'est quand même jetée dans le vide en venant travailler avec des inconnus à Montréal alors qu'elle venait de passer son deuxième Noël depuis la mort de sa soeur, la photographe Kate Barry. «Comme pour voir jusqu'où je suis courageuse.»

Elle se souvient d'avoir marché, une nuit, dans les rues enneigées du centre-ville en réécoutant ses enregistrements. «Je me sentais à la fois comme la fille la plus heureuse et la plus seule au monde.»

La suite ne s'est pas faite sans heurts. Quand Taylor Kirk a jugé que l'album était prêt, Lou Doillon a plutôt senti le besoin de se le réapproprier et d'y ajouter des rondeurs. «J'ai pris les bandes et je me suis échappée à Paris. Je voulais lui plaire, mais cela aurait été une connerie de faire un album de Timber Timbre featuring Lou Doillon.»

C'est en tant que «chef» que Lou Doillon a complété et enjolivé à Paris son album, qu'elle jugeait alors trop «arrogant de par son dépouillement». Elle s'est entourée de son guitariste François Poggio et de son claviériste Nicolas Subrechicot.

Finalement, Lay Low témoigne de sa soif de rock, de blues, et de sons sixties langoureux qui évoquent forcément Timber Timbre. Mais grâce à sa voix et à son écriture, Lay Low n'est pas en rupture avec Places.

«J'ai beaucoup appris»

Tout est bien qui finit bien. Lorsque Lou Doillon a revu Taylor Kirk à Paris l'été dernier, les deux âmes sensibles ont renoué, et ils se parlent régulièrement depuis. «À un moment donné, nous nous sommes perdus sur la route. Je sais que je lui ai fait peur, mais moi aussi. J'ai été obligée de finir cet album seule et j'ai beaucoup appris.»

Lou Doillon a fait son premier album «en toute innocence» et son deuxième «en connaissance de cause».

«La grande différence est que j'ai découvert le live

Rappelons que c'est Étienne Daho, un ami de la famille, qui l'a convaincue de se lancer dans la musique et faire un premier album. Lou Doillon s'est retrouvée dans le rôle inverse avec Lay Low: c'est elle qui a dû convaincre des gens de sa vision artistique, que ce soit les gens de Universal ou Taylor Kirk.

«Comme actrice, comme mannequin, je n'avais pas l'habitude d'être responsable et de prendre des décisions, explique-t-elle. J'ai changé. J'assume que la musique est mon métier et que c'est ce que j'aime le plus au monde. J'ai aussi changé parce que toute ma vie a changé. Il y a eu la mort de ma soeur, qui a été d'une violence sans nom. J'ai failli perdre ma mère... J'assume et je dis les choses.»

L'artiste acceptera d'autres rôles au cinéma et contrats de mode qui pourraient lui plaire, mais la musique s'avère pour elle la forme d'art où le lien avec le public est le plus direct. «Comme une flèche.»

«Des gens m'arrêtent dans la rue: «S'il vous plaît, il faut faire un autre album.» Leur amour a été important pour moi, donc c'est certain que je vais continuer. Je leur donne autant que je prends.»

Sentiments universels

Places a été un succès populaire à la fois en France et au Québec. Lay Low sortira par ailleurs aux États-Unis, où Lou Doillon a tourné avec Places. «Je vais repartir sur la route, donc je vais réécrire. C'est une roue magnifique.»

«J'écris d'une manière très circulaire, de l'ordre du tricot. Des boucles. Des boucles des jours qui se suivent, des amours qui se suivent. Des chansons avec des sentiments universels que ma mère et mon amoureux pensent que j'ai écrites pour eux. J'aime parler des choses qu'on a en commun. Nous sommes à une époque de promotion des différences, où tout le monde veut une vie meilleure. Dans le fond, c'est de la solitude.»

Lou Doillon aime le côté fédérateur de la musique. Elle n'a pas apprécié de se retrouver au milieu d'un scandale, l'été dernier, pour avoir critiqué le féminisme provocateur des Beyoncé, Kim Kardashian et Nicki Minaj.

«Mon intérêt n'est pas de provoquer et je crois que Rihanna et Miley Cyrus seraient d'accord avec moi pour dire qu'elles provoquent. Et j'ai le droit de dire qu'un clip où une femme est accrochée à un crochet de boucher me rend mal à l'aise.»

Lou Doillon n'a pas besoin de provoquer pour vendre des albums. Sa musique, sa voix et son intégrité suffisent.

Lou Doillon se produira un peu partout dans le monde, se réjouit-elle - notamment au Club Soda, le 19 février, dans le cadre de Montréal en lumière, ainsi qu'à Gatineau, Québec et Sherbrooke. «Ma vie a totalement changé avec la musique. Et c'est très apaisant.»

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CHANSON INDÉ. Lou Doillon. Lay Low/Universal. Sortie demain.

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