Philippe Brach: pas de temps à perdre

Philippe Brach avance de plusieurs pas avec son deuxième album, réalisé par... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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(Rouyn-Noranda) Philippe Brach avance de plusieurs pas avec son deuxième album, réalisé par Louis-Jean Cormier. Son folk prend du galon, en plus de s'éclater dans plusieurs directions. La suite naturelle des choses, selon l'auteur-compositeur, et non un virage majeur. Entrevue pour Portraits de famine, disponible depuis vendredi dernier.

Au-delà d'être un auteur-compositeur folk de talent, Philippe Brach est un conteur-né. En spectacle, il maîtrise l'art de s'adresser à la foule entre ses chansons comme peu d'interprètes peuvent le faire au Québec.

Alors qu'il aborde des sujets qui sont des sources de malaise (le sexe, ses dérapes de la veille), tous les spectateurs rient spontanément. Le cerveau de Philippe Brach fonctionne à une vitesse accélérée. Non seulement il n'en manque pas une, mais encore il n'a pas de temps à perdre.

Après son album La foire et l'ordre, sorti en avril 2014, le gagnant du concours des Francouvertes a donné pas moins de 80 spectacles. Assez pour ressentir le besoin de renouveler son terrain de jeu et de produire rapidement un deuxième album avec «moins de tounes de brosse» et «plus de relief». N'en déplaise à sa maison de disques qui aurait souhaité une deuxième année de tournée.

Sorti vendredi dernier, Portraits de famine fait irradier le folk de Philippe Brach dans plusieurs directions.

Un trip de studio?

«Mon premier album était un laboratoire qui a duré plusieurs mois. Pour Pilou [Pierre-Philippe Côté, le réalisateur] aussi, qui venait d'ouvrir son studio. Cette fois-ci, c'était plus condensé. Il n'y avait pas de préproduction.»

La spontanéité a guidé le travail de Philippe Brach dans l'habillage de ses chansons. Il avait le privilège d'avoir Louis-Jean Cormier à ses côtés à la réalisation, ainsi que Pierre Girard du studio Planet.

Des cordes et de l'orfèvrerie enjolivent le premier extrait Crystel, alors qu'un refrain grunge à la Weezer donne un coup de pied au titre Né pour être sauvage. Un groove soul fait trembler l'hymne D'amour, de booze, de pot pis des topes. Et la touche de Louis-Jean Cormier (que Brach surnomme Luigi) est manifeste dans la progression et la rythmique de Père parti, mère mono, fils fendu, fuck les flos.

«Je suis un être rempli de contradictions et j'aime fouiner un peu partout, ce qui fait que tu ne pourras jamais écouter mon album en mangeant sans aller skipper une toune, commente Philippe Brach. Je chante parfois de façon lyrique, parfois de façon plus personnelle.»

Brach avait envie de faire fi du spectacle. «Je m'en crisse que les cordes accotées sur l'album ne soient pas là live. Un album ne doit pas sonner pareil comme le live

L'idée des «cordes accotées» est néanmoins née d'un spectacle. Celui donné avec un quatuor à cordes et un piano aux dernières FrancoFolies de Montréal.

Le cinéma, les animaux

L'art que Philippe Brach consomme davantage est le cinéma. Plus que la musique. «J'ai la même crisse d'affaire dans mon iPod depuis dix ans, lance-t-il. Et j'ai un gros problème de concentration; donc, après trois pages d'un livre, je ne me souviens plus ce que j'ai lu au début. L'art qui capte le plus mes sens est le cinéma. Je foxais des cours au secondaire pour voir des films surréalistes comme Le sang d'un poète de Cocteau.»

D'où l'introduction vocale cinématographique et le fil narratif très réfléchi de son album.

Des tounes de brosse côtoient une ballade comme L'amour aux temps du cancer, où un homme continue de dialoguer avec sa défunte femme, ou Alice, une pièce sur l'avortement d'une ancienne copine.

Dans la vie, Philippe Brach passe rapidement à un autre appel quand il le faut. Il déteste tout ce qui est statique. Il met généralement 10 minutes à écrire un texte de chanson sans la peaufiner par la suite. «Je me dégage de mes tounes

La preuve: il était en studio avec Cormier pour enregistrer Portraits de famine pas plus tard qu'en... juillet dernier! «Je suis incapable d'avoir un album dans les mains pendant cinq ou six mois. Je vais déjà être rendu ailleurs.»

En spectacle comme sur disque, Brach passe du festif au sérieux «sans pattern de travail». «Je suis tête folle et ça pitche partout dans ma tête, mais quand j'ai des idées, cela fait longtemps que je les mûris.»

Le musicien détermine, par exemple, l'esthétique de sa pochette d'album avant même d'en écrire la musique. «Je peux utiliser le budget de ma maison de disques pour me faire prendre en photo avec des animaux» (dont un grizzli).

Brach carbure aux documentaires animaliers, combinaison de ses deux passions. «Un animal, ça suit son instinct et ne bullshite pas. Passer du temps avec des animaux, c'est la meilleure façon d'y arriver.»

Brach a des regrets, mais se projette constamment dans l'avenir. «Il me faut des balises pour ne pas me perdre. Je me suis déjà perdu, et ce n'était pas cool.»

«Mais je laisse souvent aller mon subconscient», ajoute-t-il.

Un être de contradictions, ce Philippe Brach? Plutôt un gars qui se connaît très bien et qui veut faire le moins de concessions possible.

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CHANSON. Philippe Brach. Portraits de famine. Spectra.

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